Des billets dans une armoire : la reconstitution des registres paroissiaux de Ménerbes en 1705

On ouvre le registre des mortuaires de Ménerbes à l’année 1700. Pas de défunt. Cinq pages d’écriture serrée, du latin, une dizaine de signatures : un procès-verbal de 1705, dressé chez un prêtre commissaire, le notaire du lieu tenant la plume.
Il commence ainsi :
« L’an mille sept cent cinq et le dix de may sur le midy, dans le lieu de Menerbe et dans la maison de moy Luc Roque, prêtre dud[it] lieu… »
Ces pages disent d’où sortent les actes qui suivent. De la fin de 1700 au début de 1705, le curé n’a rien porté dans les registres. À sa mort on a ouvert une armoire. Dedans, des « petits billets et autres papiers volans ». Pour en tirer des actes valables il a fallu les chanoines d’un chapitre d’Avignon, l’évêque de Cavaillon, un commissaire et le notaire, puis deux hommes qui jurèrent reconnaître les écritures.
Les citations gardent l’orthographe du manuscrit. Les abréviations sont développées entre crochets.

I. Le cadre : une paroisse du Comtat au début du XVIIIe siècle

Une terre du pape
En 1705, Ménerbes est terre pontificale. Ce village du Luberon appartient au Comtat Venaissin, aux papes depuis le XIIIe siècle, administré depuis Avignon. Pour le spirituel il relève du diocèse de Cavaillon.
Les ordonnances royales sur les registres, Villers-Cotterêts en 1539, Blois en 1579, le Code Louis de 1667, s’arrêtent à la limite du Comtat. Ici on suit le droit de l’Église romaine.

L’obligation de tenir des registres
Le concile de Trente, en 1563, oblige les curés à inscrire les baptêmes avec le nom des parrains, les mariages avec celui des témoins. Le Rituel romain de Paul V ajoute les sépultures en 1614. Les évêques recopient ces règles dans leurs ordonnances.
La requête de 1705 s’y réfère : il faut enregistrer « conformement aux ordonances de Vostre Grandeur ». Elle nomme aussi « les livres que les curés sont obligés d’avoir pour les batesmes, mariages et mortuaires ». Un livre par sorte d’acte. On les retrouvera vides.

Qui commande à Ménerbes ?
La paroisse dépend du prieuré Saint-Étienne de Ménerbes. Ce prieuré est « uni » au Chapitre de l’« insigne Eglise collegiale de St Agricol » d’Avignon, qui en tient le titre et les revenus. Le doyen et les chanoines de Saint-Agricol sont donc prieurs de Ménerbes. C’est en cette qualité qu’ils agissent d’un bout à l’autre du dossier.
Le partage des rôles se lit dans les actes. Le Chapitre nomme le curé : Falot était « curé nommé par les supplians ». Son successeur sera « presenté et approuvé par Vostre Grandeur », puis « mis en possession de lad[ite] cure par les deputtés dud[it] Chapitre ». Les registres eux-mêmes sortent des mains des chanoines, « baillés a ces fins » au curé.

L’évêque de Cavaillon
La requête est adressée « A Monseigneur Monseig[neu]r l’Ill[ustrissi]me et R[évérendissi]me Evesque et Conseig[neu]r de Cavaillon ». Évêque du diocèse, coseigneur temporel de sa ville.
En 1705 c’est Jean-Baptiste de Sade de Mazan. Il a pris en 1665 le siège de son oncle Richard et y mourra le 19 décembre 1707. Quarante ans d’épiscopat. Au bas de l’appointement, sa signature latine : J. Baptista, Episcopus Cavallicensis.

II. Le curé Falot et ses billets volants

Un Avignonnais envoyé par le Chapitre
Le 10 mai 1705, Messire Jean-Joseph Falot est mort depuis février. De sa main il reste une ligne latine, en tête du registre des baptêmes :

« per me Joannem Josephum Falot avenionensem, missum a Venerabili Capitulo avenionensi priore dicti loci »
« Par moi, Jean-Joseph Falot, Avignonnais, envoyé par le vénérable Chapitre. »

Le procès-verbal lui compte « les neufs dernieres années » de desserte, jusqu’à sa mort. En remontant : arrivé vers 1696.

