Ordonnance sur le pain vendu au cabaret (Aix-en-Provence, 5 septembre 1776)

  • Archives municipales d’Aix-en-Provence, FF95.

Du 5 septembre 1776.

Bureau de police assemblé, présent MM. le marquis de Vauvenargues, Barlet, assesseur.
Sur la réquisition du procureur du roi, contenant qu’il y a plusieurs plaintes que les cabaretiers de cette ville, bouchonnistes et autres, qui donnent à manger, font surpayer le pain qu’ils fournissent, et entre autre ceux du Faubourg, qui le revendent jusques à trois sols et demi [1], quatre sols la livre, tandis qu’il ne leur coûte que deux sols sept deniers, et que les ordonnances de police ne leur accordent qu’un denier sur chaque demi-livre de pain qu’ils débiteront, laissant en outre la liberté aux buveurs de se pourvoir chez les boulangers.

Ce surtaux étant un abus intolérable pour les passants pauvres qui ne doivent pas rester exposés à l’avidité de ces bouchonnistes qui profitent de la misère et du besoin des voyageurs, et même des pauvres gens de la ville qui vont manger dans ces petits cabarets, requiert :

Nous, maire, consuls et assesseur, lieutenants généraux de police, en renouvelant l’ordonnance de police du 5 juillet 1776, avons ordonné et ordonnons que les cabaretiers, bouchonnistes et autres qui donnent à manger soit dans la ville ou à ses faubourgs ne pourront exiger qu’un denier sur chaque demi-livre de pain qu’ils débiteront, au-dessus du taux que le vendent les boulangers, à peine de douze livres d’amende pour chaque contravention, si mieux n’aiment les particuliers qui iront boire se pourvoir de pain chez le boulanger.

La présente ordonnance sera exécutée nonobstant appellation et opposition quelconques et sans y préjudicier, publiée, imprimée e affichée aux coins et carrefours de la ville, et sur la porte de chaque cabaretier et bouchonniste de la ville et ses faubourgs, à ce qu’ils n’en prétendent cause d’ignorance, faisons défense à toutes personnes d’en enlever les affiches sous peine de punition suivant les ordonnances.


[1] 12 deniers font un sol. On considère que, globalement, un sol à la fin de l’Ancien Régime équivaut à un euro, en terme de pouvoir d’achat. Un denier équivaudrait donc à 8 centimes d’euro environ.