Sui­ci­de de la veu­ve Boyer (Mar­seille, 5 dé­cem­bre 1793)

Le suicide de la veuve Boyer en frimaire an II (décembre 1793) intervient dans une période de bouleversement total de l’administration et de la justice à Marseille, récemment rebaptisée Sans-Nom après l’insurrection fédéraliste. Le procès-verbal du juge de paix et l’intervention du chirurgien Festo témoignent de la sécularisation des procédures : l’enquête cherche uniquement à écarter le crime pour valider le suicide, sans l’opprobre religieux de l’Ancien Régime. Sur le plan médical, la pendaison par une simple ficelle d’une ligne et demie (environ trois millimètres) suggère une mort rapide par constriction des voies aériennes ou rupture des vertèbres cervicales, survenue au cœur de la rue du Panier.

maisons-quartier-panier-marseille« L’an second de la République française, le seize frimaire après midi, […] nous arrive ce jourd’huy une expédition en forme de verbal […] dressé le jour d’hier, par lequel il conste que, dans [l]a maison d’habitation [du juge de paix], sur les sept heures du soir, est comparu le citoyen Esquier, maçon, lequel a dit et exposé qu’il vient d’apprendre que la citoyenne Marie Pascale Escuyer, veuve Boyer, sa cousine, âgée de soixante ans, native de cette commune, demeurant rue du Panier, dans l’île 310, maison 10, au premier étage, s’est donné la mort par une pendaison.
Il s’y est transporté en compagnie du citoyen Rolland, son huissier, et de Pages, son greffier.
En étant arrivé, a requis deux voisins, s’appelant Rambaud, boulanger, et Jean Antoine Vidal, aussi boulanger, demeurant rue du Panier ; étant entrés dans la dite maison, ont trouvé au rez-de-chaussée la citoyenne Marianne Boyer, Jacques Boyer, Thomas Boyer, tous enfants de la défunte Boyer, lesquels ont déclaré que leur mère s’était donné la mort par une pendaison ; a de suite envoyé prendre le citoyen Joseph Festo, chirurgien, et sont de suite monté en même compagnie.
En étant arrivé, ont trouvé un cadavre suspendu par une petite ficielle, lequel a reconnu que c’était la nommée Escuyer, veuve Boyer, et a requis le dit citoyen Joseph Festo de visiter ledit cadavre pour voir s’il n’avait pas d’autres […], lequel a dit que c’est elle-même qui s’est préparé l’instrument de sa mort, qui est une petite corde d’environ une ligne et demie de diamètre et qu’elle-même s’en est fait l’application.
D’après lequel renseignement, nous avons dressé le présent acte pour le constater et avons signé. »
  • État civil Marseille, municipalité unique.
  • Photographie : Maison du Panier, à Marseille, © Bryce Edwards, 2006. Creative Commons.

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