Le suicide de Vibert (Mallemort, 18 septembre 1798)

V. Huen, Hussard français du 8e régiment, s. d. DR.

V. Huen, Hussard français du
8e régiment, s. d. DR.

« Aujourd’hui, second jour complémentaire an six républicain [18 septembre 1798], au requis du citoyen Blanchard, maréchal des Logis au 8e régiment de hussards, commandant le détachement au Pont-National (nom révolutionnaire de Pont-Royal, NdÉ), en [l’]absence du citoyen Venture, juge de paix du canton de Mallemort, moi Michel Bourgues, agent municipal, et le citoyen Jacques Ricard, assesseur de la commune de Mallemort, nous aurions ordonné au citoyen Jean Pascal, officier de santé de Vexin, avec nous pour faire son rapport, sur le délit que le citoyen Blanchard vient de nous communiquer, que le citoyen Vibert, hussard au 88 régiment, compagnie 5e dudit régiment, s’était tué d’un coup de pistolet dans une vigne près la caserne, située à la distance d’environ 300 pas.

De même suite, accompagné comme dessus, nous nous serions mis en marche et, étant arrivé dans ladite vigne, où il y a un grand carré de terre appartenant au citoyen Joseph Peyrand, cultivateur, nous aurions trouvé led[it] Vibert mort, couché et étendu sur son dos, la tête partagée en deux, ayant à côté de lui son pistolet et trois cartouches et de suite nous aurions requis le citoyen Pascal de nous faire son rapport sur ledit cadavre et de suite nous nous serions retirés dans l’auberge du citoyen Ode portant pour enseigne La Croix Blanche pour prendre tous les moyens pour reconnaître l’exécuteur du délit.

Enquête

« Nous aurions questionné ses camarades pour nous donner des éclaircissements sur la mort de leur camarade et nous avons commencé par interroger le citoyen Dupont, chef hussard du détachement, qui nous a dit que le 30 fructidor dernier [16 septembre], il menaça de se tirer un coup de pistolet et de se détruire et […] ses camarades le dissuadèrent de faire ça.
De plus, il y a quelque temps qu’il avait essayé aussi de se noyer et qu’il avait été retiré de l’eau par le citoyen Joseph Chabran, fils de Joseph. Nous aurions demandé au citoyen Dupont si ce hussard était fou. Il nous a répondu que non, mais qu’il était un grand ivrogne.
De suite, nous aurions interrogé le citoyen Joseph Blanchard, maréchal des Logis et commandant led[it] détachement, s’il a quelques renseignements à nous donner sur le délit, lequel nous a répondu que plusieurs fois il avait été obligé de lui faire des remontrances sur son ivrognerie et qu’il avait été obligé de le punir, et même qu’il avait écrit à son capitaine pour qu’on lui change ce hussard parce qu’il n’était pas en mesure de faire son service et qu’il attendait tous les jours son changement.
Ancienne auberge du Roulage, à Pont-Royal (anciennement Pont-National). Est-ce l'ancienne auberge de La Croix blanche ?

Ancienne auberge du Roulage, à Pont-Royal (anciennement Pont-National). Est-ce l’ancienne auberge de La Croix blanche ?

Nous aurions interrogé le citoyen Joseph Chabran, cultivateur de notre commune, qui nous a répondu que hier, sur environ les neuf heures du soir, sortant de l’auberge dite La Croix Blanche, que le nommé Vibert, hussard, lui toucha la main et au nommé André Philip et lui dit :
« Demain, vous entendrez parler de moi. »
À cette raison, ils lui demandèrent s’il partait, il leur répondit que non, mais qu’ils entendraient parler de lui.
Nous aurions interrogé le nommé André Philip, cultivateur de notre commune qui nous a répondu que le nommé Vibert lui avait dit, en lui touchant la main, que demain ils entendraient parler de lui et, sur son dire, ils lui demandèrent s’il partait, il lui répondit que non, mais qu’ils entendraient parler de lui.

Rapport du médecin

« Nous aurions requis le citoyen Jean Pascal, officier de santé, de nous faire son rapport. Il nous a dit que la blessure annonçait et donnait tout à connaître que c’est lui-même qui s’est donné la mort, qu’il s’est présenté le pistolet à la gorge et qu’il y a à présumer qu’il se l’est tiré dans cette situation, attendu que la tête est partagée en deux. Tel est son rapport qu’il a signé.

Pistolet français de l'an IX. Musée historique de Vevey. © Rama, CC-BY-SA, 2.0..

Pistolet français de l’an IX. Musée historique de Vevey. © Rama, CC-BY-SA, 2.0..

Nous, Michel Bourgues, agent municipal, et Jacques Ricard, assesseur, après l’interrogatoire ci-dessus et ayant vu le rapport du citoyen Pascal, officier de santé, nous aurions ordonné que ledit Vibert sera porté dans notre commune et enterré de suite.
Fait au Pont-National, dans l’auberge dite La Croix Blanche, l’an et jour que dessus. »

  • Source : Registre d’état civil de Mallemort