Le drame de la mine des Raynauds (Trets, 15 avril 1840)

Le mercredi 15 avril 1840, vers 9 heures du matin, une catastrophe subite frappa les mineurs du puits des Raynauds, une concession minière située sur le territoire de Trets (Bouches-du-Rhône). Les ouvriers venaient à peine de commencer leur journée de labeur lorsque l’impensable se produisit au fond des galeries.

Une rupture de roche et l’invasion du gaz mortel

Alors que trois mineurs s’activaient dans une taille — une chambre souterraine d’où l’on extrayait le charbon —, la paroi rocheuse céda brusquement sous la pression invisible des eaux accumulées derrière elle. Personne ne soupçonnait la présence de cette nappe résiduelle, qui stagnait là depuis plus de trente ans, emprisonnée dans d’anciens travaux abandonnés.
L’eau libérée n’arriva pas seule. Elle contenait une quantité massive et concentrée de gaz hydrogène sulfureux. La poche de gaz toxique envahit instantanément l’atmosphère de la taille inondée. Sur les trois ouvriers surpris par l’émanation, deux furent subitement asphyxiés par la vapeur hydrogénique, tandis que le troisième trouva le courage et la force de fuir in extremis vers la surface.

L’identité des deux mineurs emportés

Avertis immédiatement de la tragédie, le maire de Trets et le juge de paix se transportèrent sans délai sur les lieux pour constater le sinistre. Au fond, les secours ne purent que ramener les corps sans vie de deux enfants du pays, dont les décès furent déclarés officiellement par l’adjoint au maire, Toussaint Bruno Bouillon.
La première victime, Jean Baptiste Frégier, était un homme d’expérience âgé de cinquante-huit ans. Originaire de la commune voisine de Fuveau, il laissait derrière lui son épouse, Marie Virginie Prevost. La seconde victime représentait la terrible réalité du travail des enfants dans les mines du XIXe siècle : Jean Baptiste François Aimé Michel, un jeune ouvrier mineur qui n’avait que quatorze ans. Il périt non loin de la maison de ses parents, Jean Baptiste François Michel et Marie Anne Savournin.
Deux autres mineurs de Trets, Jean Baptiste Mouche et Jean Baptiste Cheilan, se présentèrent l’après-midi même à la mairie pour déclarer la perte de leurs compagnons de misère, signant ainsi l’une des pages les plus sombres de l’histoire ouvrière locale.
  • Sources : Le Mémorial d’Aix, 18 avril 1840, page 3.
  • Archives départementales des Bouches-du-Rhône, état civil de Trets, décès de 1840, actes n° 33 et 34, cote 202 E 596.

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