Le 6 mars 1701
Ce jour-là Falot ouvre le registre des baptêmes fourni par le Chapitre. Il laisse le premier feuillet blanc. Sur le second, un titre :
« Descriptio baptisatorum ecclesiae parochialis Minerbiensis facta ab anno Domini millesimo septingentesimo primo et die sexta mensis Martii »
« Registre des baptisés de l’église paroissiale de Ménerbes, commencé l’an du Seigneur 1701, le sixième jour de mars. »

Dessous, deux versets :
« Marci XVI. Qui crediderit et baptizatus fuerit salvus erit, qui vero non crediderit condemnabitur. Joan. 3° Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sancto non potest introire in regnum Dei. »
Marc, chapitre 16 : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. » Jean, chapitre 3 : « Nul, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit Saint, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. »

Trois feuillets
Quatre ans plus tard, le commissaire ne trouvera d’écrits que « les trois feuillets suivans ». Premier baptême inscrit : une Anne Ravoire. Dernier : une Marguerite Sautelle. Les deux noms se lisent mal. Ensuite tout est « en blanc et sans ecriture ».
Le livre des mariages et celui des sépultures, Falot ne les a jamais ouverts.

Les billets
Les actes, il les notait pourtant. Sur des « petits billés et autres papiers volans » qui ne passèrent jamais au registre. Deux écritures s’y mêlent : « la plus grande partie sont ecris de la propre main dud[it] S[ieu]r Falot et quelques uns de la main de M[essi]re Gaspard Niel prêtre son secondaire ». Niel est le vicaire.
Pourquoi rien ne fut recopié pendant quatre ans, le dossier ne le dit pas.

L’armoire fermée à clef
Falot meurt en février 1705. Les billets sont « dans un armoire fermé a clef de la maison claustrale dud[it] Menerbe », la maison du prieuré où logeait le curé.
Le procès-verbal écrit qu’il « a negligé et obmis » d’enregistrer. L’armoire, elle, était fermée à clef.

III. La découverte (printemps 1705)

Un nouveau curé
Le Chapitre nomme Messire Jean-Baptiste Guilheimin, prêtre. Présentation à l’évêque. Approbation. Les députés du Chapitre le mettent en possession de la cure. En mai, le procès-verbal le nomme déjà « prêtre et curé dud[it] Menerbe ».

L’inspection des députés
L’installation faite, les députés restent. Ils veulent, dit la requête, « s’informer de l’estat ou se trouvoit leur Eglise et visiter les livres que les curés sont obligés d’avoir ». Ils ouvrent les livres :
« ils se seroint apperceus que depuis la fin de l’année mille sept cent un led[it] feu S[ieu]r Fallot avoit obmis d’enregistrer dans lesd[its] livres les batêmes, mariages et mortueres »
Ils cherchent plus loin, trouvent les billets. Les chanoines les prennent et les mettent « touts ensemble dans le dessein de les faire enregistrer en bonne et deüe forme ».

Le notaire
La liasse passe chez Maître Joseph Michaelis, notaire à Ménerbes, qui la reçoit « pour la part desd[its] S[ieu]rs dud[it] Chapitre ». Il trie : les billets sont « bien rangés suivant leurs dattes par led[it] S[ieu]r Michaelis ». Sur l’ordre des chanoines il les remet ensuite au nouveau curé.
On le retrouve à chaque séance. Les actes sont dressés « ecrivant led[it] S[ieu]r Michaelis » : il tient la plume.

1700 ou 1701
Deux dates pour le même abandon. La requête du Chapitre : « la fin de l’année mille sept cent un ». Le procès-verbal du commissaire : « depuis la fin de l’année mille sept cent ».
Les pièces décrites en mai ne départagent qu’à moitié. Le livre des baptêmes est tenu à partir du 6 mars 1701 sur trois feuillets, et des billets de baptêmes de 1701 existent quand même. Les billets de sépultures commencent à « la fin de decembre » 1700, face à un livre resté vierge. Ceux des mariages seulement au début de 1702.
Le dossier ne dit pas sur quelle pièce chacun a pris sa date.

