
Le quartier de l’Hôpital à Montjustin, cité en 1720, désigne un lieu-dit plutôt qu’un établissement de soins. En cette fin d’hiver, la Provence subit une crise de subsistance sévère, aggravée par l’épuisement des réserves de grains. L’agonie de ce « pauvre passant » révèle l’état de cachexie, un affaiblissement extrême de l’organisme par manque de nourriture. Sur le plan sociologique, l’acte souligne le rôle du curé comme dernier recours administratif et spirituel face à l’errance. L’absence d’identité du défunt confirme la rupture des liens familiaux, courante chez les indigents contraints au nomadisme pour mendier leur survie.
« Le neuvième jour du mois de mars présente année 1720, sur les dix heures de matin, ayant été requis de me porter au quartier de l’hôpital à l’escuyère à grenier à foin de feu Jean Devoulx, j’ai trouvé un pauvre passant presque à l’agonie, duquel j’ai pu avec peine tirer quelques paroles, l’ayant excité à contrition autant qu’il m’a été possible.
Je lui ai donné les saintes extrêmes onctions, sachant d’ailleurs qu’il était bon chrétien, apostolique et romain, pour lui avoir diverses fois donné l’aumône à ma maison et, quelques heures après, il est décédé, et le lendemain a été enseveli, ne sachant son nom ni surnom, mais seulement qu’il était péri de faim et ont assisté au convoi sieurs Toussaint Antelme et Louis Noat, du présent lieu de Montjustin, signé avec nous. »
- Registre paroissial de Montjustin