[Provençal] Moun papet / Mon grand-père (partie 1)

moun-papetMoun papet

LOU TELEFONE que souno, just à l’ouro de passa à taulo ! Èro toujour li moumen que chausissien li publicitàri pèr veni destourba li raconte que moun papet nous fasié cade cop que se retroubavian autour de la taulo dóu dimenche.
Lou papet èro un manjeiras davans lou Bon Diéu. Manjavo à riflo-vèntre e prenié lou tèms de bèn machuga entre cado boucado. Se servissié de tóuti li platas sènso n’en rèn leissa dins la sieto !
Ço que i’agradavo lou mai, èro lou froumage. L’ause encaro dire : « Un repas sèns froumage es un repas de sóuvage ! » Fau dire qu’enfantounet, sa maire ié pourgissié uno banasto de mangiho e l’istalavo sus lou lindau : tant que n’aviè, èro siau ! E elo, tranquilo !
Li mignot qu’erian, badavian li figo à soun escouto e la famiho languissié sempre lou moumen ounte lou papet, aguènt chourla tout bèu just ço que falié, se boutavo à counta sis istòri : tre que despestelavo, lou poudias plus teni !
Moun papet èro quaucun ! Fuguè ajudant-chèfe dins l’armado de terro. Èro d’uno soulido estampaduro e de mai impressiounavo li gènt emé sa grosso voues restountissènto que s’entèndié de liuen. Cado fes qu’intravo dins lou relarg de la caserno, li sóudard disien à la chut-chut : « Mèfi ! i’a Bramaire qu’arribo ! »

De l’armado, lou papet avié pres lou petarun de tuba coume uno chaminèio, de « Gauloises » sèns filtre, lou paquetoun blu. Bèn talamen qu’uno cigaleto atubavo l’autro e que si labro èron cremado pèr lou mouchounet.
Me rapèle d’un jour ounte moun fraire aguè l’idèio d’inseri dins li cigaleto dóu papet, un petard que troubavian de-vers li marchand d’enguso. Lou papet l’atubè. Nautre esperavian d’escoundoun dins lis escalié, bèn amoulouna lis un contro lis autre, quouro… BOUM !!! La cigaleto faguè un brut dóu tron de pas diéune e se durbiguè en quatre souto l’efèt de l’esplousioun. Lou papet istè en uno ! Mai la transido passado, alor s’enmaliciè, e nous coursejè tout en bramant.
Queto pòu ! Avèn agu uno bello petocho ! E quento espousado !
Lou papet emé soun èr reguergue fasié pòu en tóuti. Uno souleto persouno ausavo lou rambaia : èro sa femo. Car èro uno mestresso-femo coume n’i’avié proun souvènt à-n-aquéli tèms. L’ome bramavo pèr carriero, dins tout lou vilage, mai à l’oustau li braio, se li pourtavo la femo !
Moun grand avié marida uno damisello que ié disien Deto de la Marìo-Louviso e avié grando envejo d’agué un mascle pèr sauva lou noum. Alor autant lèu se meteguèron au travai car ié fasié mestié de faire un nistoun.
Malurousamen, lou proumié fuguè uno proumiero : Batistino. Pièi venguè Moudesto-Roso. De seguido Beatris-Anatolio e Marìo-Estefaneto, Silvìo-Amelio e pièi encaro Terèso-Celestino e Julio-Vitòri e Louviso-Danaë… emai tóuti li fausso-couchado que noun sai. Mai ges d’entre-signe de quiqueto !
Ato ! Aclapado pèr tant de neissènço, de nistoun à abali, la grand Deto se diguè un jour que lou roubinet lou falié vira !
Dóu tèms de sa jouinesso, se couneissié gaire l’usanço de preservatiéu. Mai la Deto de la Marìo-Louviso que n’avié soun proun, avié trouba la parado. D’interin que fasien gingin, quouro sentié que la coupo èro regounflo e que riscavo de versa, cridavo un clar e touni :
« Couquin ! O Càspi ! »
« Ai óublida de sourti lou meloun au repas ! »
O disié tambèn : « Mèfi ! Lèvo-te ! O te la vau coupa ! »
Efèt garanti o pulèu contro-efèt inmancable ! A la perfin, lou papet n’aguè soun gounfle e fuguè buta à faire chambro à despart.
Martino Bautista

