Ac­ci­dent de bi­cy­clette (Aix-en-Pro­vence, 19 no­vem­bre 1896)

  • Sources : Archives municipales d’Aix-en-Provence, I1/20 n°878
L’an mil huit cent quatre-vingt-seize et le dix-neuf novembre.
Devant nous Champion Hildebert, commissaire central de police à Aix (Bouches-du-Rhône).
S’est présenté M. Poggioli Dominique, 64 ans, ex-receveur des Postes et Télégraphes, demeurant à Aix, avenue Victor, n°101, lequel déclare :
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« Aujourd’hui, vers midi et demi, je descendais en bicyclette (en compagnie de ma nièce qui tenait le devant) la route de Marseille2 lorsque, arrivé à côté de l’asile des aliénés, j’ai aperçu une voiture remontant cette route et occupant le milieu. Le conducteur, au lieu de prendre la droite du chemin, s’engagea à gauche où se trouvait ma nièce, qui a été obligée de sortir de la route pour l’éviter.
Moi, venant immédiatement après, je n’ai pu me garer, ayant été surpris par cette voiture qui était engagée complètement à gauche. J’ai crié au conducteur de s’arrêter mais il a continué sa marche. J’ai été projeté à terre de ma bicyclette par la tête du cheval qui se trouvait sur moi. Dans ma chute, je me suis fait de nombreuses contusions et j’ai le corps complètement brisé. Je me suis relevé comme j’ai pu.
Cet homme a été grossier envers moi lorsque je lui disais qu’il était dans son tort.
Un des employés d’octroi a arrêté la voiture pour lui demander son nom et son adresse. Cet individu est parti en lui disant: « Je m’appelle Suchet » (ou Chuchet). Nous ne l’avons plus revu. Il est rentré en ville.
Cet individu est âgé de 45 à 50 ans, visage rond et coloré, nez relevé, cheveux et sourcils bruns, moustaches noires, assez bien vêtu de noir, chapeau mou feutré noir. Il conduisait seul sa voiture à deux places, vernie noir. Le cheval est bai rouge. »
Et, après lecture, persiste et signe.
Mlle Charlotte Hecot, 22 ans, sans profession, demeurant à Aix, avenue Victor Hugo, n°10, confirme en tout point la déclaration du témoin précédent et signe.
Nous entendons M. Prigent Yvon, 58 ans, préposé à l’octroi, demeurant rue d’Italie n°10, lequel déclare :
« Le 19 du courant, vers midi et demi, j’étais de service au poste d’octroi de la Rotonde lorsque j’ai vu passer un Monsieur et une demoiselle en bicyclette. Ces personnes occupaient le côté droit de la route. A un moment donné, une voiture qui occupait le milieu de la route a dévié brusquement à gauche, coupant ainsi complètement le passage des bicyclettes. La jeune fille a pu se garer avant le déviement de la voiture. Le Monsieur n’a pas eu le temps et a projeté à terre de sa machine par la tête du cheval. J’ai arrêté le conducteur de la voiture pour vérification et lui ai demandé son nom. Il a répondu qu’il se nommait Suchet, mais il a refusé de me faire connaître. N’ayant rien trouvé sur sa voiture de soumis au droit, je l’ai laissé partir. Il s’est dirigé dans la ville. Je ne l’ai plus vu retourner par ce même chemin.
Le conducteur a injurié ce Monsieur en le traitant de vieux couillon, etc.
À mon avis, le tort vient tout du conducteur de la voiture qui avait pris la gauche de la route au lieu de prendre la droite. »
Et, après lecture, persiste et signe avec nous.

1. La rue Victor-Hugo, qui avait déjà ce nom.
2. La scène se passe sur l’actuel Boulevard des Belges.