Denis Berthe (1768-1847), le salpêtrier devenu maire

saint-marc-jaumegarde

À gauche de l’église de Saint-Marc se trouve le cimetière dans lequel repose Denis Berthe.
Derrière l’église, le bâtiment abritant la mairie.
© Jean Marie Desbois, 2001.

Bien que domicilié à Saint-Marc-Jaumegarde, Denis Berthe exerçait sa profession de « salpêtrier » (1) à Aix-en-Provence, rue Fontaine-d’Argent. Quasiment illettré (il était à peine capable de tracer les lettres de son nom), il fut pourtant maire de sa commune de 1835 à 1847.

Établi à Aix

Né en 1768 dans la petite ville d’Apt, dans le Vaucluse, d’Antoine et de Catherine Tamisier, Denis Berthe partit jeune pour la ville d’Aix. Le 6 juin 1787, il épousa en la cathédrale Saint-Sauveur Françoise Meinier, fille d’André et Marie Thélène. Après quelques années de mariage, Françoise mourut, en l’an VIII de la République (1800).
L’année suivante, Denis Berthe se remariait, avec une jeunette, Anne Thérèse Reynier, d’Éguilles (celle-ci avait un peu plus de 21 ans). Le mariage civil eut lieu à la mairie d’Aix, le 29 prairial an IX (18 juin 1801).
À cette période, Denis Berthe vivait rue des Jardins à Aix (actuelle rue des Bretons), mais exerçait sa profession de fermier de la barrière du Manège, sur le cours Sainte-Anne, près de la porte d’Italie. Lors du cambriolage d’une cabane à la porte d’Italie en décembre 1802, Denis Berthe, alors fermier de la barrière du manège, témoigna contre les auteurs des faits.
Le 4 septembre 1813, il se porta acquéreur du bâtiment dit Le Manège, incluant des écuries, une cour et un jardin, au cours Sainte-Anne, pour la somme de 6 700 francs (2) (biens estimés à 4 521,30 F), ce qui lui permit de s’y établir.
Sa seconde épouse mourut le 4 mai 1824, laissant Denis Berthe veuf pour la seconde fois. Il ne semble pas s’être remarié par la suite, son acte de décès indiquant qu’il était simplement « veuf de Anne Thérèse Reynier ». Cette hypothèse est fort envisageable, d’autant qu’il semble qu’il avait alors des enfants à nourrir.
C’est sans doute vers cette période qu’il partit s’établir à Saint-Marc-Jaumegarde y exercer le métier de « salpêtrier ».

Denis Berthe maire de Saint-Marc

Signature de Denis Berthe.

Signature de Denis Berthe.

Denis Berthe exerça sa fonction de maire de Saint-Marc-Jaumegarde à un moment important de la vie de la commune, lorsque l’ingénieur François Zola (père de l’écrivain), traça les plans d’un barrage prévu dans les combes du Bimont (à ne pas confondre avec le barrage Zola, qui fut construit beaucoup plus tard). Lors du conseil municipal du 12 novembre 1843, au Logis des Bonfillons, le conseil municipal de Saint-Marc fut appelé à se prononcer sur la question et rejeta en bloc le projet (3), à l’exception d’une voix, celle de Denis Berthe, qui avait compris l’intérêt général de l’entreprise. Ce dernier signa même une promesse de vente à François Zola de ses terres du Bimont. Le projet n’aboutit toutefois pas, en raison de la mort de l’ingénieur. Le barrage Zola, lui, ne date que du XXe siècle.
Denis Berthe était donc un précurseur. L’avenir lui a donné raison. « Si [Denis Berthe] revenait parmi nous, dit l’historien Bruno Durand, il pourrait se flatter d’avoir été seul dans la commune un homme prévoyant… »
Sa tombe se trouve toujours dans le petit cimetière communal. On y lit l’épitaphe suivante : « Ci gît Denis Berthe, né à Apt le 17 février 1768, décédé le 26 mars 1847. Bon père et bon citoyen, il vécut en juste et mourut en chrétien. Le souvenir de ses vertus patriarcales vivra dans le cœur de ses enfants, de ses amis, et des habitants de cette commune qu’il administra avec tant de zèle et de dévouement jusqu’à son dernier souffle… »
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Un document découvert dans les années 2000 par M. Denis Bernard, descendant de Denis Berthe, semble être l’estimation du coût de l’inscription de la pierre tombale, ou un prix-fait. Pour voir ce document, cliquez sur l’image ci-contre.

Bibliographie

Saint-Marc-Jaumegarde à travers les âges, Bruno Durand, Aix-en-Provence, 1964.
Documents relatifs à la vente des biens nationaux (Bouches-du-Rhône), Paul Moulin, 1901.

Notes

1. Le terme « salpêtrier » n’existe pas en français. C’est pourquoi nous le laisserons entre guillemets. Il désignera, pour nous, le vendeur de salpêtre, composant de la poudre que l’on utilisait comme enduit sur les murs.
2. Solde versé par Berthe le 11 février 1815. Ce bâtiment passa plus tard à Jean-Jacques Reynard, mais par suite de la déchéance de ce dernier, rentra à nouveau sous la main de l’État.
3. Noter le commentaire que fit Charles Bonfillon, adjoint de Denis Berthe, lors de ce conseil municipal mouvementé : « Les bassins (…) où l’eau que l’on se propose d’amasser croupira, ne seront que des foyers pestilentiels qui jetteront la mort sur tous les points de notre commune qui, en l’état, est le lieu le plus sain du département… » On imagine volontiers combien ce conseil municipal a dû être houleux.

Remerciements à Denis Bernard, son descendant, pour les renseignements généalogiques concernant Denis Berthe.

Illustrations et photographies :
L’église de Saint-Marc-Jaumegarde à côté de laquelle Denis Berthe repose. © Jean Marie Desbois, 2006.
Document. © Denis Bernard, 2006, avec son aimable autorisation.

Biographies