Mort du maire dans une avalanche (Sigoyer, 20 février 1810)

« L’an dix huit cent dix et le deuxième jour du mois d’avril, à dix heures du matin, pardevant nous, Jean Sabatier, adjoint faisant les fonctions d’officier public de l’état-civil de la commune de Sigoyer, département des Hautes-Alpes, sont comparus dans mon domicile Pierre Martin, de la commune de Châtillon-du-Désert1, accompagné de Pierre Bonnardel, propriétaire à Sigoyer et majeur, lesquels nous ont déclaré que Jean Martin, maire de la commune de Châtillon du Désert, a été trouvé mort sur le terroir de la commune de Sigoyer, quartier du Céas, par le fait d’un éboulement de neige, ainsi qu’il conste par procédure faite par sieur Pierre Brun, suppléant de la justice de paix du canton de Tallard et du certificat de visite de monsieur Laugier, médecin à la résidence dudit Tallard, le tout à la date du 19 mars dernier et dont la teneur suit :
petite-ceuse“Du 19 mars 1810, à une heure après midi, nous, Pierre Brun […], sur l’avis qui nous a été donné par monsieur Jaquemet, juge de paix de ce canton, qu’on avait trouvé le cadavre du nommé Jean Martin, maire de la commune de Châtillon-du-Désert, au quartier du Céas, terroir de Sigoyer, avec incitation faite par nousdit sieur Jaquemet d’aller faire de suite la levée de ce cadavre, ne le pouvant lui-même, étant occupé à son bureau.
Nous nous sommes transportés de suite de notre demeure ordinaire, assisté de MM. Antoine Laugier, docteur en médecin résidant à Tallard, que nous avons requis de nous accompagner pour procéder avec nous à cette opération.
Étant arrivés audit quartier du Céas, et à environ 600 mètres au-dessus des maisons du Céas, tirant au nord, nous avons trouvé un cadavre au fond de la gorge, enfoui dans la neige, n’ayant que la moitié du corps de découvert et qui était gardé par plusieurs particuliers et notamment par Pierre Garchier et Jean Louis Rambaud, cultivateurs habitant audit lieu de Céas, et Joseph Girard, beau-fils dudit Jean Martin, habitant au hameau des Combes, commune de Vitrolles qui, tous, ont reconnu le cadavre pour être celui dudit Jean Martin, maire de Châtillon-du-Désert, âgé de 54 ans.
D’après les renseignements que nous avons pris, il résulte que ledit Jean Martin était parti seul de chez lui le 20 février dernier, à dix heures du matin, pour se rendre au hameau des Combes chez sa fille Marie audit Gérard, que, pour y parvenir, il tourna au nord de la montagne du Petit-Céüse et, étant parvenu environ 600 mètres au-dessus du hameau, il fut englouti par un éboulement de neige et, malgré les recherches journalières qu’on a faites, on n’a pu découvrir son cadavre que le 18 du courant.
En conséquence, toujours assisté du dit sieur Laugier, nous avons fait la vérification et examiné ce cadavre que nous avons fait retirer de la fondrière et déshabiller. Nous n’y vons relevé aucune plaie, contusion, ni fracture, et nous pensons que la mort a été occasionnée par le fait d’un éboulement de neige qui l’a entrainé dans le vallon, au fond, sous plus de trois toises de hauteur.
Le tout quoi se trouve plus amplement rappelé dans le rapport qui a été dressé à cet effet par ledit sieur Laugier qui sera joint et annexé au présent. En conséquence, nous avons ordonné l’inhumation aux formes ordinaires.
Ainsi a-t-il été par nous procédé audit lieu de Sigoyer le jour et an que dessus et avons signé avec lesdits sieurs Laugier, médecin, Brun, suppléant, constaté par nous Jean Sabatier, adjoint faisant les fonctions d’officier de l’état-civil, avons signé avec ledit Pierre Martin, fils du défunt, et ledit Pierre Bonnardel.

[Signatures]

 

1. Châtillon-le-Désert a été incorporée vers 1901 à la commune de Château-Neuf-d’Oze, devenue en 1953 Châteauneuf-d’Oze. Source : actes.geneprovence.com.
Photographie : Vue de la montagne de la Petite-Céüse depuis Sigoyer. Le hameau des Combes se situe de l’autre côté de la montagne. © Aups, 2007. GNU Free Documentation License.
  • Registre d’état-civil de Sigoyer, AD05 2E 173/4
  • Texte transmis par Marie-François Allouis