Trafic d’images érotiques (Aix-en-Provence, 7 juin 1874)

L’an mil huit cent, etc.
Nous, Jean Baptiste Finet, commissaire de police de la ville d’Aix, etc.
Rapportons qu’hier à 6 heures 12 du soir, l’agent Duchier, se trouvant sur le Cours, fut accosté par un jeune homme qui lui dit qu’il venait d’acheter des cartes à condition que le marchand les reprendrait si elles ne lui convenaient pas, que, les ayant vérifiées, il avait voulu les remettre et que le marchand ne voulait pas lui rendre son argent.

Exemple d’image érotique, années 1900. DR.

Exemple d’image érotique,
années 1900. DR.

Ces cartes étant à dessein vues en les exposant à la lumière et quelques-unes représentant des scènes obscènes, l’agent les a saisies et on a arrêté dans son auberge le marchand qui avait fui.
Conduit devant nous, il nous a déclaré être le nommé Forget Bon Joseph Marie, marchand ambulant, demeurant à Marseille, rue Glandevès, n° 14, au 1er étage, célibataire, n’ayant pas subi de condamnation.
Il reconnaît avoir vendu les cartes saisies, mais en avoir le droit, ces cartes étant estampillées. Il ne veut pas dire où se trouve la caisse contenant ses autres cartes et marchandises, caisse qu’il a fait disparaître en la remettant à un compère. Il les a achetées, ajoute-t-il, de M. Testavi, négociant à Marseille.
M. Testavi, négociant à Marseille, rue des Chartreux, n° 2, que nous avons fait comparaître devant nous, dit avoir vendu six douzaines de cartes à Forget : il les avait achetées à la foire de Montpellier du 28 avril dernier de M. Clamon, éditeur. Une des cartes saisies porte le nom de Clamon, éditeur, sans désignation de domicile.
Le jeune homme auquel ces cartes avaient été vendues est le nommé Hugoulin Victor, âgé de 19 ans, tailleur de pierres, demeurant à Aix, place Saint-Antoine, n° 10.
Il déclare que le marchand prétendait que ces cartes représentaient à la lumière des femmes nues dans des positions lubriques et obscènes avec des hommes ; qu’elles valaient à Paris dix francs et qu’il ne les vendaient que 50 centimes ; que, si elles ne convenaient pas à l’acheteur, il les reprendrait quand on les aurait visitées.
Qu’ayant trouvé que ces cartes n’étaient pas ce qu’il croyait, qu’il aurait voulu les remettre au marchand qui avait refusé de les prendre et de lui remettre son argent.
Sept de ces cartes représentent des nudités ou des scènes obscènes, à la lumière.
Une d’elles porte l’estampille du colportage du ministère de l’Intérieur sur l’image Menherschlague (Prusse). Elle représente un homme cherchant les puces à une femme. Les onze autres représentent diverses caricatures. Une seule porte la mention : Paris  – typ. Vert frères, 8, rue Français.
L’estampille a dû être posée sur la feuille contenant les 18 dessins apparents. Ces dessins ont été découpés et collés avec les autres dessins représentant des scènes obscènes et des caricatures non estampillées, après le visa.
Aucun de ces derniers dessins ne porte le nom de l’imprimeur ni les lettres D. V. (pour visa) prescrites par la circulaire ministérielle du 5 avril 1874.
Forget n’étant pas muni d’une permission de colportage, vendant des dessins non autorisés et ne portant pas le nom de l’imprimeur, faits prévus et punis par les articles 2 et 7 de la loi du 10 décembre 1830, 19 de la loi du 21 octobre 1814 et 22 du décret de 17 février 1852, dessins qui en outre sont un outrage aux bonnes mœurs, fait prévu et puni par les articles 1er et 8 de la loi du 17 mai 1819, nous l’avons fait conduire devant M. le procureur de la République auquel sera transmis le présent procès-verbal.
Fait à Aix, etc.

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