Le moulin de Daudet à Fontvieille

Moulin dit de Daudet, à Fontvieille.
© Jean Marie Desbois, 2012.

Un des symboles les plus connus des Alpilles (pour ne pas dire le plus connu) est le bâtiment que l’on trouve sur le territoire de la commune de Fontvieille et que l’on appelle du nom ô combien évocateur de « moulin de Daudet ».

Ce moulin rendu fameux par le célébrissime ouvrage de son propriétaire, Les Lettres de mon moulin, ne cesse d’attirer chaque année quantité de touristes curieux de voir le lieu où vécut le célèbre auteur, natif de Nîmes, dans le Gard.
Disons-le pourtant dès le préambule : ce moulin n’est pas, et n’a jamais été, le moulin d’Alphonse Daudet !
Ce qui ne veut pas dire toutefois qu’il lui a été totalement étranger.

Daudet propriétaire ?

La première preuve permettant de réfuter l’idée que ce moulin appartînt un jour au créateur de la chèvre de M. Seguin est que celui-ci n’a jamais été propriétaire d’aucun moulin à Fontvieille.

Il écrit lui-même :

« Mon moulin ne m’appartint jamais ; ce qui ne m’empêchait pas d’y passer de longues journées de rêve, de souvenir jusqu’à l’heure où le soleil hivernal descendait entre les collines. » 

Alphonse Daudet.

Ainsi, Daudet aimait à laisser les heures s’écouler dans un moulin à Fontvieille où il avait pris ses habitudes. Il faut dire en effet que le moulin se situe sur une colline des plus agréables où, à l’aube, on peut surprendre des couples de petits culs-blancs (entendez des lapins) gambadant sur les pierres embaumées d’odeurs de thym, dans le calme d’une nature encore quasi intacte ou, du moins, dans l’état où Daudet a dû la voir, il y a plus de cent ans.

Le moulin de Ribet

Le moulin que nous appellerons par commodité « moulin de Daudet » a été construit en 1814, ce qui fait de lui un bâtiment quasiment bicentenaire. C’est pourtant le plus récent des moulins de Fontvieille et notamment le plus jeune de ses voisins puisque la colline qui le porte abrite trois autres moulins, totalement ruinés.
Ce moulin a porté le nom de Saint-Pierre, nom qui peut être considéré comme son appellation « officielle », même si le terme de « moulin de Ribet » pourrait être le plus approprié car c’est là le nom de son dernier propriétaire qui a dû en fermer les portes en 1915 car, temps de guerre oblige, les réquisitions de blé l’empêchaient de fonctionner, sans compter l’entretien complexe qu’il exigeait.

Le moulin de Ribet en 1880.

Et le moulin cessa de tourner ses ailes dans le ciel bleu de Fontvieille, comme tous les autres moulins de la commune. Le temps et l’oubli achevèrent de lui faire du mal et, bien vite, la colline ne fut plus jonchée que de ruines broussailleuses.

Le moulin reprend vie

Vingt ans ! C’est le temps que le moulin de Ribet demeura dans ce triste état. En 1935, la Société des amis des moulins de Daudet conçut le projet de créer un musée en l’honneur du plus illustre habitant de Fontvieille et, lorsqu’il s’agit de trouver un moulin qui l’abriterait, le choix se porta sur celui de Ribet qui était somme toute le moins mal conservé des quatre et qui présentait aussi l’avantage d’avoir une grande salle en sous-sol qui pourrait servir de dépôt.
Et c’est ainsi que, 122 ans après sa construction, ce fier moulin retrouva son lustre d’antan, fut équipé d’ailes flambant neuves et, surtout, reçut l’appellation quasi officielle de « moulin de Daudet ».

Le moulin avant sa restauration. DR.

Il faut dire que, lorsqu’on lit le chapitre « Installation », dans les Lettres, la description laisse croire à s’y méprendre qu’on est bien dans ce moulin. Pourtant la réalité revient vite, à la lecture de « Trente ans de Paris » :
« Une ruine ce moulin, un débris croulant de pierres et de vieilles planches… »
Rien à voir avec le moulin de Ribot qui, du temps de Daudet, avait bien fière allure. 
Mais, en fin de compte, la légende n’est-elle pas la plus belle ? 

Tous les Fontvieillois savent bien ce qu’il en est de ce moulin. Pourtant, tout le monde appelle l’endroit « le moulin de Daudet ». Car tout le monde l’aime et veut voir dans ses vieilles pierres se perpétuer le souvenir de l’extraordinaire conteur que fut Alphonse Daudet (1840-1897).
Connaissez-vous le livre Derraba, retour à Fontvieille, de N. Gilles-Richard, publié par GénéProvence en novembre 2012 ?