Jean Ailhaud (1674-1756) et sa poudre miracle

Jean Ailhaud est né à Lourmarin (Vaucluse) en 1674. Ce médecin exerçait à Cadenet (Vaucluse). Il est le découvreur d’une poudre purgative qui porte son nom et qui atteignit une renommée sans précédent en Provence et dans la France entière. Auteur de plusieurs traités, il mourut riche et honoré en 1756. Son fils, Jean-Gaspard Ailhaud de Castellet acheta une charge de secrétaire du roi et prit le titre de baron.

Le château du Grand-Pré, à Vitrolles-en-Luberon, appartenait à Jean d’Ailhaud.
© Thythy, 2008. Creative Commons

Une fameuse poudre

Comme beaucoup d’inventions rentables, la poudre dont Ailhaud revendiquait la paternité a été à son tour revendiquée par de nombreux autres médecins. Parmi eux, un médecin de La Rochelle, Dupuy de la Porcherie. Certains autres prétendent que le secret de la poudre lui aurait été transmis à Cadenet par une certaine demoiselle Maurice, qui le tenait de feu son père, chirurgien-major d’un régiment. Ailhaud se serait simplement contenté de l’améliorer.
Il aurait testé sa poudre sur des paysans de Cadenet et, après avoir gagné quelque argent dans son commerce, serait monté à Paris qui foisonne d’infirmes en tout genre. Un privilège exclusif lui est alors accordé, lui permettant un commerce illimité de sa poudre.
Pour la faire connaître, Ailhaud va utiliser un moyen particulièrement moderne dans le concept : la publicité. À grands coups de publication dans les journaux, la poudre va être connue dans tous les milieux et permettre à son auteur d’ouvrir des boutiques dans les principales villes de France et d’Allemagne.
Sa poudre va faire de lui l’un des hommes les plus riches de Provence, lui permettant l’acquisition de terres à Montjustin, à Vitrolles, au Castellet, à Entrechaux et d’un hôtel particulier à Aix.
Enfin, c’est semble-t-il à Aix que le médecin s’éteindra, le 30 août 1756, à l’âge avancé de 82 ans.
Il aura publié plus tôt Traité de l’origine des maladies et des effets de la poudre purgative (Paris, 1738, in-12, réimp. 1740, in-8, 1742, in-8), dans lequel il publie une série de lettres qui lui aurait été envoyées de toute la France en remerciement de l’efficacité de sa poudre. Nous allons y revenir.
Mais d’abord, cette poudre, qu’était-ce ?

La composition de la poudre

La Bibliothèque physico-économique (annuaire 1782, p. 264) recommande ainsi la préparation de la poudre d’Ailhaud :
« Prenez une quantité donnée de suie de cheminée, de celle qui est cristallisée et luisante ; réduisez-la en poudre ; passez-la au tamis de crin ; torréfiez-là avec une poêle de fer, en la remuant jusqu’à ce qu’elle ait perdu la plus grande partie de son odeur fuligineuse et de son amertume : retirez-la du feu, laissez-la refroidir ; réduisez-la encore en poudre ; passez au tamis de crin. Alors sur 64 parties de cette poudre, ajoutez-en 8 de résine de scamonnée. Mêlez le tout ensemble exactement et mettez-le dans la même poêle sur un feu léger, capable de fondre la résine sans la brûler, et de mêler intimement les deux parties ensemble ; vous observerez de remuer toujours. Quand le tout est intimement mêlé, réduisez-le en poudre subtile, et ajoutez 4 parties de poudre de gérofle récemment préparée ; passez le tout à travers un tamis de soie, et divisez en paquets ou prises d’un gros. »
Voila la recette d’une poudre qui ressemblait à tout, sauf à de la médecine. On comprend dès lors les raisons pour lesquelles la médecine a toujours pris Ailhaud pour un charlatan. C’est en tout cas un redoutable homme d’affaires.

Témoignages

Jean Ailhaud a reçu des témoignages positifs de toute l’Europe. Nous publions ici les cas des Provençaux satisfaits de sa poudre. Ces cas sont publiés dans le livre dont il est l’auteur : Traité de l’origine des maladies et de l’usage de la poudre purgative (1748). Il précise dès la première page que
« l’auteur de ce livre le donne gratis au public, de même que ses conseils, qu’il offre à toutes les personnes qui seront dans le cas d’en avoir besoin, pourvu qu’elles aient la précaution d’affranchir le port des lettres. Le prix de la poudre est de douze livres dix sols le paquet de dix prises, à raison de vingt-cinq sols la prise. »

La Roque-d’Anthéron, 30 août 1724, Bernard, chirurgien.

