
Le dimanche 4 septembre 1881, à l’heure où l’aube pointait à peine sur les arènes d’Arles, le drame s’invita parmi les taureaux. On enfermait alors les bêtes de la manade du They de Roustan, appartenant à M. Sabatier. Parmi les hommes présents se trouvait Casimir Payan, un journalier de 35 ans employé au domaine du Grand-Badon, en Camargue.
Originaire de Saint-Ambroix dans le Gard, l’homme était bien connu du milieu taurin local. On le surnommait « Renfort », car il prêtait souvent main-forte aux gardians pour conduire et parquer le bétail. Mais ce matin-là, la routine des corrales bascula.L’un des taureaux refusait obstinément de regagner le fond de l’étable. Emporté par l’impatience, Payan commit une imprudence irréparable. Il arracha un trident des mains d’un gardian, descendit dans l’étable et piqua la bête pour la contraindre. La réaction du taureau fut foudroyante. D’un violent coup de tête, l’animal projeta le journalier au sol, le touchant durement à l’estomac.
Le malheureux tenta immédiatement de se relever. Ce fut sa perte. Le taureau chargea de nouveau et lui infligea un coup de corne d’une sauvagerie inouïe, lui arrachant la narine et lui sortant l’œil gauche de son orbite.
La police fit transporter Payan en urgence à l’Hôtel-Dieu Saint-Esprit. Il y lutta contre la mort durant toute la journée du lundi, sans jamais reprendre connaissance, et rendit son dernier soupir le soir même, à 8 heures, succombant à d’horribles blessures à la tête.
Le lendemain, 6 septembre, Jacques Tardieu, adjoint au maire d’Arles, rédigeait son acte de décès. On y apprenait que Payan était le fils de feu son homonyme, Casimir Payan, et de défunte Marguerite Trèze. Célibataire, il laissait derrière lui le souvenir d’un homme courageux mais sans doute trop hardi.
Pour expliquer un tel manque de discernement chez un homme habitué aux bêtes, les témoins avancèrent une triste explication. On raconta que « Renfort », amateur d’absinthe, avait passé la nuit à attendre l’arrivée des taureaux. Au moment de l’accident, il était, semble-t-il, encore sous l’emprise de la boisson. Une nuit d’ivresse qui s’acheva dans le sang et la poussière des arènes.
- Sources : L’Homme de bronze, 11 septembre 1881, p. 3.
- Registre d’état civil de la commune d’Arles, no 478, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 203 E 1411.