Pierre Michel eut deux filles, Léonie (née en 1881) et Marie (née en 1885). Léonie est la mère de Berthe Fernande Chaix (née en 1906), elle-même mère de Monique Arduin (née en 1930), ma mère. Léon Chaix, lui, était le frère de Pierre Chaix, mari de Léonie Michel. Il avait aussi pour frère Auguste Fidèle Chaix. Tous les Michel étaient de Rabou, les Chaix, de Montgardin.
L’article qui suit est le résultat d’une longue enquête qui a duré plus d’une année. Avant toute chose, merci infiniment à Steve Totheroh qui a patiemment et à plusieurs reprises visité de nombreux dépôts d’archives à Oakland, Alameda et San Francisco. Sans lui, les informations qui suivent dormiraient encore dans de vieux livres poussiéreux.
Difficile avec ces seuls renseignements de déterminer la cause de ce départ et encore moins de reconstituer l’histoire de son émigration sur le sol américain, d’en retrouver la trace, les lieux où il est passé.
Enfants des Alpes
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L’Amérique !
En 1888, c’est décidé, Pierre tente sa chance. Il a alors près de quarante ans. Son père est décédé depuis huit ans, sa mère a 65 ans. Ils sont plusieurs à Rabou à se préparer à l’aventure. Mais il partira sans sa femme Rosalie. Pour quelle raison ? Difficile à dire. Le fait qu’elle soit enceinte l’a-t-elle fait reculer ? On peut en tout cas le penser. Le 12 septembre de cette année, elle donne naissance à un petit Pierre Auguste, qui ne verra jamais son père. Celui-ci est déjà en Amérique. Divers éléments permettent de reconstituer son itinéraire. Sa femme ne le rejoignit jamais en Californie. Nous pensions au départ que c’était parce qu’il avait dû mourir tôt. Mais, après de nouvelles découvertes, il apparaît qu’il était encore vivant le 18 avril 1910 (il figure alors sur le recensement). L’aventure n’a probablement pas tenté Rosalie, à moins que Pierre lui ait demandé de ne pas venir, ayant refait sa vie; supposition gratuite bien entendu.
La destination de Pierre, après son arrivée, est, elle, certaine. C’est l’Ouest sauvage, la Californie, et plus précisément la ville d’Alameda. Les archives de la ville attestent qu’en 1903 et 1904, Pierre était jardinier (gardener) à Alameda. Il vivait au 2122, San José Avenue.
Comme on l’a dit, Pierre figure sur les archives du recensement en 1910. On apprend de ce recensement qu’il vivait alors à Oakland, non loin d’Alameda, qu’il avait soixante ans (en réalité, il en avait alors 63) et qu’il ne possédait pas la nationalité américaine. Il semble qu’il parlait mal l’anglais, car on indique qu’il parlait seulement le français, il savait lire et écrire. En outre, si sa profession n’était pas indiquée, il bénéficiait d’un own income, c’est-à-dire qu’il travaillait à son compte, peut-être toujours comme jardinier.
Il existait à cette époque une autre communauté de Chaix en Californie à Napa, à environ trente kilomètres au nord-est de San Francisco, aujourd’hui connue pour son industrie viticole. De 1886 à 1901, au moins dix enfants portant le patronyme Chaix y virent le jour**. Cette notion de communauté est essentielle à la bonne compréhension du mode de vie des Champsaurins émigrés. Un esprit de solidarité, maintenu vivace au moins jusqu’à la Grande Guerre, prévalait parmi tous les membres. Louis-Lucien Borel, de la Plaine-de-Chabottes (Hautes-Alpes), émigré au début du XXe siècle, relate bien ce sentiment qui existait alors: « Ma décision de rester là-bas découlait surtout du fait qu’il existait une colonie champsaurine dans laquelle régnait un bel esprit d’entraide, de fraternité… Pas question de croc en jambe ou de souhaiter que son voisin ait moins de réussite que vous. (…) Il faut dire que cette fraternité était imposée par les dangers de toutes sortes (…). Il y avait l’ours, le coyote, le crotale. Mais aussi les propriétaires peu scrupuleux qui avaient tendance à mordre dans les pâturages pour lesquels on payait une redevance à l’Etat… Il y avait aussi la sécheresse, la mévente du bétail. Dans ces conditions, l’union, c’était le meilleur remède. » (Le Western Champsaurin, chap. LXXXII, F. et M. Barès, Gap, 1981)
Autres venues