IV. La requête et l’ordonnance épiscopale (avril 1705)

Recopier ne suffit pas
Les billets sont là, classés. Les chanoines refusent pourtant de les faire simplement recopier par le nouveau curé.
En 1705 le registre est la seule pièce écrite qui prouve qu’un enfant est né de tel mariage, qu’un homme est mort tel jour. Les partages de succession s’appuient dessus. Un acte transcrit après coup, par un autre que l’officiant, peut être attaqué.
La requête pose donc deux conditions avant toute écriture :
  • 1. « proceder a la recognoissance et averation de l’escriture tant dud[it] S[ieu]r Falot que de ses secondaires » : établir que les billets sont bien de leur main ;
  • 2. « verifier si on n’a obmis aucun mariages, baptisteres et mortuaires depuis le tems que led[it] S[ieu]r Falot avoit cessé d’en faire l’enregistrement requis ».
Le but est écrit en toutes lettres : que l’enregistrement « puisse estre fait dans toutes les formes canoniques et sans pouvoir estre debatu a l’advenir d’aucune nullitté ».

La requête au prélat
Le doyen et les chanoines de Saint-Agricol écrivent à l’évêque. « Supplient humblem[en]t », en ouverture. En clôture la formule d’usage : ils « prieront Dieu pour la prosperité et elevation de Vostre Grandeur ». Au milieu, une demande : « deputer sur les lieux un commissaire » avec « tout le pouvoir sur ce requis et necessaire ».
Le texte entier est recopié dans le registre.

L’appointement du 22 avril 1705
L’évêque répond au pied de la requête, en latin. Deux mots d’abord : « Attentis narratis », « vu ce qui est exposé ». Puis le nom :
« deputamus in commissarium V[enerabilem] Dominum Roque p[resbyt]erum, ad hoc ut, servatis servandis, procedat ad verificationem et recognitionem scripturarum tam D[omini] D[omi]ni Fallot, quondam parochi ecclesiae Minerbiarum, quam eius secondariorum »
« Nous députons comme commissaire le vénérable sieur Roque, prêtre, afin qu’en observant ce qui doit l’être, il procède à la vérification et à la reconnaissance des écritures tant de feu sieur Fallot, naguère curé de l’église de Ménerbes, que de ses vicaires. »

Roque doit reconnaître les écritures de Falot et des vicaires. Il doit faire enregistrer « fidèlement et soigneusement » tous les mariages et, un par un, les noms des baptisés et des défunts. Et chercher les mariages, baptêmes et décès oubliés depuis que Falot a cessé, « si quae sint » : « s’il y en a ».
Au bas : « Aven[ione], hac die vigesima secunda mensis aprilis, anno millesimo septingentesimo quinto ». « Avignon, 22 avril 1705. » La requête sera enregistrée « penes acta Curiae nostrae Episcopalis », « aux actes de notre cour épiscopale ».

Une copie certifiée
Après la signature de l’évêque, deux mots : « Sic in originali ». Puis la signature de Roque. Ce qu’on lit dans le registre est une copie, certifiée par le commissaire.

V. Le 10 mai 1705 : l’enquête chez Luc Roque

La scène
Dix mai 1705, « sur le midy ». La maison de Luc Roque, « prêtre dud[it] lieu et recteur de la chappellanie de Notre Dame de S[ain]t Sauveur » : un prêtre de Ménerbes, titulaire d’une fondation de messes qui lui rapporte un revenu.
Guilheimin « a comparu et s’est presenté », « pour et au nom des mess[ieu]rs du Chapitre S[ain]t Agricol d’Avignon ». Le notaire Michaelis est là. Les « temoins bas nommés » aussi.
Roque lit d’abord ses pouvoirs. Il a « veu et leu lad[ite] requeste et apointem[en]t d’icelle », reçu la commission « avec deubs honneurs et reverence », et se dit « prêt de proceder ». Le curé lui remet trois registres et la liasse.