Ce chirurgien signale six cas dans son village :

Jean Rey, travailleur, 30 ans. « Quelques jours après que je lui eus emporté toutes les chairs jusqu’au périoste, qui s’étaient sphacélées à cause de la gangrène qui survint à l’érésipèle qui occupait cette partie, et en suite des dépôts et des décharges sur les aines, sur la cuisse et sur la jambe, où vous vîtes neuf abcès et deux sur le métatarse de l’autre pied, dans le cours d’une fièvre continue avec délire, pour ne s’être pas bien ménagé et avoir fait divers excès en figues, poires et muscats, dont il s’était farci […]. [Avec la poudre], je suis parvenu à la guérison de la gangrène, à la consolidation et à la cicatrisation de tous ses abcès et à son parfait rétablissement, n’ayant jamais été plus gaillard. »
Marie Barrette, 45 ans. « […] d’un tempérament cacochyme, prise depuis plus de deux mois, d’un oedème et d’une douleur à une jambe, où il paraissait une rougeur étendue avec divers placards, [elle] fut atteinte dans cet état des envies de vomir et de douleurs dans le bas ventre, avec une fièvre continue et des redoublements. Je la purgeai avec la poudre purgative et le sel vomitif ; la douleur, l’enflure, la rougeur, les placards et la fièvre furent dissipés et du depuis, elle jouit d’une parfaite santé. »

Marc Barret, travailleur d’osier. « [Il] fut pris de si grandes douleurs à ses pieds, à ses jambes et à ses cuisses ; de convulsions si terribles, qui le réduisirent à l’extrémité. M. le curé le confessa et tout le monde le croyait mort. [Après administration de la poudre], il fut dégagé six ou sept heures après et, le lendemain, en état de travailler tout comme auparavant. »

Jean-Baptiste Armand, ménager, 35 ans. « De tempérament sanguin, bilieux et mélancolique, [il eut] une fièvre de 24 heures et, sur la fin de cette fièvre, il se fit une enflure et un dépôt sur la jambe qui la rendait quatre fois plus grosse que l’autre. […] Je le saignai sur le champ, et le lendemain et, le troisième jour, je le purgeai avec la poudre purgative. Il en reçut un effet si prompt et si merveilleux qu’il fut en état d’agir le lendemain, tout comme auparavant et du depuis, il a toujours joui d’une parfaite santé. »
Jean Franc, originaire d’Aix, marié en ce lieu. « [Il] envoya son fils aîné pour voir sa grand-mère. Trois ou quatre jours après son arrivée, il lui prit une fièvre continue avec vomissement. Dans cet état, je le saignai, je le purgeai le jour d’après avec la poudre purgative. Le troisième jour, il fut tout couvert de petite vérole qui ne lui fit garder le lit que deux jours. »
Magdeleine Bonnet, femme de Daniel Garcin, 45 ans. « Prise d’une érysipèle au visage, qui lui occupait tout le cou. Après deux saignées et l’avoir purgée avec la poudre purgative, [elle] fut délivrée et l’érysipèle disparut. Deux jours après, s’étant peignée au soleil de sa chambre, l’enflure, l’érysipèle et la fièvre la reprirent et firent des progrès si considérables en deux jours, qu’elle resta sans remède. je fus obligé de la re-saigner une seule fois et de lui réitérer le lendemain la poudre purgative, qui la dégagea du matin au soir , et du depuis, elle a toujours joui d’une parfaite santé. »

Aix-en-Provence, 26 avril 1727

Magdeleine Gaze, femme de Honoré Arnaud, maître cordonnier, 32 ans. « [Deux mois environ] après une fausse couche, précédée et suivie d’une hémorragie utérine qui l’avait réduite aux derniers abois et ôté tout espoir de vie, elle eut recours à M. Ailhaud qui la trouva d’une faiblesse extrême, avec une face cadavéreuse, une fièvre continue avec des redoublements, un grand feu à la poitrine, un mal de tête qui ne la quittait point et une douleur continuelle au gosier. […] Ledit sieur Ailhaud lui fit prendre une prise de sa poudre le 20 février dernier et la lui réitéra le 22. Le mal de tête et le feu de la poitrine qui, dès la première prise, furent fort diminués, cessèrent entièrement, de même que la douleur du gosier. La fièvre subsistant, ses règles lui prirent le 23, lesquelles ayant cessé, il la repurgea le 6 mars suivant. La fièvre la quitta ce jour-là et, avec une quatrième prise de ladite poudre, sans autre secours qu’un bon régime de vire, elle est parvenue à une parfaite santé. »

Eyguières, 27 avril 1727

Joseph Autheman, 20 ans, fils de Rosé Autheman. « [Il] fut atteint d’une phtisie […] des plus désespérées en l’année 1724. Tous [l]es secours [employés] ne purent arrêter [une] diarrhée ni lui être d’aucun soulagement. Il devint si maigre et si défait qu’il n’avait que la peau collée sur les os. Son ventre devint tendu et ses jambes enflées, sa face cadavéreuse et enfin les cheveux lui tombèrent. [Après 6 ou 7 prises] dans l’espace de quarante jours, le malade fut hors d’affaire et en état d’aller à la messe, de jouir d’une parfaite santé et de partir une année après pour se rendre à Aix chez le sieur Bertrand, maître apothicaire, pour y apprendre la pharmacie, ou après avoir passé deux années, il est entré à l’hôpital de la Miséricorde de la même ville où il se trouve actuellement garçon apothicaire. »

Sources

  • Dictionnaire historique et bibliographique, par L.G. Peignot, 1822, p. 40.
  • Dictionnaire historique, biographique et bibliographique du département de Vaucluse, Casimir François Henri Barjavel, 1841, p. 22, 23.

Commentaires

  1. Anonymous dit :

    Bonjour, je possède un rare paquet de dix prises de cette fameuse poudre sous scellés à la cire portant les armes du baron, renseignements pcouleau@yahoo.fr, cordialement