Dans le même temps, d’autres à Rabou nourrissent le même projet d’émigration. Les lettres venues d’Amérique doivent être suffisamment encourageantes pour inciter d’autres Gapençais à tenter l’aventure. Lorsque Pierre est parti, le jeune Léon Louis Chaix a à peine 12 ans. Fils de Louis Philippe Chaix, orphelin de mère (Marie Philomène Céard est morte alors qu’il n’avait que 10 ans), il naît le 15 juillet 1876 et grandit dans le village de Montgardin. Il rencontre un jour la fille de Pierre Michel, Marie, bien plus jeune que lui, puisque née le 7 août 1885. Lorsque son père a quitté la France, elle a moins de 3 ans ! On l’imagine élevée dans le souvenir de ce père dont elle n’a probablement aucun souvenir. Lorsque Léon et Marie deviennent époux, ils se décident à partir pour Alameda…
Le rôle du couple Chaix-Bérard, établi à Alameda, a de toute évidence été prépondérant dans la venue de Pierre Michel en Californie. D’une manière ou d’une autre, il est certain que les deux familles étaient liées avant leur départ vers les Etats-Unis. Par M. Totheroh, on sait que deux soeurs, Mathilde Marie Scholastique Bérard et Marie Philomène Bérard, nées dans les Alpes vers 1860, étaient parties en Amérique où elles épousèrent deux frères français, nés aussi en France, Alexandre Chaix, le 23 mai 1882, à San Francisco, pour la première, et Virgile Chaix, sans doute peu avant, pour la seconde. Ils vécurent le reste de leur vie dans le comté d’Alameda (non loin de San Francisco). Alexandre mourut en 1906, dix-huit ans après l’arrivée de Pierre à Alameda.
Départ du couple Chaix
Les époux ne partent pas ensemble. La raison, comme autrefois dans le cas de Pierre Michel, c’est que Marie est enceinte et qu’elle va donner naissance à une petite Yvonne. Peu de temps avant, une première fille était née dans la famille, portant le prénom de Marcelle. C’est Léon qui, le premier, embarque au port du Havre. Après un voyage en train (le chemin de fer a atteint les Alpes en 1884), il arrive dans le nord de la France où il embarque sur le Lorraine, le 13 août 1904. C’est un paquebot construit par la Compagnie Générale Transatlantique en 1899. 11146 tonnes brutes, vapeur triple des moteurs d’expansion, vitesse de service 21 noeuds. 1114 passagers (446 première classe, 116 deuxième classe, 552 troisième classe). Ce paquebot servit de croiseur marchand armé lors de la Grande Guerre et reprit la liaison Le Havre-New York en 1919. La liste des passagers laisse voir une grande majorité d’Italiens avec lesquels Léon fera le voyage. Il a douze dollars en poche et s’est payé lui-même le voyage. Nouvelle arrivéeAuguste n’hésite pas longtemps. Il est célibataire, a 28 ans, vit à Montgardin de son travail de cultivateur. L’aventure l’appelle à son tour. Il prend à ses frais le Bretagne le 28 février et débarque à New York le 5 mars 1907 avec 50 dollars en poche. Son voyage nous permet de mieux le visualiser: cheveux châtains (light brown), yeux marrons (brown), 1,60 mètres (5 feet 3 inches). Aussitôt il rejoint son frère et sa belle-soeur à Oakland et travaille avec eux. Le nom de la compagnie va changer. Elle devient le Palace Laundry. Les deux frères sont visiblement associés. Marie cesse son travail et va se consacrer à ses nouveaux enfants. Il n’est pas possible de déterminer si Auguste s’est marié et a eu des enfants. On perd sa trace après 1910. De toute évidence, pourtant, il passera sa vie en Californie et décèdera le 30 octobre 1958 à San Francisco. En tant que travailleur, il bénéficiait de la Sécurité Sociale et possédait le numéro 552-09-4880. Léon et Marie Chaix, eux, déménagent souvent: en 1910, ils vivent au 805, Franklin Street; l’année suivante, nous les retrouvons au 835 (ou au 859), 29th Street. En 1915, ils habitent au 2739, San Pablo Avenue (renseignements fournis par Steven Lavoie, de l’association Oakland Heritage Alliance). Dans cet intervalle, ils donnent naissance en quelques années à onze autres enfants (sept garçons et quatre filles) (les prénoms des enfants probablement toujours vivants ont été réduits à leurs initiales) :
En 1920, tous ces enfants savaient lire et écrire, à l’exception de Jeanne, Raymond, Roger, Claire et C. M. Tous parlaient anglais à l’exception évidement des enfants en bas âge. Louis, Rose et Jeanne étaient scolarisés. Pour l’anecdote, la plupart des garçons, lors de la Seconde Guerre Mondiale, combattirent sur le sol français et se rendirent dans les Hautes-Alpes pour y saluer la famille.
