Justicier par rancune (Aix-en-Provence, 13 mars 1873)

eglise-puyricardL’an mil huit cent, etc.
Pardevant nous, Monge Hippolyte, Commissaire de police, etc.
S’est présenté le sieur Baudouin, garde-champêtre de la section de Puyricard, commune d’Aix, lequel a déclaré ce qui suit :

« Hier soir, à cinq heures, je revenais de chez le nommé Reynaud, marchand de vins à Puyricard, rapportant à la maison une bouteille qui renfermait environ dix litres de vins, lorsque, arrivé sur la place, je fus accosté par les sieurs Niel Fortuné, âgé de 30 ans, cultivateur, et Margaillan Marius, âgé de 38 ans, boulanger, domiciliés tous deux à Puyricard, lesquels manifestèrent l’intention de me saisir la bouteille en question parce que je ne l’avais point déclarée. Ayant exprimé mon étonnement au sujet de leur attitude, ils exigèrent que je leur fisse la remise de l’objet dont il s’agit, et comme je résistais, ils me l’enlevèrent violemment. Pensant que les individus dénommés avaient porté la bouteille au bureau de M. le Receveur buraliste, dans l’espoir de me compromettre, je me rendis un peu plus tard auprès de ce dernier qui me la livra en m’observant que la saisie opérée par Niel et Margaillan ne pouvait entraîner les résultats qu’ils attendaient. Il est à noter que les dénommés ne me dissimulèrent point que leur procédé, dans cette circonstance, s’expliquait par la raison que je les aurais exposés antérieurement à des poursuites en les signalant à la gendarmerie comme chassant sans permis. »

Nous, Commissaire de police, avons entendu le sieur Margaillan Marius, âgé de 38 ans, né à Puyricard, commune d’Aix (Bouches-du-Rhône), fils de Michel et de Joséphine Vial, profession de boulanger, marié, père de six enfants en bas âge, demeurant à Puyricard, et qui a parlé comme il suit :

« Hier, à cinq heures du soir, j’étais avec le nommé Niel Fortuné à conférer sur la voie publique, lorsque nous aperçûmes le garde Baudoin s’avancer dans le sens de son habitation; il était porteur d’une grosse bouteille de vin. Comme nous avons quelques motifs d’indisposition contre cet agent qui nous avait dénoncés, Niel et moi, à la gendarmerie, pour délits de chasse, nous nous demandâmes si nous ne pourrions pas profiter de l’occasion en le signalant comme n’ayant pas fait de déclaration à la régie et en saisissant au besoin sa bouteille. Sur ces entrefaites, je laissai Niel pour me rendre auprès de M. le Receveur buraliste à Puyricard, afin de le consulter sur le fait que nous imputions au garde au point de vue du défaut de déclaration prémentionnée. M. le Receveur ayant été amené à me répondre qu’une quantité se rapportant à dix ou douze litres de vin non déclarés pouvait constituer une contravention. Je pensais que ce fonctionnaire allait agir dans l’intérêt de la répression, lorsque je vis arriver dans son bureau le sieur Niel qui était porteur de la bouteille en question et qu’il venait de saisir entre les mains du garde Baudoin. Si, en quittant Niel pour venir auprès du Receveur buraliste, j’avais pu prévoir le fait, j’aurais prémuni ledit Niel contre sa propre imprudence mais, en présence d’un acte accompli, je lui observai qu’il eut tort. Il parut étonné et me dit qu’il ne croyait point de s’être compromis. »

Le sieur Niel Fortuné, âgé de 30 ans, né à Puyricard, commune d’Aix (Bouches-du-Rhône), fils de Daniel et de Pauline Jouve, profession de cultivateur, marié, père de trois enfants en bas âge, demeurant à Puyricard, dit qu’il n’a rien à ajouter à la précédente déclaration ; il fait observer toutefois que Margaillan lui avait donné l’idée de l’acte dont se plaint le garde.
Le Receveur buraliste, le nommé Laty1, demeurant à Puyricard, confirme également le même récit.
De tout quoi, nous avons dressé le présent procès-verbal.Fait à Aix, etc.

1. Il s’agit d’Antoine Tranquille Henri Laty (1827-1879).
  • Sources : Archives municipales d’Aix-en-Provence, I1/15 n°206.
  • Photographie : DR.



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