Une famille de bergers décimée par la peste (Graveson, 15 août-6 septembre 1721)

Ce certificat, rédigé en septembre 1721 à Graveson, s’inscrit dans la phase tardive de la peste de Marseille qui ravage alors la Provence. L’isolement forcé aux infirmeries de Cadillan et l’interdiction de la « sépulture commune » pour Elizabeth Arnaud révèlent la mise en œuvre brutale des cordons sanitaires. La mort quasi simultanée des membres de la famille Jean démontre la virulence du bacille Yersinia pestis dans les foyers ruraux. Pour le curé, l’enjeu dépasse le spirituel : ce document officiel remplace l’acte de décès classique, impossible à enregistrer en temps de contagion, afin de régulariser l’état civil.

« Je soussigné, prêtre curé de cette paroisse, certifie que Guillaume Jean, berger de cette paroisse, âgé d’environ cinquante ans, est décédé aux infirmeries qui ont été dressées à Cadillan pendant que nous avons été affligés de la contagion, le quatrième de ce présent mois de septembre.
Et je certifie de plus que la femme dudit Guillaume Jean, nommée Elizabeth Arnaud, environ du même âge que son mari, était décédée dans sa maison soupçonnée de peste le quinzième d’août dernier, ce qui fit qu’on ne lui donna point la sépulture commune à tous ceux de cette paroisse,
Et qu’une de ses filles nommée Marie Jean, âgée d’environ quinze ans, est décédée auxdites infirmeries de Cadillan le sixième de ce présent mois.
En foi de quoi, j’ai dressé le présent certificat à Graveson ce septième septembre mil sept cent vingt un. »
[Bertrand, Berthe, prêtre, Guignard, prêtre]
  • Source : Registre paroissial de Graveson, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 203 E 446.

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