En 1917 et 1920, Léon et Marie quittaient Oakland, tout en y travaillant toujours, pour la ville voisine d’Alameda (à l’adresse de Pacific Avenue), toujours comme locataires. Le 19 janvier 1915, leurs deux premières filles, Marcelle et Yvonne, restées en France, arrivèrent à Ellis Island par le Touraine, puis à Oakland; elles avaient environ onze ans à l’époque. On peut supposer que d’autres émigrants venant de Rabou les accompagnaient. Marcelle, 16 ans en 1920, aidait son père à la blanchisserie. En 1922, la famille vivait au 2061, Encinal Avenue, dans le centre d’Alameda. Une ruptureUn événement important mérite d’être signalé. Le recensement de 1930 donne à Léon l’adresse du 2525, Lincoln Avenue, à Alameda. Or, Marie vit toujours au 2061, Encinal Avenue, sous le nom de « Mrs. Marie Chaix ». En 1933, on apprend que Léon vit toujours à Lincoln Avenue, avec une femme prénommée Nell. Certes, on peut croire que Léon et Nell s’étaient mariés, vu la façon dont leur nom sont associés sur le recensement, mais il est plus probable d’envisager un concubinage. Toujours est-il que Léon travaille toujours à sa blanchisserie avec plusieurs de ses enfants. Comment ceux-ci vivent-ils cette situation nouvelle au jour le jour? Cette séparation dura jusqu’à 1937 au moins. Les archives de 1941 indiquent que Léon était retourné vivre avec Marie sur Encinal Avenue. Naissance d’une famille américaineLe français a cessé d’être parlé dans la famille Chaix et, aujourd’hui, les prénoms sont complètement américains, à l’inverse des efforts du couple Chaix-Michel pour donner des prénoms français à leurs enfants. Leur patronyme reste pourtant français et leur rappellera leurs origines gapençaises.
Remerciements à M. Steve Totheroh de Californie, descendant de Chaix des Hautes-Alpes, concernant sa disponibilité et ses recherches dans les recensements américains.
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Notes
* Décédé le 26 septembre 1945 à Alameda, Californie. Emile Chaix a d’ailleurs développé une entreprise aux États-Unis. Une image d’archive représente cet établissement, à Santa Clarita. Cliquez ici.** Dix naissances d’enfants Chaix à Napa entre 1886 et 1901 : Elizabeth Madeline (Magdeleine ?) en 1886, Jean Antoni (Antoine ?) en 1887, Adolphe Francis en 1888, Victor Edward (Edouard ?) en 1891, Léon Georges le 14 janvier 1893 (Léon Georges décède le 5 février 1949 à San Francisco), Adèle Louise en 1894, Antoni (Antoine ?) Alfred en 1896, Eugène Louis le 21 septembre 1899 (Eugène Louis décède le 25 octobre 1972 à San Mateo, Californie), Jean en 1899 et Marie Terresa en 1901.*** Entre 1900 et 1924, dix-huit personnes portant le nom Chaix et originaires de la région de Gap débarquèrent à Ellis Island, candidats à l’immigration.







Bonjour, je voudrai savoir si vous avez des infos sur des HUGUES qui seraient partis dans les années 1830 vers l’Amérique ? Des Hugues d’abriès (Le Roux plus précisément); Il existe au Mexique plusieurs noms de Hugues . Merci et cordialement . Mr bernard Hugues de Marseille
Bonjour et félicitations pour votre superbe recherche.
Pour ma part je suis à la recherche depuis bientôt trois ans de mes cousins Lorguais, descendanys de Pierre Chaix et de Thérèse Giraud(devenu Giroux).
Lewur fils Jacques Chaix, un soldat du régiment Royal-Roussillon est débarqué en Nouvelle-France au printemps 1756 pour tenter de sauver la colonie.
Je vous serais reconnaissant de m’indiquer les ascendants circa 1725 des Chaix du Var.(Lorgues et/ou Entrecasteaux, village natal de Thérè Giraud.
Maurice (Chaix) Giroux
gmaurice@videotron.ca
Longueuil
Québec
(514)473-2720
Bonsoir. Pour des ancêtres varois, je vous conseille le groupe http://fr.groups.yahoo.com/group/RacinesVaroises/ qui vous conseillera de façon avisée pour faire aboutir vos recherches.
Cordialement.