L’agression de Caussemille (Marseille, 25 octobre 1798)

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« L’an VIe de la République française, une et indivisible et le cinq brumaire avant midy, nous… nous sommes transporté chez le citoyen Étienne Caussemille, au Rouet, lequel nous a dit qu’hier au soir, quatrième du courant, vers sept heures et demy du soir, il entendit frapper sa porte qu’il ouvrit sans aucun meffiance, et dans l’instant six hommes armés avec des sabres, pistolets et poignards entrèrent en disant : « Au nom de la loi, nous sommes ici pour faire la visite des armes. L’on nous a dit que vous en aviez, nous savons que vous donnez azile à des gens suspects et nous allons faire la visite. »
Ils dirent aux citoyens et citoyennes qui étaient dans la maison dudit Caussemille de ne point s’effrayer et qu’ils n’étaient pas là pour faire du mal. Ils dirent audit Caussemille de les conduire. Il prit une chandelle et monta avec eux aux chambres où, après avoir fouillé, ils prirent une paire de boucles d’argent qui se trouvaient sur une table. Ils lui dirent qu’il se rappelât qu’il leur avait dit qu’il n’avait point d’armes, et que s’ils lui en trouvaient, malheur à lui ! Qu’ils passèrent de là dans la chambre dudit Caussemille et, ayant passé la porte, ils lui dirent que s’il criait il était perdu sans ressource ; alors ils ouvrirent la garde robe où, après avoir fouillé, ils vinrent ouvrir une commode, où, après avoir visité deux tiroirs, ils prirent de la poudre et du plomb qui s’y trouvait : la clef du troisième tiroir n’y étant pas, ils la lui demandèrent et la leur ayant donnée, ils ouvrirent et lui prirent six louis en or et environ trente livres en argent qui se trouvaient dans un mouchoir. Dans le même instant, un de ces individus lui mit un pistolet sur l’estomac et un autre un stylet au col, et on lui enleva sa montre d’argent avec rapidité et le verre se brisa en tombant. On lui défit aussi les boutons des culottes et on lui prit quatre à cinq livres en argent qu’il avait dans son gousset. Un troisième de ces individus lui envoya des coups d’un instrument comme un stylet qui n’était pourtant pas pointu puisqu’ils ne percèrent point, et un quatrième lui envoya un coup de sabre sur le chapeau qui l’étourdit presque à perdre connaissance. Ils lui prirent encore un fusil et un mouchoir de mousseline appartenant à sa femme. Ledit Caussemille ajoute que dans le temps qu’ils le tenaient dans cette situation, un lui demandait cent louis, un autre cinquante, et qu’il leur répondit qu’il ne pouvait plus rien leur donner, puisqu’ils avaient pris tout ce qu’il avait. Alors, ils descendirent Caussemille avec eux et, étant au milieu des degrés, un de ces individus tira un coup de pistolet, dont la balle est entrée dans la muraille. Celui qui le tira s’est sans doute blessé à la main, car il fit un reproche à un de ses camarades de ce qu’il l’avait trop chargé.
Descendu au rez-de-chaussée, ils dirent audit Caussemille qu’ils allaient le conduire au commandant de la place. Celui-ci répondit que c’était là un prétexte sans doute pour l’assassiner, qu’ils ne le fissent pas souffrir plus longtemps et que s’ils voulaient le tuer, ils le tuassent sur la place. Alors ils dirent qu’ils allaient investir la campagne pour le conduire le lendemain matin et sortirent dans le même instant.
Caussemille ajoute qu’il y avait plusieurs individus au dehors de la porte armés avec des fusils, qu’il se rappelle lorsque les six individus sont entrés dans la campagne, qu’ils lui ont demandé s’il n’était pas Pierre Vin, et qu’il répondit que non. Un des six sortit pour demander sans doute son nom à ceux qui étaient dehors et, rentrant, il demanda si ce n’était pas là où demeurait François Caussemille, neveu dudit Caussemille, qu’il lui avait répondu que oui, mais qu’il n’y était pas ; qu’ils persistèrent à vouloir savoir où il était, et qu’ils montèrent pour faire la visite… »
  • Registre de police de Marseille.
  • Illustration : Assassinat de Marat (détail), J.-A. Dulaure, 1823.