
À Manosque, au début du XVIIIe siècle, la gestion des dépouilles dépend étroitement des ordres mendiants, tels les Observantins, installés dans leur couvent hors les murs depuis le XIVe siècle. Cet acte notarié de 1729 expose le décès de Jean-Pierre de Mathieu, jeune aristocrate forcalquiéren de dix-sept ans, emporté par une « fièvre maligne ». Ce terme médical d’époque désigne souvent des pathologies infectieuses foudroyantes comme le typhus ou la variole. Le transfert du corps souligne les privilèges de la noblesse de robe provençale et l’importance des suffrages religieux pour assurer le salut de l’âme.
« Noble Jean-Pierre de Mathieu, de la ville de Forcalquier, âgé d’environ dix et sept ans, fils à feu M. Mathieu du Villard, seigneur du Revest des Dames [1], et de dame Izabeau de Piole, dame de Fontienne, qui, se trouvant en pension chez les R[évérends] pères observantins, y est décédé de mort subite le jour d’hier ; le révérend père Laugier, maistre dudit couvant de cette ville, ayant prétendu que le corps dudit Mathieu devoit être enseveli dans leur église, en conformité de leurs privilèges qui leur permetent, dit-il, d’ensevelir indistinctement chez eux toutes les personnes qui décèdent dans leur cloiture et le s[ieu]r vicaire de S[ain]t-Sauveur soutenant que, s’agissant icy d’un estranger, ledit corps apartenoit à sa paroisse et qu’il n’y avait que luy en qualité de pasteur qui peut luy donner sa sépulture et, pour ne pas brécher à l’amitié qu’il y a toujours entre luy et led[it] révérend père Laugier, il a consenti que, sans conséquence, ledit corps seroit enterré chez les Révérends pères observantins, a qui a esté fait ce jourd’huy cinquième fevrier mil sept cens vingt neuf, en présence des soubsignés. »
[Louis Bicais]
- Registre paroissial de Saint-Sauveur (Manosque).
[1] Revest-des-Brousses.