Suppression des tours d’abandon : une mesure pire que le mal

tour-d-abandonDès le Moyen Âge (sans doute dès le XIIe siècle), des tours d’abandon1 ont été mis en place pour permettre aux mères d’abandonner de manière anonyme une progéniture qui les dérangeait. Ainsi, l’enfant n’était pas en danger de mort et pouvait être recueilli de façon satisfaisante.
Il ne s’agissait bien sûr pas de juger de la moralité de l’abandon, mais l’usage des tours assurait la survie de l’enfant rejeté.
Dans les années 1830, un mouvement moralisateur parvient à obtenir l’interdication de l’emploi de ces tours.
Alors que d’aucuns peuvent se réjouir d’un tel retour à la moralité, les suites vont se révéler franchement négatives. L’interdiction des tours ne provoqua nullement un déclin du nombre de naissances d’enfants naturels et, pire, vit une augmentation dramatique du nombre d’infanticides. Après un abandon, si la police n’établissait pas un certificat, les hospices refusaient en effet l’accueil des enfants trouvés.
De nombreux journaux nationaux, mais aussi de Provence, s’en émurent, comme Le Mémorial d’Aix ou Le Sémaphore d’Arles.
Dans son édition du 10 février 1838, Le Mémorial d’Aix, sous la plume de Charles Chaubet, proposait, dans un discours extrêmement moralisateur, quatre mesures pour lutter contre cette épidémie d’infanticides :

  1. Donner à tous, désormais, une éducation morale et religieuse. Ouvrir à tous les trésors des sciences pratiques, car la culture de l’intelligence a pour effet immédiat de détourner des penchants grossiers.
  2. Propager dans les masses le dogme saint de la fraternité humaine dont les jouissances brutales ne sont que la complète négation : que l’homme comprenne que le plus grand des crimes est de déshonorer son semblable,et la cause des mœurs sera gagnée.
  3. Honorer le travail et l’organiser sur une échelle immense, au moyen de l’association ; par là l’oisiveté se trouvera détruite et l’activité de l’individu dirigée vers un but légitime.
  4. Faciliter les mariages, car rien n’est mortel à l’homme comme les célibats.

L’usage des tours fut rétabli rapidement. Il faudra attendre la loi du 27 juin 1904 pour en voir la suppression définitive. Même si des pays, comme l’Allemagne, en ont rétabli l’usage, ce n’est pas le cas de la France, bien que des mesures, comme l’accouchement sous X, permettent d’arriver au même résultat.


Notes

1. On dit un tour d’abandon et non une tour d’abandon.

Photographie

Tour d’abandon du XVIIIe siècle, musée de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, hôtel de Miramion (Paris). © Ignis, 2006. GNU Free Documentation License, Creative Commons Attribution ShareAlike 2.5.

Commentaires

  1. Anonymous dit :

    On voit ce qu’à donné la Révolution française avec ses idées de bannir toute religion ! L’immoralité n’a cessé de grimper, jusqu’à nos jours où on « tue » des bébés de 14 semaines… Les infanticides existent toujours mais sous une autre forme… et légalisés !

  2. Anonymous dit :

    Certes, il est toujours terrible de penser à la suppression d’un enfant à naître. Hors avortements thérapeutiques, il est certain également que les mères éprouvent la même déchirure psychologique que de devoir utiliser le tour d’abandon. Mais un enfant à naître n’endurera pas une vie de douleurs et blessures. Ceux qui ont vu le jour auront, au moins, une attention qui leur sera prodiguée, même si elle ne vaut pas l’amour d’une mère.
    Soyons, juste un peu tolérants avec celles qui auront du faire l’un de ces choix douloureux. Maintenant, il est inconcevable que certaines usent de ces artifices comme contraception.