Le drame de la rue Nationale (Marseille, 7 avril 1895)

Vers 7 heures du matin, le 7 avril 1895, une détonation retentit dans le quartier de la rue Nationale, à Marseille, dans cette partie de la rue comprise entre les places Puget et Victor-Hugo. Tout le monde, habitants et passants, est tétanisé. Que se passe-t-il ?
Le bruit venait de la maison no 81, tout à côté de la cordonnerie Bonhomme et dont le rez-de-chaussée est occupé par M. Lion, le charcutier-traiteur du quartier.
C’est un chef cuisinier de 47 ans, Jules Bidon, qui vient de tirer un coup de fusil calibre 11 sur le garçon charcutier originaire de Toulon Rodolphe Anicet, 38 ans.

Causes de l’acte

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Les causes de cet acte criminel sont particulièrement futiles et remontent à la veille quand une voisine vient porter un plat de pommes au chef cuisinier Bidon en le priant de le mettre au four. Les témoins indiqueront ultérieurement que, depuis quelque temps déjà, Bidon avait une attitude très éloignée de l’image de gentil garçon qu’il avait peu de temps auparavant. Toujours est-il que ce jour-là – est-il de mauvaise humeur ? – il reçoit fort mal la voisine. Comprenant qu’un excès de boisson n’est sans doute pas étranger à ce comportement, Anicet (qui est aussi le frère de lait de Mme Lion) intervient et, pour ne pas froisser la voisine, lui promet de surveiller son plat.
Mais Jules Bidon est chef, cuisinier certes, mais chef quand même, et voir son autorité remise en cause de la sorte lui est insupportable. Dès que l’occasion se présente, il va donc voir M. Lion, son patron, et se plaint de ce qu’Anicet soit intervenu dans une histoire qui ne le concernait pas. Mais loin de soutenir son chef-cuisinier, M. Lion donne raison à Anicet et adresse un blâme à son employé.
Inadmissible pour Bidon qui décide de démissionner sur l’heure. Il demande aussi le règlement de ses comptes mais, avant de partir, promet de se venger dans les plus brefs délais.

Une tentative de meurtre

C’est ainsi donc que l’on revient à l’épisode du 7 avril. De grand matin, en se levant, Bidon voit Anicet occupé dans la cour de la charcuterie. Aussitôt, sa colère de la veille reprend le dessus et il se saisit d’un fusil posé dans un coin de sa chambre. Puis, il se poste à la fenêtre, met en joue le pauvre Anicet et l‘atteint d‘un coup plongeant. Aussitôt, la victime s‘effondre.
La caserne de gendarmerie n’est pas située loin de la charcuterie Lion et le bruit de la détonation est entendu jusque-là. Les gendarmes accourent et mettent le suspect en état d’arrestation.

Les blessures

Rodolphe Anicet n’est que blessé et c’est une chance car son transport à l’hôpital prend tout de même deux heures. En effet, il a fallu faire venir le docteur Guiol, médecin légiste, qui a constaté son état et lui a donc signé un certificat pour se présenter à l‘hôpital.
Par chance, les blessures occasionnées par le plomb sont très superficielles et aucun organe vital n‘a été touché. En revanche, tout le dos est lacéré par les grains qui l’ont atteint. Mais au final, les saignements sont assez limités et le docteur Henry, l’interne de service, ne craint aucune hémorragie, même si le fait de rester deux heures sans soin aurait pu provoquer une infection. Il sera ensuite pris en charge par le docteur Honig qui extrait les plombs qui se sont logés sous la peau. Enfin, le docteur Carence lui permettra de quitter l’hôpital rapidement, son état ne présentant aucune gravité.

L’enquête

Toujours est-il que, si Anicet s’en sort bien, il faut mener une enquête sérieuse. Celle-ci est ouverte par le commissaire de police du canton ouest, M. Bernardini. Son secrétaire, M. Venturini, s’est rendu à la charcuterie pour recueillir les dépositions des témoins.
De son côté, la gendarmerie, qui détient le suspect, a pu procéder à un premier interrogatoire dans lequel Bidon reconnaît les faits. Il est donc immédiatement écroué.
  • Source : La République du Var, 8 avril 1895