L’examen des trois livres
Roque les décrit l’un après l’autre.
Baptêmes d’abord : « un livre tout neuf couvert d’une peau de parchemin blanc avec quatre ataches de peau verdâtre ». « Un doit et demy d’épaisseur, un pan et quart de longueur et un pan [de] largeur. » Le pan provençal fait 25 centimètres environ : 31 sur 25, à peu près, pour 3 centimètres d’épaisseur. En titre, Liber baptisatorum ecclesiae Minerbiae.
Mariages : « aussy tout neuf de la même epaisseur, longueur et largeur que le precedent », même reliure, même attaches. Liber matrimoniorum ecclesiae parochialis loci Minerbiae. Pas une ligne.
Sépultures : « tout neuf, couvert et attaché comme les deux precedens », de mesures « presque » égales. Roque l’ouvre et le visite « d’un bout a autre ». Tout est blanc. En titre, Liber mortuorum parochiae loci Minerbiae.
L’acte est passé devant « mess[ieu]rs Charles François Michaelis et M[aît]re Joseph Roque dud[it] lieu, temoins requis ». L’un porte le nom du notaire, l’autre celui du commissaire. Le texte ne dit rien d’une parenté. Signatures du curé, du commissaire, des témoins, du notaire. Près de celle de Roque, une mention qui semble approuver une rature.

Le décompte des billets
Aussitôt, « au même lieu », le curé met la liasse entre les mains du commissaire. Le procès-verbal compte :
  • Baptêmes : 176 billets, de 1701 à mars 1705.
  • Mariages : nombre non indiqué, du début de 1702 au début de 1705.
  • Sépultures : 130 billets, de la fin décembre 1700 au début de mars 1705.
Pour les mariages le scribe écrit « consistent a », laisse un blanc, continue. Le chiffre ne fut jamais porté.
Cent trente sépultures en un peu plus de quatre ans : une trentaine par an.

Les témoins de l’écriture
Le curé demande que les billets soient « recogneus par deux temoins d’avoir été ecris pour la plus grande partie de la propre main dud[it] S[ieu]r Falot curé et l’autre partie de la main dud[it] S[ieu]r Niel son secondaire ».
Deux hommes sont dans la pièce. Gaspard Niel, l’ancien vicaire, qui « connoit non seulem[en]t son ecriture, mais aussy celle de feu M[essi]re Falot ». Et Maître Benoît La Crolle, « ecclesiastique dud[it] lieu », qui connaît « tant l’ecriture dud[it] S[ieu]r Falot que celle dud[it] S[ieu]r Niel ».

Le serment
Roque leur fait « commandement en face » de dire la vérité sous serment, « avec deüe comination » : la menace des peines du faux serment.
Niel jure ad pectus, la main sur la poitrine, comme jurent les prêtres. La Crolle « sur les S[ain]ts Ecris ».
Roque leur met les billets en main. Ils les ont « veus et leus l’un apres l’autre », devant le commissaire et le notaire. Puis :
« que lesd[its] billés ont été ecris la plus grande partie de la main dud[it] S[ieu]r Falot, pour connoitre bien et deüement l’ecriture d’icelluy, et une petite partie de la main dud[it] S[ieu]r Niel, pour connoitre led[it] S[ieu]r Niel sa propre ecriture »
La Crolle reconnaît de même. Au bas : « Niel prestre », « Lacrolle ecclesiastique », Roque, Michaelis.

VI. Le 15 mai 1705 : donner force de loi au passé

La transcription ordonnée
« L’an susd[it] et le quinze may. » Guilheimin revient chez le commissaire avec la déclaration des deux témoins. Il demande qu’on passe à l’écriture : « enregistrer et escrire lesd[its] billés ».
Chaque billet dans son livre, « chascun suivant sa datte ». Et sous chaque acte recopié, la signature de Roque : il doit « les signer au bas de chascun comme commissaire susd[it] ».
Roque accepte. « A quoy je me suis offert de proceder comme se verra dans chaque livres. » La suite est dans les pages du registre, après le préambule.
Les actes de 1700 à 1705 qu’on y lit n’ont donc pas été écrits par le prêtre qui a baptisé, marié ou enterré. Ils ont été recopiés à partir de 1705, sous l’autorité de Luc Roque. C’est son nom qu’ils portent au bas.

