
En 1571, la Provence se déchire lors des guerres de Religion, opposant les bastions huguenots comme Lourmarin aux cités catholiques telles que Lauris. L’espionnage, vital pour les procureurs du pays, expose les agents à une justice sommaire pratiquée par les milices locales. Médicalement, la survie de cet homme après une rupture de corde s’explique par l’absence de rupture des vertèbres cervicales, le nœud n’ayant provoqué qu’une compression veineuse incomplète ou une suffocation brève. Son audace post-supplice révèle une sociologie du mercenariat où le risque physique extrême est immédiatement monnayé auprès des institutions administratives provençales.
« Comme [Lourmarin] était une place assez forte et que les protestants en avaient fait, pour ainsi dire, le centre de leurs mouvements, les catholiques y envoyaient de temps en temps des espions pour les observer.
L’un d’eux, qui avait été envoyé par les procureurs du pays, fut pris au mois d’avril 1571, conduit à Lauris et pendu à la croisée d’une fenêtre. Heureusement pour lui, la corde cassa et, ce qui doit paraître assez surprenant, il conserva assez de sang-froid et d’agilité pour se sauver à travers quelques habitants qui étaient témoins de son exécution. Il courut, ayant au col l’instrument de son supplice, à l’assemblée des États qui se tenait alors, et lui demanda une indemnité.
Les États lui accordèrent dix livres pour ses dommages et intérêts, ne croyant pas sans doute encourager d’autres habitants à aller se faire pendre pour une pareille générosité. Ce fait est consigné dans les registres du pays. »
- Sources : Jean-Pierre Papon, Voyage littéraire de Provence: contenant tout ce qui peut donner une idée de l’état ancien & moderne des villes, les curiosités qu’elles renferment, la position des anciens peuples, quelques anecdotes littéraires, l’histoire naturelle, les plantes, le climat, & cinq lettres sur les trouvères et les troubadours, Chez Barrois l’Aîné, Paris, 1780.