Des oiseaux à la pension (Lettre de Forcalquier à Pertuis, 4 octobre 1819)

La lettre qui suit a été écrite le 4 octobre 1819 à Forcalquier par Eugène Cornarel, à destination de sa mère, Mme Cornarel, née Roquesante. Le contexte laisse globalement deviner la situation d’un jeune homme en pension dans un collège religieux, semble-t-il, et passionné d’aviculture. Il écrit à sa mère pour lui demander de lui envoyer des oiseaux.
L’écriture est très lisible et d’une orthographe très correcte. Il s’agit d’un jeune homme d’une culture évidente.

Forcalquier le 4 8bre 1819.

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Chère maman,
Je prends la plume pour te dire un mot par le retour de Mr Dugas qui a ramené ses enfans avant-hier. On m’a dit que peut-être on mettroit les cinquièmes avec les petits et que par conséquent la huitième, la septième, la sixième, et la cinquième formeroient la division des petits, cela me fait déjà ennuyer.
Je te prie de m’envoyer toutes les fois que tu pourras des bêtes de quelque espèce qu’elles soient. Fais-moi chercher des écureuils où du moins un, envoie-moi, s’il-te-plaît, par la première occasion deux pigeons des plus jolis que tu trouveras dans la maison où dans la campagne. Si tu peux, fais qu’ils soient blancs et bien minsses. Envoie-moi aussi si tu peux un pigeon-patu (1). Fais-moi chercher, je te prie, des tourterelles et des collombes avec tout les oise[a]ux jolis que tu trouveras, mais je ne veux pas qu’ils te coûtent cher. Fais ce que je t’ai prié de faire dans ma dernière lettre.
Écris, je te prie, à Mr Dutems et à Mr de Raze pour qu’ils aient la bonté de me faire faire la cabane qu’ils t’ont promise. Pour acheter les oiseaux, puise sur mes fonds et envoie-moi aussi de la graine qu’on appelle pesolle et que les pigeons mangent cela. Tu te le feras donner à papa de ma part.
Je suis tout à fait consolé. j’ai répondu à Julliany. Mon canari et le chardonneret d’Édouard se portent bien. L’on est content de moi à ce que je crois. M. Bayard, qui est mon professeur maintenant dans le temps des vacansses semble s’attacher un peu à moi et, quoique je n’ai pas travaillé tout le temps de la semaine parce que je n’avois pas mes livres, m’a donné un satisfecit parce que j’ai bien fait ce que j’ai fait.
Envoie-moi les livres que je t’ai demandé. Édouard et Jules Bonnaud se portent bien. Ils te font bien des compliments. Je ne sais pas si tu fais vers les une heure la prière dont nous étions convenus qui est un pater et un ave quoique j’ai le bonheur de rester toujours où je suis, et de même je ne sais si tu n’as pas oublié de m’envoyer le baiser dont nous étions convenus.
Ne manque pas de rappeler à Caroline la prière pour papa qui est Souvenez-vous, ou bien, en latin, Memoriam.
On commence déjà à en chasser. Je ne sais pas si Jules ne sera pas du nombre, n’en dise rien. Peut-être tu trouveras à Aix des tourterelles chez quelque oiseleur. Fais bien des compliments à papa, à mes soeurs, et à tous nos parents et amis. Adieu encore une fois.
Ton bon fils.

EUGÈNE CORNAREL.

PS. : Je viens de recevoir ta lettre et ton panier il n’y a qu’un moment. Je te remercie bien de tout ce que tu m’as dit et de tout ce que tu m’as envoyé. Envoie-moi aussi si tu peux une ou deux perdrix. Ce matin, un écureuil a mangé la tête à une tourterelle qui étoit superbe. C’étoit la plus jolie de toutes celles de la pension. je te répondrai plus au long dans ma première lettre.

PS. 2 : Il me semble que Mr Dutems se reffroidit un peu envers moi. Je ne sais si c’est par rapport au canari, que nous lui avons dit s’il aurait la bonté de le garder dans sa chambre et qu’ensuite nous l’avons mis dans celle de Mr Coulom. Mr Coulom a eu la bonté de me donner un nouvel habitant qu’il a pris dans le jardin et que je lui garde dans ma cache. Ce qui disparoit le plus vite, ce sont les biscuits car le canari les aime beaucoup. Je m’apperçois que de temps en temps il y a de gros ra[t]s comme ceux que Mr Coulom vous a nommés qui viennent manger le sucre qui étoit accroché à la cage. Maintenant l’on a ôté les caisses que nous avions à notre lit. Quand à la caisse on l’a mise la haut avec ma ma[l]le. j’y suis allé, j’ai pris ma cais[s]e par contrebande et j’ai l’ai portée sous mon lit. Quand Mr Deraze l’a vu, il s’est mis à rire et m’a laissé ma caisse ; mais quand à ce qui étoit dedans je ne l’ai plus vu. On m’a dit que ce devoit être à la lingerie dans ma case : mais cela n’y étoit. Ensuite l’on m’a dit que Mr Deraz savoit où cela étoit.
Je te fais passer ma lettre par […] et par chez Mariette Lati. Dans ce momment même où je te mets ces dernières lettres, il fait un grand orage. Il pleut depuis hier au soir. Il tombe aussi de la grelle. Mais pas boucoup cependant. Envoie-moi aussi mon chardoneret d’Alfrède aussi que les pigeons et toutes les bêtes que tu auras par le retour de Victor Diolouffet et qui doit être bientôt.

PS. 3 : Pardonne moi mon écriture, car elle est très mauvaise. Ton bon ami pour la vie, Eugène Cornarel.


(1) « Pattu » désigne un pigeon dont les pattes sont couvertes de plumes.

Sources : Archives personnelles de l’auteur.