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moun-papetMon grand-père

LE TÉLÉPHONE qui sonne, juste au moment de passer à table ! C’était toujours le moment que choisissaient les publicitaires pour venir déranger les histoires que mon pépé nous faisait chaque fois que nous nous retrouvions autour de la table du dimanche.
Le papet était un gros mangeur devant le Bon Dieu. Il mangeait  à s’en faire péter la ceinture et il prenait le temps de bien mâcher entre chaque bouchée. Il se servait de tous les plats sans rien en laisser dans l’assiette ! Ce qu’il aimait le plus, c’était le fromage. Je l’entends encore dire : « Un repas sans fromage est  un repas de sauvage ! » Il faut dire qu’enfant, sa mère lui offrait une banaste de nourriture et l’installait sur le pas de la porte : tant qu’il y en avait, il était sage ! et elle, tranquille !
Les minots que nous étions badaient en l’écoutant et la famille attendait toujours impatiemment le moment où le papet, ayant bu juste ce qu’il fallait, se mettait à raconter ses histoires : dès qu’il démarrait, on ne pouvait plus le retenir !
Mon papet était quelqu’un ! Il fut adjudant-chef dans l’armée de terre. Il était d’une solide constitution et il impressionnait les gens avec sa grosse voix retentissante qui s’entendait de loin. Chaque fois qu’il pénétrait dans la cours de la caserne, les trouffions disaient tout bas : « Attention ! Y a grande gueule qui arrive ! »
De l’armée, le papet avait pris la manie de fumer comme un pompier, des « Gauloises » sans filtre, le paquet bleu. Tellement qu’une cigarette allumait l’autre et que ses lèvres étaient brûlées par le mégot. Je me rappelle du jour où mon frère eut l’idée d’insérer dans les cigarettes du papet, un pétard qu’on trouvait chez les marchands de farces et attrapes. Le papet l’alluma. Nous, nous attendions cachés dans les escaliers, bien entassés les uns contre les autres, quand… BOUM !!!! La cigarette fit un bruit d’enfer et s’ouvrit en quatre sous l’effet de l’explosion. Le papet resta pétrifié ! Mais la peur passée, alors il se mit en colère et nous coursa tout en bramant.
Quelle peur ! Nous avons eu une belle frousse ! Et quelle espoussade !
Le papet avec son air revêche faisait peur à tous. Une seule personne osait le rabrouer : c’était sa femme. Car c’était une maitresse femme comme il y en avait assez souvent en ces temps-là. L’homme criait dans les rues, dans tout le village mais à la maison le pantalon, c’était la femme qui le portait !
Mon grand-père s’avait marié une demoiselle appelée Odette, fille de Marie-Louise et il était pressé d’avoir un garçon pour sauver le nom. Aussi, très vite ils se mirent au travail car il avait besoin d’avoir un fils. Malheureusement, le premier fut une première : Baptistine. Puis vint Modeste-Rose. Ensuite Béatrice-Anatolie et Marie-Stéphanie, Sylvie-Amélie et puis encore Thérèse-Célestine et Julie-Victoire et Louise-Danaë… et aussi toutes les fausses-couches innombrables. Mais aucun signe de quiquette !
Dame ! Accablée par tant de naissances, de petits à élever, la grand-mère Odette se dit un jour que le robinet, il fallait le fermer ! Du temps de sa jeunesse, on ne connaissait guère l’usage des préservatifs. Mais Odette, fille de Marie-Louise qui en avait assez, avait trouvé la parade. Pendant qu’ils faisaient crac-crac, quand elle sentait que la coupe était pleine et quelle risquait de verser, elle criait un clair et tonique :
« Coquin ! ou Peste !
« J’ai oublié de sortir le melon au repas ! »
Ou bien elle disait : « Attention ! Lève-toi ! Ou je vais te la couper ! » À la fin, le papet en eut assez et fut poussé à faire chambre à part.
Martine Bautista