Requiem pour un voyageur (Malemort-du-Comtat, 15 avril 1654)

La mort de ce mendiant roux à l’hôpital de Malemort-du-Comtat en avril 1654 illustre la précarité des populations errantes et l’importance des structures charitables sous l’Ancien Régime. Le qualificatif physique de « couleur rousse » et l’origine géographique supposée — la Lorraine, alors ravagée par les retombées de la guerre de Trente Ans — soulignent l’altérité de ce migrant démuni, identifié par ses seuls traits apparents à défaut de nom. Sur le plan médical, son décès à l’hôpital, institution alors davantage vouée à l’accueil des pauvres et des mourants qu’aux soins curatifs, témoigne d’un épuisement physique extrême ou d’une pathologie infectieuse liée à l’errance. L’acte rédigé en latin par le curé garantit son intégration spirituelle ultime au sein de la communauté des fidèles par son inhumation dans le cimetière paroissial Sainte-Anne.

« Anno dnj 1654. et die 15. mensis Aprilis Mendius quidam russei coloris annorum 40. aut circiter, Provinciae Lhorrain, ut ajunt, animam deo reddidit in Communione sanctae matris Ecclesiae in hospitali loci Malemort dioecesis Carpen. cujus corpus sepultum est in cemeterio D. Annae ejusdem loci; unde ego nunc probatus v[enerabilis] parochus subscripsi. »
[Douhet, parochus]

Traduction

« L’an du Seigneur 1654 et le 15 du mois d’avril, un certain mendiant, de couleur rousse, âgé de 40 ans ou environ, de la province de Lorraine (selon ce que l’on dit), a rendu son âme à Dieu en communion avec la sainte mère Église, à l’hôpital du lieu de Malemort, diocèse de Carpentras. Son corps a été enseveli dans le cimetière Sainte-Anne du même lieu ; ce pourquoi moi, maintenant approuvé, V. Curé, ai soussigné. »
[Douhet, prêtre]
  • Sources : Archives départementales de Vaucluse (AD84), registres paroissiaux de Malemort-du-Comtat, cote 1 MI 84/0137, folio 34.

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