L’histoire rurale du XIXe siècle cache parfois des épisodes d’une violence symbolique inouïe. Entre Vitrolles et Marignane, l’année 1840 reste celle d’une véritable « vendetta verte » menée contre un grand propriétaire foncier : le comte de Montvallon.
Une escalade criminelle systématique
Tout s’accélère au printemps 1840. Le 4 avril, le Mémorial d’Aix relate une cinquième expédition nocturne : 200 arbres, des mûriers et des amandiers, sont méthodiquement abattus. Le journal situe l’attaque « près des Martigues », une erreur manifeste du rédacteur de l’époque, le domaine seigneurial de Montvallon se trouvant en réalité sur le secteur de Vitrolles. Malgré le déplacement immédiat du juge d’instruction et du substitut du procureur du roi pour des perquisitions, la « main invisible » reste insaisissable.
Loin d’être intimidés, les coupables récidivent avec une audace accrue. Profitant d’une nuit de mistral violent pour couvrir le bruit de leurs cognées, ils lancent une sixième attaque : 556 oliviers sont mis à terre. Au total, ce sont près de 3 000 arbres de plantation qui ont été anéantis en quelques années sur ces terres.
L’impuissance de la loi et le précédent de Saint-Rémy
Ce qui frappe les contemporains, c’est l’inefficacité totale des autorités. Le procureur, le juge et le greffier multiplient les constats, mais le crime reste impuni. La presse de l’époque s’en insurge : pourquoi ne pas employer les mêmes « mesures énergiques » que celles prises à Saint-Rémy ? Dans cette autre commune provençale, des dévastations similaires avaient pourtant conduit à la découverte des coupables grâce à une mobilisation exceptionnelle de l’autorité.
L’insuccès des poursuites à Montvallon est d’autant plus troublant que les coupables appartiennent de toute évidence au voisinage immédiat. Seuls des locaux pouvaient connaître assez précisément les rondes des gardes pour choisir les nuits de tempête les plus propices à leurs méfaits.
Du sabotage à la terreur
Le paroxysme de cette haine est atteint le jeudi suivant le massacre des oliviers. Quatre incendies criminels sont allumés simultanément dans les bois de pins du domaine. En plein mistral, le geste dépasse la simple vengeance personnelle : il menace de transformer le domaine en une calamité publique.
Pour les observateurs, la comparaison est amère. On s’étonne qu’en plein cœur des Bouches-du-Rhône, la propriété soit aussi exposée aux dévastations que les fermes isolées de la Mitidja ou des Portes-de-Fer en Algérie.
Un mystère non résolu
Quel grief nourrissait une telle persévérance dans le crime ? Esprit de vengeance, conflit de limites ou haine sociale ? L’histoire laisse le portrait d’un propriétaire assiégé sur ses propres terres par une colère que ni la loi, ni les magistrats ne parvinrent à briser.
- Sources : Le Mémorial d’Aix, 4 avril 1840, p. 3. (5e attaque : 200 mûriers et amandiers).
- Le Mémorial d’Aix, 24 octobre 1840, p. 2. (6e attaque, incendies et références à Saint-Rémy).
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