Le voleur de moutons (Trets, 10 décembre 1847)

En cette fin de Monarchie de Juillet, l’année 1847 marque une période de troubles sociaux et économiques en Provence, où la valeur du bétail est vitale. Le vol de soixante-cinq moutons représente un capital considérable pour l’époque et mobilise la force publique entre Arles et Trets. La Gendarmerie, agissant pour le « Procureur du Roi », traque sans relâche le coupable, Joseph Trouche, un marchand de 45 ans originaire de Nans (Var). Son geste désespéré, se tirer un coup de pistolet à l’approche de la « Bergerie du Perdu », est une illustration dramatique de la terreur face à la justice pénale du XIXe siècle, souvent plus redoutée que la mort elle-même, et qui conduit à l’infamie du suicide.

Un vol de soixante-cinq moutons avait été commis, avec effraction, au préjudice du sieur Bellon, domicilié dans la commune d’Arles. Celui-ci, après avoir porté sa plainte au procureur du roi, se mit à la poursuite du voleur.
Parvenu dans la commune de Trets, il fit part du vol dont il était victime au brigadier de gendarmerie de cette localité, Antonin Escartefigue, qui, sur-le-champ, commença les investigations.
Parvenu à la campagne La Julie, commune de Trets, il y trouva le nommé Joseph Trouche, marchand de moutons de 45 ans, domicilié à Nans (Var), soupçonné d’être l’auteur du vol.
Vue depuis Trets le mont Aurélien (g.) et le mont Olympe (d.). La Bergerie du Perdu se trouve dans la montagne à droite du mont Olympe. DR.
Vue depuis Trets le mont Aurélien (g.) et le mont Olympe (d.). La Bergerie du Perdu se trouve dans la montagne à droite du mont Olympe. DR.
Cet individu, sommé de livrer son troupeau à l’examen de la force publique, dûment assistée d’un homme de l’art, parut se soumettre d’assez bonne grâce à cette invitation, mais, parvenu devant la bergerie dite du Perdu1, où le troupeau était parqué, Trouche prétendit en avoir caché la clé dans un buisson.
Il était sept heures du soir. Un gendarme suit Trouche de près, l’éclairant de sa lanterne, lorsque, au bout d’un petit sentier, Trouche s’écrie : « Enfin, je la tiens ! »
Au même instant, une détonation se fait entendre et Trouche tombe, foudroyé. Il s’était tiré sous le menton un coup de pistolet qui lui avait fait sauter la cervelle.
  • Source : La Provence, 23 décembre 1847.

1. Cette bergerie offre aujourd’hui sa ruine à la vue du visiteur.

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