Des mutilations d’arbres (Fos-sur-Mer, novembre 1837)

fos-sur-mer

Dans le courant du mois de novembre 1837, quinze amandiers furent coupés dans la propriété du sieur Bernard, dans le territoire de la commune de Fos. L’auteur de ce délit avait eu le soin de planter en terre, à côté de la souche, les arbres qu’il en avait séparés, afin d’éloigner, autant que possible, la découverte du délit, espérant qu’il serait ainsi plus difficile de prouver sa culpabilité.
Le 1er décembre 1837, le garde-champêtre de Fos reconnut ce dégât. Il remarqua que les empreintes des pas du malfaiteur indiquaient un homme qui, en marchant, portait la pointe des pieds très en-dehors.
Ses soupçons se portèrent immédiatement sur le nommé Jacques Roche, berger à Fos, qui est estropié et chez lequel se rencontre ce handicap remarqué par le garde-champêtre, qui se rappelait en outre que, quelques jours plus tôt, Roche avait proféré des menaces contre Bernard à l’occasion de dommages et intérêts qu’il avait été contraint de payer pour des dégâts commis par son troupeau.
Roche fut donc invité à se présenter devant le juge de paix d’Istres, qui l’invita à marcher dans un champ labouré, pour comparer les empreintes qu’il laisserait avec celles que le garde-champêtre avait remarquées sur la propriété de Bernard.
Par deux fois, l’épreuve ne produisit aucun résultat certain, parce que, ainsi que le juge de paix le constata lui-même, Roche ne marchait pas comme sa constitution physique paraissait l’indiquer ; il faisait tous les efforts possibles pour adopter une démarche qui n’était pas naturelle pour lui, dans le but de détruire les charges qui pesaient sur lui.
On le soumit donc, à son insu, à une dernière épreuve. Cette fois, la vérité éclata et les empreintes s’avérèrent conformes à celles que le garde avait remarquées. Leur disposition ne permettait de douter de la culpabilité de Roche, surtout lorsqu’on associait à cette reconstitution les menaces que Roche avait proférées quelques jours plus tôt.
Aussi, la Cour royale réunie à Aix condamna-t-elle le prévenu, le 26 avril 1838, à la peine d’un an d’emprisonnement et à 16 francs d’amende.
  • D’après Le Mémorial d’Aix, no du 28 avril 1838