L’oppidum des Caisses de Jean-Jean (Mouriès)

caisses_Jean-Jean

L’oppidum des Caisses de Jean-Jean est un site archéologique situé au nord de la commune de Mouriès, dans les Bouches-du-Rhône. Il remonte à l’époque protohistorique. Il a fait l’objet des fouilles de l’archéologue Fernand Benoit de 1935 à 1942. Il s’agit d’un oppidum situé dans une cuvette entourée de deux barres rocheuses au nord et au sud qui se rejoignent à l’est pour former une acropole.
Le site a été inscrit aux monuments historiques par un arrêté du 2 février 1937. Il est accessible au moyen d’un itinéraire balisé.

Situation

L’oppidum se situe dans la partie la plus orientale de l’acropole, barré au nord, au sud et à l’est par d’imposantes barres rocheuses. La partie ouest présente une élévation naturelle donnant sur une esplanade dégagée de 300 mètres de long. Chacune des deux extrémités de cet espace est constituée d’un rempart, de telle sorte que le village, protégé par ces deux murs, se trouve dans une position quasi imprenable. Fernand Benoit a pu constater que le mur contigu au village se trouve sur un talus artificiel ou qui, du moins, a été aménagé. Il compare ce rempart à celui de l’oppidum d’Ensérune (Hérault) que longe un chemin de ronde auquel sont accolées les premières maisons du castrum.
Lors de ses fouilles entre 1933 et 1938, Fernand Benoit s’est notamment intéressé à l’espace entre les deux remparts où il n’a pas trouvé de murs d’habitation, notamment au pied de la falaise sud, mais de la céramique indigène, ce qui semble indiquer que la période d’habitation la plus intense se situe entre le Ve et le IIe siècles. Le plateau de l’est, lui, « paraît être couvert d’habitations » contiguës au rempart. Cette affirmation est confirmé par les dégagements des quatre habitations que l’on peut aujourd’hui constater. Ces maisons présentent des murs de 1,50 m à 2 m de haut. On les date du Ier siècle av. J.-C. sans plus de précision. Les archéologues ont trouvé dans ces maisons des morceaux de dalles de couverture avec larmiers en remploi ainsi qu’un graffito marqué d’un mot grec : « ουρρεο ». Selon Fernand Benoit, les substructions de ces maisons datent des Ve ‑ IVe siècles av. J.-C. Elle ont été relevées quelques siècles plus tard, ainsi que l’attestent les petits bronzes au taureau, monnaie de Marseille, trouvées dans ces maisons, sans joint de taille, mais à l’aide de brique d’adobe.

Stèles

Lors de ses fouilles, Fernand Benoit découvre des stèles en calcaire « de Saint-Rémy* », selon lui, utilisées en remploi dans le rempart. Ces stèles, de 1,80 m de hauteur, « portent des gravures de chevaux, parfois avec un personnage radié. » Ces stèles sont aujourd’hui conservées à Arles. Le décor est gravé de chevaux ainsi que de cavaliers héroïsés portant des javelots et des signes pectiformes. Après les découvertes de F. Benoit, d’autres stèles ont été mis à jour au pied du rempart en 1965, puis en 1985-1986.

L’oppidum est-il le site de l’antique Tericiae ?

Détail de la table de Peutinger (Tabula Peutingeriana), v. 250. On voit, au centre de l’image, l’inscription « Tericias », indiquant l’emplacement de l’antique Mouriès. Notez Arles, Fos, Marseille, Aix, d’ouest en est.

Détail de la table de Peutinger (Tabula Peutingeriana), v. 250. On voit, au centre de l’image, l’inscription « Tericias », indiquant l’emplacement de l’antique Mouriès. Notez Arles, Fos, Marseille, Aix, d’ouest en est.

La Table de Peutinger (Tabula Peutingeriana ou Peutingeriana Tabula Itineraria), appelée aussi « Carte des étapes de Castorius », copie du XIIIe siècle d’une ancienne carte romaine où figurent les routes et les villes principales de l’Empire romain qui constituaient le cursus publicus fait référence à un lieu qu’elle dénomme Tericias, forme dative de Tericiae. D’est en ouest, depuis Aix-en-Provence jusqu’au Rhône, on y lit les noms suivants : Aquis Sextis XVIII Pisavis XVIII Te[r]icias. Ces indications localisent Tericiae sur le territoire de la commune de Mouriès, un peu à l’ouest du village. Mais de nombreux chercheurs se sont interrogés quant à son identification, son nom latin n’étant semble-t-il pas passé dans un toponyme moderne. Et l’on pourrait logiquement s’interroger quant à savoir s’il ne faudra pas voir dans l’oppidum des Caisses de Jean-Jean le site de l’antique Tericiae.
C’est un dénommé Villevieille, antiquaire à Montpellier qui, le premier, a proposé de voir en Tericiae l’antique Mouriès. L’historien-préfet, Christophe de Villeneuve-Bargemon (1824), localise la ville sur la propriété de Jean-Jean. En 1884, Isidore Gilles propose le quartier de la Castelette, situé entre le village de Mouriès et les Caisses de Jean-Jean. Depuis 1895 et les études de L. Rochetin, il semble établi qu’il faille voir Tericiae en contrebas de l’oppidum. Selon Fernand Benoit, une fois la paix romaine installée en Basse-Provence, la population de l’oppidum serait descendue dans la plaine qu’elle aurait colonisée, donnant naissance à la ville de Tericiae. Benoit propose même un site précis, entre les Caisses, le Castellas, le Mazet et le hameau des Baumettes.

* L’archéologie moderne est moins formelle quant à l’origine du calcaire de ces stèles. Tout au plus peut-on noter des coïncidences avec les stèles de Glanum (Saint-Rémy-de-Provence) et de Saint-Blaise (Saint-Mitre-les-Remparts).

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Photographie : Jean Marie Desbois.