D’où viennent les noms de famille ?

Se lancer à la recherche de l’origine de son nom est une initiative qui a le mérite d’ouvrir l’esprit et qui se révèle toujours très instructif. Il est toutefois préférable d’être averti de ce à quoi l’on doit s’attendre.
Il convient toujours de se méfier de ses propres croyances, si elles ne sont basées que sur des on-dits et des légendes familiales. Méfiez-vous, si vous vous appelez Martin, de celui qui fera de vous le descendant de Saint-Martin de Tours ou vous attribuera des origines romaines (eh oui, Martin a une étymologie latine, Martinus !). Ou vous inventera des ancêtres teutons pour la simple raison que votre nom de famille a une étymologie germanique.
© WavebreakMediaMicro – Fotolia.com

Trouver l’origine

Pour cela, il convient d’expliquer l’origine des noms.
On peut estimer, globalement, que les noms de famille sont apparus à la même époque (en Europe occidentale, s’entend). Cours d’histoire : en l’an mil, la plupart des gens portent un seul nom, leur nom de baptême. Cette tradition est héritée des envahisseurs germaniques qui sont installés en Europe de l’Ouest depuis plus de 500 ans déjà… Il y a, certes, une importante variété de prénoms qui permet en général d’éviter une homonymie dans le village.
Mais les choses n’en restent malheureusement pas là et apparaît rapidement un phénomène que l’on croyait propre à notre époque : la mode. On se met en effet à donner à ses enfants les prénoms prestigieux des héros, les uns chevaliers, les autres rois ou princes. Et tout le monde de s’appeler Guilhelm, Bernard, Raimond, Martin, etc.
D’après une étude menée par Paul Aebischer, en 970 on compte 722 noms différents pour 1000 personnes ; en 1175, on ne compte plus que 162 noms différents pour 1000 personnes !
Imaginez alors le pauvre bougre qui arrive sur la place du village, appelle « Martin » et voit débarquer cinquante personnes qui lui disent : « Oui, je suis là ! »…
La solution vient des rois de France eux-mêmes. Tous (ou presque) s’appellent Charles ou Louis. Comment les différencier ? Pas par le numéro, qui est une invention moderne, mais par le surnom. On aura Charles le Grand (Charlemagne), Charles le Chauve, Charles Martel, Louis le Pieux, Philippe le Bel, etc.
Et tout naturellement, dès le XIIe siècle, chaque individu va posséder deux noms, le second étant à proprement parler, comme pour les rois, un surnom. Parfois, on ne sera guère imaginatif, on donnera à un garçon le nom de son père. Ainsi, Pierre, le fils de Martin, deviendra Pierre Martin.
Le patronyme restera. La lignée des Martin est née. On comprend dès lors pourquoi il est ridicule de dire que tous les Martin sont cousins ou ont des origines en Italie. Ce n’est pas parce que vous prénommez votre enfant John que vous en faites un Anglais !
Bien entendu, les noms ont évolué au fil des siècles mais, globalement, leur étymologie moderne reste parfaitement clair. A titre d’exemple, voici quelques noms de personnes que l’on risquait de rencontrer si l’on visitait la Provence au XIIIe siècle: le Liber rubei Arelatis (le livre rouge d’Arles), rédigé entre 1269 et 1270 parle ainsi de Peire Lambesc, Guilhem d’Aix, Barral de Baux, Peire Aurel, Raimond Jocelin, Joan Bonel. À noter que les quatre premiers de ces noms font nettement allusion à des seigneuries locales; en l’occurrence, la particule n’a rien à voir avec la noblesse.
On peut classer les noms de famille en quatre genres :

1. le patronyme (ou nom du père, ou de la mère)

On estime que plus d’un nom sur deux est un nom venant du prénom d’un ancêtre. On citera à titre d’exemple les noms Arduin, Martin, Jégou, Michel, etc.
Plus rarement, en France, on utilisera le nom de la mère : Lamartine, par exemple.
On peut ajouter, dans certaines langues, un suffixe dit de filiation (exemple -son en anglais, Jackson, -sen en Scandinavie, Jorgensen, -ez en castillan, Martinez, -es en portugais, Domingues est un exemple, -i en italien, Martini). Les Arabes ajoutent avant le nom le préfixe Ben, les juifs également.