L’ordonnance du commissaire
Puis Roque ordonne, en vertu des pouvoirs reçus de l’évêque :
« ay ordoné et ordonne qu’a l’advenir sera adjousté foy auxd[its] registres tout comme s’ils avoient été escris dans leur tems et signés par led[it] S[ieu]r Falot et led[it] S[ieu]r Niel »
En droit, les copies de 1705 valent des actes faits le jour même.
Des actes ainsi enregistrés « l’on pourra faire a l’advenir des extraits et les signer pour servir et faire foy en jugement et dehors ». Un extrait de baptême tiré de ces pages pourra être produit devant un juge.

Pour l’avenir
Dernier article : « led[it] S[ieu]r Guilheimin, ses secondaires et succeseurs continueront de mettre successivement et a l’advenir dans lesd[its] livres respectivement les baptistaires, mariages et mortuaires de lad[ite] parroisse ».
Les trois livres en parchemin blanc restent en service. Après les copies doivent venir les actes du nouveau curé.

VII. Le 10 octobre 1705 : la porte laissée ouverte

Une mission en suspens
L’évêque demandait aussi de rechercher les actes omis. Les procès-verbaux de mai n’en disent pas un mot.
Pour un baptême que personne n’a noté, il n’y a pas de billet à reconnaître.

En marge
Dix octobre 1705. Cinq mois ont passé. Guilheimin comparaît une dernière fois devant le commissaire, « au même lieu que dessus », toujours au nom du Chapitre. Il demande :
« que si a l’advenir on s’apercevoit qu’il manquat quelque baptistaire, mariage ou mortuaire qui fussent été obmis par led[it] S[ieu]r Falot ou ses secondaires, aud[it] cas, que lesd[its] baptistaires, mariages et mortuaires manquans et deffaillans fussent en leur rang ecris et enregistrés respectivem[en]t a la marge desd[its] trois livres »
Un acte oublié qui reparaît ira donc dans la marge, à sa date, « en leur rang ». Le commissaire le signera « de même que les autres billés », pour qu’il fasse « entiere foy en jugement et dehors ». Roque accorde.
Ce qui a provoqué la demande entre mai et octobre, le dossier ne le dit pas.

VIII. Lire le registre après 1705

Les mots du dossier
Dans ces cinq pages, personne ne s’inquiète des sacrements. Les mots qui reviennent sont des mots de procédure : « nullitté », « formes canoniques », « faire foy en jugement et dehors », « temoins requis », « acte concedé ».
Chaque étape passe par les mêmes gestes. Comparution du curé. Réquisition. Acte accordé par le commissaire. Signatures au bas, et le notaire qui écrit.

Pour qui consulte aujourd’hui le registre des mortuaires
De fin décembre 1700 au début de mars 1705, ce sont des copies. Transcrites en 1705 ou après, à partir d’environ 130 billets, et non rédigées au jour de l’inhumation.
La signature est celle de Roque. Falot et Niel, qui ont enterré, ne signent pas.
Le contenu peut être maigre. Ce que portait chaque billet, le dossier ne le décrit pas : âge, filiation, témoins peuvent manquer.
Regarder les marges. Un acte inscrit en marge pour ces années a été ajouté après le 10 octobre 1705, sur déclaration, parfois longtemps après le décès.
Une absence ne prouve rien. Un décès que Falot n’a pas noté, et que personne n’a signalé ensuite, n’a laissé aucune ligne.
Autres pièces à croiser : les minutes du notaire Joseph Michaelis, à rechercher dans les fonds notariaux des Archives départementales de Vaucluse, pour les testaments, contrats de mariage, inventaires après décès. Et les registres des paroisses voisines, pour une inhumation faite hors de Ménerbes.

Conclusion

Le 10 mai 1705, chez Luc Roque, il y avait trois livres neufs en parchemin blanc, fermés par des attaches de peau verdâtre. Et une liasse classée par date par le notaire : cent septante-six billets de baptêmes, cent trente de sépultures. Pour les mariages, un blanc.

