Un escroc venu des Hautes-Alpes (Aix-en-Provence, 16 mars 1811)

Aix, le 16 mars 1811,

Les commissaires de police de la ville d’Aix,
Le froid à Paris : garçon boulanger apportant du pain pour la distribution gratuite : [photographie de presse] / Agence Mondial. 1932. Bibliothèque nationale de France

Le froid à Paris : garçon boulanger apportant du pain pour la distribution gratuite : photographie de presse / Agence Mondial. 1932. Bibliothèque nationale de France

À Monsieur le maire
Nous devons vous donner connaissance, Monsieur le Maire, d’une mesure de police que nous avons prise, sur les vives réclamations de divers particuliers.
Un ouvrier boulanger inconnu dans cette ville et appelé Jacques Firmin Moynier, originaire de Méreuil, département des Hautes-Alpes, arriva ici il y a environ six mois, loua une boutique rue des Marseillais, isle 16, et se mit à vendre du pain. Dans cet intervalle, cet homme, qui n’avait aucun moyen, s’est permis d’escroquer plusieurs balles de farine à divers magasiniers de manière que, après avoir profité du produit de ces farines en pain, profitant des ténèbres de la nuit, il a furtivement quitté sa maison après avoir tout enlevé, et a été se cacher dans une campagne de ce terroir.
Instruits par un espion de police de sa retraite, nous avons été visiter cette campagne et, l’y ayant trouvé, nous l’avons fait conduire dans les prisons pour vous être présenté.
Les créanciers de cet homme ayant comparu après son arrestation pour faire cesser son esclavage se sont contentés d’un très faible acompte sur leurs créances et ont demandé sa mise en liberté mais, comme il ne suffit pas à l’autorité du consentement d’un particulier et pour son intérêt seul pour rendre à la société un individu suspect, nous avons interrogé de nouveau le sieur Moynier et, en fouillant dans ses poches, nous y avons trouvé une clef d’entrée de maison que le dit a déclaré appartenir à un propriétaire de maison à Marseille, sise près le palais de Justice, laquelle maison il avait arrentée et qu’il a ensuite laissée pour venir ici ayant par mégarde emporté cette clef.
La réponse de cet homme est trop suspecte pour ne pas le soupçonner de quelque faute par lui commise à Marseille.
Cet homme que nous avons trouvé ici avec une femme et un enfant a, dit-on, à Marseille une épouse légitime qu’il a abandonnée, demeurant place du Pavé-d’Amour, près le magasin du sieur Brunache, marchand de verres.
Si, sur ce rapport, il entrait dans vos vues de faire conduire cet individu à Marseille par la gens d’armerie à l’effet qu’il fût présenté au commissaire général de police à qui la clef trouvée sur lui serait envoyée, à coup sûr cette mesure nous ferait découvrir l’intention de cet homme lorsqu’il a emporté cette clef. En attendant votre décision, il est détenu dans la maison d’arrêt.
Nous avons l’honneur de vous saluer.
[L. MILIARD]
[LANTELME]
  • Source : Archives municipales d’Aix-en-Provence, I1-48