La fin de l’Étran­gleur des Al­pes (Sis­te­ron, 24 mai 1910)

Nous avons précédemment relaté l’assassinat d’un chiffonnier de Sisteron, tué à Volonne (Alpes-de-Haute-Provence) par deux hommes, Marcel Blanc et Antonin François Olive, dit Franzoni, un colosse au sang froid et à la détermination glaciale, auteur quelques années plus tôt d’un autre meurtre, celui d’un moissonneur à Gap. Ses horreurs lui ont rapidement valu de recevoir de la presse le surnom d’« Étrangleur des Alpes ». L’enquête menée après l’assassinat du chiffonnier conduit Franzoni et Blanc derrière les barreaux et, si Blanc, qui était jusqu’alors inconnu de la justice, est condamné aux travaux forcés à perpétuité, il n’en est pas de même pour Franzoni dont les états de service lui valent une condamnation à mort.
Franzoni. DR.

Franzoni. (DR.)

Cette exécution aura lieu à Sisteron le 24 mai 1910. Ce sera la dernière exécution dans le département.
En provenance de Paris, les bois de justice arrivent à Sisteron dans la matinée du lundi 22. Informée, la foule commence à se presser sur la place centrale de la ville. Quand la nuit tombe, rien ne s’est encore produit et une pluie froide commence à tomber. Mais il en faut davantage pour décourager les curieux. On est venu de toutes les communes avoisinantes dans l’espoir d’assister au spectacle morbide.
Vers 1 heure, un cordon de gendarmerie se met en place pour contenir la foule. Pendant ce temps, Franzoni dort. Il est 3 heures maintenant ! L’aube pointe, la pluie a cessé. La lumière de la lune déchire progressivement la brume. On réveille Franzoni.
Le procureur de la République lui-même lui porte la nouvelle :
« Olive, j’ai la triste mission de vous annoncer que votre pourvoi a été rejeté par le président de la République. L’heure d’expier vos fautes a sonné. Ayez du courage ! »
Sans un mot, Franzoni se lève mais ses jambes défaillent et il éclate en sanglots :
« Mon Dieu ! ma mère ! ma pauvre mère ! Si seulement c’était moi le plus coupable ! »
L’abbé Féraud, le prêtre de son enfance, est là. C’est lui qui lui avait fait faire sa première communion.
Soudain, le procureur fait signe ; deux aides entravent solidement les mains et les jambes de Franzoni.
3 h 50 : l’Étrangleur des Alpes est devant la machine. Un silence lugubre règne sur la place. L’abbé Féraud étreint le condamné, lui récite les prières du mourant, puis s’efface. Aussitôt, on soulève l’homme et on le jette sur la bascule. Un éclair brille. Tout est fini. Il est 3 h 55.
Non réclamé par la famille, le corps est rapidement enterré au cimetière de Sisteron sous l’œil indiscret de gens qui s’étaient perchés sur les murs.
Jamais plus Sisteron ne verra la guillotine.