Annexes

A. Chronologie
  • Vers 1696 : Jean-Joseph Falot, Avignonnais, devient curé de Ménerbes, nommé par le Chapitre de Saint-Agricol.
  • Fin décembre 1700 : début des billets de sépultures ; le registre des mortuaires ne sera jamais tenu.
  • 6 mars 1701 : Falot ouvre le registre des baptêmes, qu’il abandonne après trois feuillets.
  • Début 1702 : début des billets de mariages.
  • Février 1705 : mort de Falot ; billets retrouvés dans une armoire de la maison claustrale.
  • Printemps 1705 : nomination et installation de Jean-Baptiste Guilheimin ; les députés du Chapitre découvrent les registres vides ; billets confiés au notaire Michaelis, qui les classe.
  • 22 avril 1705 : à Avignon, l’évêque de Cavaillon nomme Luc Roque commissaire.
  • 10 mai 1705, à midi : chez Roque, constat des trois registres, décompte des billets, serment de Niel et La Crolle sur les écritures.
  • 15 mai 1705 : ordre de transcription ; ordonnance donnant pleine valeur aux actes recopiés.
  • 10 octobre 1705 : décision d’inscrire en marge les actes omis découverts plus tard.
  • 19 décembre 1707 : mort de l’évêque Jean-Baptiste de Sade.

B. Les personnages
  • Jean-Joseph Falot : prêtre avignonnais, curé de Ménerbes (vers 1696-1705). Néglige les registres, laisse les billets.
  • Gaspard Niel : prêtre, « secondaire » (vicaire) de Falot. Auteur d’une partie des billets ; témoin sous serment.
  • Jean-Baptiste Guilheimin : prêtre, nouveau curé de Ménerbes. Agit au nom du Chapitre, requiert chaque acte.
  • Luc Roque : prêtre de Ménerbes, recteur de la chapellenie Notre-Dame de Saint-Sauveur. Commissaire épiscopal.
  • Joseph Michaelis : notaire de Ménerbes. Conserve et classe les billets ; greffier de la procédure.
  • Benoît La Crolle : ecclésiastique de Ménerbes. Témoin sous serment sur les écritures.
  • Charles-François Michaelis : habitant de Ménerbes. Témoin du 10 mai.
  • Joseph Roque : maître, habitant de Ménerbes. Témoin du 10 mai.
  • Le doyen et les chanoines de Saint-Agricol : Chapitre de la collégiale d’Avignon, prieurs de Ménerbes. Requérants.
  • Jean-Baptiste de Sade de Mazan : évêque et coseigneur de Cavaillon (1665-1707). Signe l’appointement du 22 avril 1705.

C. Glossaire
  • Appointement : décision d’une autorité, écrite au bas d’une requête.
  • Avération : action de vérifier, d’établir l’authenticité d’une écriture.
  • Baptistaire : acte de baptême.
  • Billet : petite feuille volante, ici note prise par le curé.
  • Chapellenie : fondation pieuse dotée de revenus, à charge de messes ; son titulaire en est le recteur.
  • Chapitre : collège de chanoines attaché à une église cathédrale ou collégiale.
  • Commination : menace des peines encourues, notamment en cas de faux serment.
  • Doigt : mesure de longueur, environ 2 cm.
  • Maison claustrale : maison attachée au prieuré, servant ici de presbytère.
  • Mortuaire : acte de sépulture.
  • Pan : mesure provençale de longueur, environ 25 cm.
  • Prieuré uni : prieuré dont le titre et les revenus sont rattachés à une autre institution, ici le Chapitre de Saint-Agricol.
  • Secondaire : vicaire, prêtre qui seconde le curé.
  • Ad pectus : « sur la poitrine », forme du serment des ecclésiastiques.

D. Lectures incertaines
Le manuscrit présente quelques passages de lecture difficile, en raison de taches d’humidité ou d’une écriture rapide.
  • Guilheimin : la forme Guilhermin n’est pas exclue.
  • La Crolle : lu d’après la signature « Lacrolle ecclesiastique » ; une autre lecture reste possible.
  • Anne Ravoire et Marguerite Sautelle : noms de la première et de la dernière baptisées inscrites par Falot, de lecture incertaine.
  • La fin de la page où sont décrits les trois feuillets de baptêmes est abîmée.
  • La mention près de la signature du commissaire, le 10 mai, est probablement une approbation de rature.
  • « Contre tout témoin » (10 mai) et « sans double inspection » (15 mai) sont des lectures probables, non certaines.

Sources

Laisser un commentaire