Accusations contre un escroc (Aix-en-Provence, 26 octobre 1873)

L’an mil huit cent, etc.
Par devant nous, Hivert Pierre Antoine, commissaire de police de la ville d’Aix, etc.
Procédant en vertu de la commission rogatoire ci-jointe de monsieur le Juge d’Instruction de Marseille, en date du 24 octobre courant, et de la délégation de monsieur le Juge d’Instruction d’Aix, en date du 25 octobre courant,
Se sont présentés sur notre invitation :

1. Le sieur Chauveau Jean, âgé de 45 ans, agent de police à Aix depuis le 12 août 1873, lequel nous a déclaré ce qui suit :
« Le 30 mai dernier, j’étais sans emploi et je me trouvais avoir besoin d’argent. Je m’adressai au sieur Borrelly François, commissionnaire, qui m’indiqua un sieur Peyron, liquoriste, comme prêteur sur gages, et chez lequel il me conduisit. Ce dernier me posa des conditions que je ne discutai même pas et il me fit signer la déclaration que vous me représentez, mais sans me remettre d’argent. Le lendemain, il me fit signer une autre sur papier timbré de la même somme de 45 francs et il me remit en présence de Borrelly une somme de 35 francs, en exigeant en outre le dépôt à titre de garantie de mon certificat d’inscription de la médaille militaire, qu’il ne me rendit que le 13 juillet courant, pour me permettre de toucher mon trimestre de pension. Le même jour, je lui ai payé les 45 francs, montant du billet qu’il m’avait fait souscrire un mois auparavant, contre laquelle somme il m’a donné le reçu que je vous remets, ayant, m’a-t-il dit, perdu le billet que je lui avais souscrit. Il m’a fait payer par conséquent 10 francs d’intérêts pour le prêt d’une somme de 35 francs pendant un mois. »
Lecture faite de sa déclaration, le sieur Chauveau l’a signée avec nous.

2. Le sieur Rossero Victor, âgé de 27 ans, ouvrier menuisier, rue du Louvre n°22, à Aix, lequel a répondu comme suit :
« J’allais habituellement dans le débit de boissons du sieur Peyron et, me trouvant avoir besoin d’argent, je lui proposai de prendre en gage une boîte de bijouterie. Il y consentit et il me [donna] en deux fois une somme de 9 francs. Je lui devais en outre une somme de 6,45 F pour vin pris chez lui pour mon ménage, ce qui portait ma dette à 15,45 F et il me fit signer le même jour ces deux reconnaissances que vous me représentez (pièces n°10 et 18), celle de 17 francs annulant la première de 22 francs qu’il avait [fait] mine de détruire en ma présence. J’ai payé le 24 courant les 17 francs pour lesquels j’étais seulement engagé, contre le reçu ci-joint du beau-père de Peyron, le sieur Boeuf. Je croyais que l’autre reconnaissance de 22 francs avait été réellement détruite, attendu qu’elle faisait double emploi avec celle de 17 francs. »
Après lecture faite, le sieur Rossero a signé avec nous.

3. La nommée Marie Héraut, épouse Pierre Caillol, chapelier, âgée de 25 ans, demeurant rue des Bagniers n°1, à Aix, dépose comme suit :
« J’ai emprunté 3 francs au sieur Peyron vers la fin du mois de juin dernier, contre le dépôt de la reconnaissance du Mont-de-Piété (pièce n°4) que vous me représentez. Je les lui dois toujours, ainsi qu’une somme de 8,55 F de vin qu’il m’a fourni pour mon ménage et si, jusqu’à présent, il n’a pas encore été payé, c’est parce qu’il m’a fait un compte très exagéré du vin que je lui dois. »
Après lecture faite, la femme Caillol a signé avec nous.

4. Le sieur Genouvrier Alexandre, âgé de 28 ans, soldat à la troisième compagnie du troisième bataillon du cent douzième de ligne, en garnison à Aix, dépose comme suit :
« Le sieur Peyron, liquoriste, est connu au régiment comme prêtant de l’argent sur gages, avec beaucoup de facilité. Il cherchait à attirer les militaires chez lui, surtout ceux qu’il supposait avoir des ressources. Me trouvant un jour chez lui, je lui fis [savoir] que j’aurais de l’argent à toucher au 1er juillet dernier, et je le priai de me faire crédit, ce à quoi il consentit sans aucune difficulté. Pendant une dizaine de jours, j’ai fréquenté son établissement et j’ai fait des dépenses qui m’ont valu une punition de 15 jours de prison. Depuis cette époque, je n’y suis plus retourné, mais Peyron est venu chez mon sergent-major Richard, qui était en relation avec lui, et ce dernier m’a fait signer un billet de 50 francs qui échoit le … janvier prochain, en remplacement d’un autre billet de 73 francs que le dit Peyron m’avait fait signer, profitant de mon état d’ivresse et que je refusais de payer parce qu’il exagérait beaucoup les dépenses que j’avais faites chez lui.
Quant au billet de 45 francs, signé en blanc, que vous me représentez, je reconnais ma signature, mais ce n’est pas moi qui ai mis le « Bon pour F. 45″. J’ai dû aussi signer le billet étant en état d’ivresse, attendu que je n’en avais conservé aucun souvenir. Je vous ferai en outre observer qu’en signant chez le sergent-major Richard le billet de 50 francs que je dois, il avait été convenu que toutes autres pièces me concernant seraient détruites. »
Lecture faite de sa déposition, le témoin a signé avec nous.

Nous n’avons pu [faire une confrontation] entre les autres témoins désignés pour les causes suivantes :

1. Le sieur Richard, sergent-major au 112e de ligne, qui a été dirigé sur Marseille pour y passer au Conseil de Guerre et dont le sieur Fournier (pièce n°15) n’était que le mandataire ;

2. Le sieur Huillery, soldat au 112e de ligne, qui a été dirigé sur une compagnie de discipline à Tocaret en Afrique ;

3. Le sieur Humbert, ouvrier menuisier (pièces 2,3, 4 et 19) qui est parti d’Aix sans laisser d’adresse.

En foi de quoi, nous avons dressé le présent procès-verbal.
Fait à Aix, etc.

  • Source : Archives communales d’Aix-en-Provence, I1-15, n°434.