La généalogie de Boniface de Reillanne mène-t-elle à Charlemagne ?

Beaucoup de généalogistes descendants de Boniface Ier de Reillanne poursuivent la lignée en la faisant remonter jusqu’à Charlemagne (et, partant, jusqu’à Carloman). Ils se basent pour la plupart sur une généalogie établie il y a plusieurs années par Léon Martin, basée elle-même sur les travaux du président Barge. Comme nous allons le voir, la prudence devrait guider chacun dans cette généalogie dans laquelle certains liens sont loin d’être avérés. Explications.

reillanne

L’ascendance vers Charlemagne établie par M. Martin est fausse au niveau de Boniface de Reillanne, époux de Constance de Provence. On sait aujourd’hui que cette filiation est une supercherie.
En voici la raison:
Vers 1950, le président Barge, de la cour d’Appel d’Aix-en-Provence, est en retraite. Il est passionné de généalogie nobiliaire provençale et écrit d’ailleurs un ouvrage, Les Vraies Origines des familles féodales provençales. Le but de ce livre était de relier toutes les grandes familles féodales provençales aux Carolingiens en passant par la dynastie nationale des comtes de Provence, les Bosonides. Le problème est que cet ouvrage ne s’appuie sur aucune source et sort tout droit de l’esprit fertile et imaginatif de notre président en retraite.
Ses inventions les plus connues sont :

  • de relier la famille des vicomtes de Marseille aux Bosonides. Même de nos jours, aucune charte ou toute autre mention dans un texte de l’époque n’a été retrouvée pour prouver cette filiation. Tout ce que l’on sait, c’est qu’en 948, l’empereur germanique Conrad, nouveau suzerain de Provence, installa trois comtes sur ses terres, un à Apt (Griffon), un en Avignon et un à Arles. Guillaume, comte d’Avignon, et Roubaud, comte d’Arles, étaient frères et d’origine bourguignonne. Il sont à l’origine de la dynastie des Bosonides de Provence. Puis, en dessous d’eux, Conrad installa deux vicomtes pour les seconder, Nivion à Cavaillon et Arlulfe à Marseille. Arlulfe est à l’origine de la dynastie vicomtale de Marseille. La participation du fils d’Arlulfe, Guillaume, à la campagne de Guillaume le Libérateur, premier comte de Provence, contre les Sarrasins installés dans le Var, fit la fortune de sa famille et est à l’origine des nombreux fiefs de la famille de Marseille dans le Var.

  • de marier Boniface de Reillanne à une Constance de Provence, fille de Boson. Là encore, il n’existe strictement aucun texte pour étayer cette affirmation. Le seul texte, une charte portant sur une donation, cite une Constance (sans nommer son origine), veuve de Boniface de Reillanne. Cette histoire a été reprise par Christian Settipani dans son ouvrage Nos ancêtres de l’Antiquité (1991). Il y fait le recensement de toutes les princesses provençales portant le nom de Constance et n’en a trouvé aucune qui ait épousé un Boniface de Reillanne. Boniface a bien épousé une Constance mais elle n’appartenait pas à la famille des comtes de Provence.

La supercherie de l’ouvrage de Barge a été démontrée dès 1953 par Raoul Busquet, historien et archiviste aux Archives départementales de Marseille dans son article «La chasse aux erreurs. À propos des grandes maisons féodales de Provence», publié dans Provence Historique, III (1953), p. 93-101.
Ces fausses filiations se sont notamment développées dans le milieu des généalogistes amateurs via les publications de Jacques Saillot, «Le sang de Charlemagne», où ce dernier reprend aveuglément l’ouvrage fantaisiste du président Barge.

Sébastien Avy

 

La généalogie « suspecte » proposée par Léon Martin (Provence-Généalogie, 8 juil. 1976, p. 205)

Carloman / Ermengarde
d’où :
Pépin l’Ancien (+ 639), maire du palais d’Austrasie
d’où :
Begga (+ ca 670) / Ausegise
d’où :
Pépin le Jeune, dit d’Héristal, maire du palais ( + 714)
d’où :
Charles Martel (bâtard) (+ 741) / Rotrude
d’où :
Pépin le Bref, maire du palais, puis roi (+ 786) / Berthe
d’où :
Charlemagne (+ 814)
d’où :
Louis le Pieux (+ 840) / Judith
d’où :
Lothaire 1er (+ 855) / Ermengarde d’Alsace
d’où :
Louis II, roi d’Italie, empereur (+ 875) / Engelberge de Spolète
d’où :
Ermengarde (+ 885) / Boson, roi de Provence
d’où :
Louis III, l’Aveugle, roi de Provence ( + 928) / Adélaïde de Bourgogne
d’où :
Charles Constantin (+ 962) / Thiberge de Troyes
d’où :
Constance ( x 949) Boson, fils de Roatbald, descendant de Lothaire 1er
d’où :
Constance (° ca 960) / Boniface de Reillanne
d’où :
Boniface de Reillanne ( ° ca 1000) / Mathilde
d’où :
Foulque d’Auriol ( ° ca 1060) / Féodoria
d’où :
Raymond d’Auriol (° ca 1095)
d’où :
Pierre Raymond d’Auriol (° ca 1125)
d’où :
Raymond d’Auriol (° ca 1160)
d’où :
Guillaume Brémond d’Auriol (° ca 1200) ; ancêtre des Littera.
frère d’Hugues d’Auriol (° ca 1202).

Commentaires

  1. Anonymous dit :

    Comme j’ai bien fait de rester prudente quant à la filiation de ma famille avec Charlemagne!
    Merci d’avoir publié votre article dans le n°100, je cherchais une information sérieuse et je suis…rassurée!

    CA

  2. Anonymous dit :

    C’est peut être vrai ,mais alors par qui remplace-t-on Constance et quel est la descendance de Boniface de Reillane ? Ce serait bien de le préciser si l’on conteste la généalogie de L.Martin; Merci

  3. Anonymous dit :

    La descendance de Boniface de Reillane est présumée juste par tout le monde. C’est l’ascendance de son épouse, Constance (mais semble-t-il pas de Provence) qui semble poser problème, d’où la remise en cause de la remontée sur les comtes de Provence et donc jusqu’à Charlemagne.