
La découverte de cet enfant dans les égouts du boulevard du Musée s’inscrit dans la réalité brutale du Marseille industriel de 1880. À cette époque, l’infanticide et l’abandon sont les réponses ultimes à la misère sociale et au stigmate de la « fille-mère ». L’intervention de l’égoutier Antoine Biamonti souligne l’entretien d’un réseau souterrain alors en pleine expansion sanitaire. L’examen du docteur Rampal repose sur la docimasie hydrostatique, technique médicale permettant de prouver que l’enfant a respiré. Ce constat de vie autonome transforme le délaissement en crime capital, déclenchant l’appareil judiciaire de la cité phocéenne.
« Il résulte d’un procès-verbal dressé le vingt-sept avril dernier par le commissaire du 8e arrondissement de Marseille que ledit jour le nommé Biamonti Antoine, égoutier, demeurant rue Négrel 16, au 5e étage, a découvert le cadavre d’un enfant nouveau-né du sexe masculin paraissant être né à terme, enveloppé dans un torchon non marqué dans un égout du boulevard du Musée, situé en face des entrepôts du sieur Tardif, commissionnaire en fruits.

M. Rampal, docteur en médecine requis à l’effet de visiter ledit corps à la morgue, a déclaré qu’il était né à terme, qu’il avait vécu et que sa mort est le résultat d’un crime, ainsi qu’il résulte du rapport médico-légal annexé audit procès-verbal.
En conséquence, nous Maire* de cette ville de Marseille, avons ordonné l’inhumation dudit cadavre en la manière accoutumée. »
- Registre des transcriptions, Marseille, 1880.
* Le maire de Marseille est alors Simon Ramagny.