2) le toponyme

On donne comme nom de famille la ville ou le village dont la personne est originaire, à condition bien sûr que ce ne soit pas la ville où l’on habite. Ce peut être aussi le nom d’un lieu-dit.
On a ainsi les noms de Le Breton, Desbois, Salle, etc.
On peut aussi avoir des noms qui désignent un endroit particulier où vivait l’ancêtre : Chaix (un chais), Vernet (un bois d’aunes).
Comme nous l’avons vu plus haut, les noms médiévaux étaient très souvent des noms toponymiques. Si certains ont disparu ou se sont corrompus, ils restent toutefois extrêmement répandus de nos jours.

3) le nom de métier

Dans cette catégorie, le nom le plus fréquent est Fabre. On en retrouve l’équivalent sous la forme Faure. Il désigne le forgeron. Citons aussi le nom Scarpellini qui, bien qu’italien, rentre dans la même catégorie, ou encore le nom de Callier.
Ce peut être aussi le nom d’une fonction, d’une dignité : Le Bourhis (« le bourgeois »), Orveillon (« l’héritier »).

4) le surnom

C’est bien sûr la catégorie où l’on peut mettre tout et rien. Surtout parce que son analyse est délicate. Est-ce que le surnom se contente de souligner une particularité ou est-il ironique ? Il peut se référer à un événement particulier. Impossible en tout cas de l’identifier, on se contentera alors de suppositions.
On citera entre autres les noms de Roux, Velluet, etc.
Tous les noms de famille ont été définitivement fixés par l’ordonnance de Villers-Cotterets (1539). À cette date, en effet, la tenue des registres paroissiaux est devenue obligatoire en France. Les autres pays ont rapidement fait de même.
Certes, on trouvera bien quelques différences d’orthographe dans certains noms (le nom Ysnard/Isnard, rencontré dans ma généalogie en est un exemple). Il faut dire qu’en passant entre les mains de curés, de déclarants ou, plus tard, de secrétaires de mairie, l’évolution est inévitable.
Dans le cas Ysnard, il y a fort à parier qu’on trouvera vers les XVIe ou XVIIe siècle la forme Isnard. Le nom Velluet, lui, deviendra un jour, dans l’avenir, Veluet, prononciation oblige…

Commentaires

  1. Finoche dit :

    AVEZ VOUS RENCONTRE LE PATRONYME BONNON DANS VOS RECHERCHES ?
    QUELLE EST SON ORIGINE ?
    MERCI POUR VOTRE REPONSE
    MEMBRE DU CGB CERCLE GENEALOGIQUE DE BOURBON LA REUNION
    MERCI
    MME LAURET NEE BONNON

  2. Bonsoir, je n’ai malheureusement jamais croisé ce nom dans mes recherches provençales. Bonnes recherches généalogiques.

  3. Bonsoir Monsieur,
    Connaissez-vous le nom de famille SAUVAN ?

    Les évolutions du noms sont les suivantes: Selvans > Silvanus > Selvanus > Salvanus > Sauvan.

    Il est d’origine étrusque/latines, aujourd’hui certains le classe comme dauphinois dans la Drôme. Or il a été particulièrement porté dans la Drôme, en Provence, et dans la région de Montpellier. De plus, il est dit comme nom dauphinois, or ma famille vient des Hautes-Alpes et il y avait très peu de Sauvan dans les hautes-Alpes (Gap), aujourd’hui il n’y en à plus à ma connaissance.

    Connaissez-vous la signification ? Normalement il devrait désigner ceux qui habitent ou viennent de la forêt. Sur un site j’ai vu mentionné (Sauvan, Drôme anciennement sauvent), ou bien (Sauvan, dieu de la forêt, sauf, sûr).

    Cordialement.

  4. Bonsoir Monsieur,
    Connaissez-vous le nom de famille SAUVAN ?

    Les évolutions du noms sont les suivantes: Selvans > Silvanus > Selvanus > Salvanus > Sauvan.

    Il est d’origine étrusque/latines, aujourd’hui certains le classe comme dauphinois dans la Drôme. Or il a été particulièrement porté dans la Drôme, en Provence, et dans la région de Montpellier. De plus, il est dit comme nom dauphinois, or ma famille vient des Hautes-Alpes et il y avait très peu de Sauvan dans les hautes-Alpes (Gap), aujourd’hui il n’y en à plus à ma connaissance.

    Connaissez-vous la signification ? Normalement il devrait désigner ceux qui habitent ou viennent de la forêt. Sur un site j’ai vu mentionné (Sauvan, Drôme anciennement sauvent), ou bien (Sauvan, dieu de la forêt, sauf, sûr).

    Cordialement.