Faits divers Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/faits-divers/ 500 ans de faits divers en Provence Thu, 16 Jul 2026 13:34:09 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0.1 https://www.geneprovence.com/wp-content/uploads/2024/04/cropped-434541497_912630390609581_141579584347965292_n-32x32.png Faits divers Archives - GénéProvence https://www.geneprovence.com/category/faits-divers/ 32 32 Requiem pour un voyageur (Malemort-du-Comtat, 15 avril 1654) https://www.geneprovence.com/requiem-pour-un-voyageur-malemort-du-comtat-15-avril-1654/ https://www.geneprovence.com/requiem-pour-un-voyageur-malemort-du-comtat-15-avril-1654/#respond Tue, 14 Jul 2026 13:37:49 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28798 La mort de ce mendiant roux à l’hôpital de Malemort-du-Comtat en avril 1654 illustre la précarité des populations errantes et l’importance des structures charitables sous l’Ancien Régime. Le qualificatif physique…

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La mort de ce mendiant roux à l’hôpital de Malemort-du-Comtat en avril 1654 illustre la précarité des populations errantes et l’importance des structures charitables sous l’Ancien Régime. Le qualificatif physique de « couleur rousse » et l’origine géographique supposée — la Lorraine, alors ravagée par les retombées de la guerre de Trente Ans — soulignent l’altérité de ce migrant démuni, identifié par ses seuls traits apparents à défaut de nom. Sur le plan médical, son décès à l’hôpital, institution alors davantage vouée à l’accueil des pauvres et des mourants qu’aux soins curatifs, témoigne d’un épuisement physique extrême ou d’une pathologie infectieuse liée à l’errance. L’acte rédigé en latin par le curé garantit son intégration spirituelle ultime au sein de la communauté des fidèles par son inhumation dans le cimetière paroissial Sainte-Anne.

« Anno dnj 1654. et die 15. mensis Aprilis Mendius quidam russei coloris annorum 40. aut circiter, Provinciae Lhorrain, ut ajunt, animam deo reddidit in Communione sanctae matris Ecclesiae in hospitali loci Malemort dioecesis Carpen. cujus corpus sepultum est in cemeterio D. Annae ejusdem loci; unde ego nunc probatus v[enerabilis] parochus subscripsi. »
[Douhet, parochus]

Traduction

« L’an du Seigneur 1654 et le 15 du mois d’avril, un certain mendiant, de couleur rousse, âgé de 40 ans ou environ, de la province de Lorraine (selon ce que l’on dit), a rendu son âme à Dieu en communion avec la sainte mère Église, à l’hôpital du lieu de Malemort, diocèse de Carpentras. Son corps a été enseveli dans le cimetière Sainte-Anne du même lieu ; ce pourquoi moi, maintenant approuvé, V. Curé, ai soussigné. »
[Douhet, prêtre]
  • Sources : Archives départementales de Vaucluse (AD84), registres paroissiaux de Malemort-du-Comtat, cote 1 MI 84/0137, folio 34.

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Cinq gros tonnerres (Allons, 13 décembre 1783) https://www.geneprovence.com/cinq-gros-tonnerres-allons-13-decembre-1783/ https://www.geneprovence.com/cinq-gros-tonnerres-allons-13-decembre-1783/#respond Sat, 04 Jul 2026 14:54:54 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28770 L’enregistrement de ces « cinq gros tonnerres » en décembre 1783 par le curé d’Allons témoigne de l’intérêt des clercs pour l’observation des phénomènes météorologiques exceptionnels à la fin de l’Ancien Régime.…

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L’enregistrement de ces « cinq gros tonnerres » en décembre 1783 par le curé d’Allons témoigne de l’intérêt des clercs pour l’observation des phénomènes météorologiques exceptionnels à la fin de l’Ancien Régime. Un tel épisode orageux en plein cœur de l’hiver alpin constitue une anomalie climatique frappante pour les contemporains. Sur le plan historique, cet événement s’inscrira dans le contexte global de l’année 1783, marquée par des perturbations atmosphériques majeures en Europe à la suite de l’éruption du volcan islandais Laki. En précisant que la foudre a éclaté du côté de Vauclause, un quartier montagneux situé au nord du village, le curé documente avec précision la topographie et la trajectoire de cette manifestation céleste redoutée par les habitants.

« Cette année 1783 et le 13 du mois de Xbre, à quatre heures du soir, il a fait cinq gros tonnerres du côté de Vauclause. »
  • Source : Registre paroissial de La Mure-Argens, Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, 1MI5/0308.

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Un terrible incendie au village (La Chapelle-en-Valgaudémar, 26 janvier 1866) https://www.geneprovence.com/un-terrible-incendie-au-village-la-chapelle-en-valgaudemar-26-janvier-1866/ https://www.geneprovence.com/un-terrible-incendie-au-village-la-chapelle-en-valgaudemar-26-janvier-1866/#respond Sat, 04 Jul 2026 12:28:26 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28751 Un violent incendie détruisit la majeure partie du village de La Chapelle-en-Valgaudémar dans la journée du 26 janvier 1866. La raison ? Trois jeunes enfants avaient allumé le feu avec…

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Un violent incendie détruisit la majeure partie du village de La Chapelle-en-Valgaudémar dans la journée du 26 janvier 1866. La raison ? Trois jeunes enfants avaient allumé le feu avec des allumettes chimiques. Ils se trouvaient alors dans un hangar couvert en chaume. Or, ce bâtiment était entièrement garni de chènevottes1. C’était d’ailleurs le cas de toutes les habitations de la localité. Par conséquent, le feu se propagea à une vitesse fulgurante. Les habitants eurent alors à peine le temps de sauver les bestiaux. Malheureusement, trente-sept maisons et leurs approvisionnements de toute sorte devinrent la proie des flammes.

La mobilisation rapide des secours

À la nouvelle du sinistre, les autorités réagirent immédiatement. Le préfet délégua un conseiller de préfecture sur les lieux du drame. L’inspecteur des établissements de bienfaisance l’accompagnait dans ce déplacement. Ils voulaient organiser les premiers secours avec les élus locaux. Ensemble, ils cherchèrent tout de suite des solutions pour loger et nourrir les sinistrés.
Un contrôleur des impôts partit aussi sur-le-champ. Sa mission consistait à évaluer précisément les pertes matérielles. En parallèle, la préfecture demanda l’aide urgente du gouvernement pour soutenir les victimes. Le ministre de l’Intérieur accorda promptement une première aide financière. La solidarité s’organisa déjà dans les montagnes pour soulager les familles.
  • Source : L’Annonciateur, 3 février 1866, p. 1.

Note
1. Partie centrale et ligneuse de la tige de chanvre, obtenue après l’extraction des fibres. Ce matériau très inflammable servait autrefois de litière ou d’isolant thermique.

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L’insolation fatale (Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, 16 août 1699) https://www.geneprovence.com/linsolation-fatale-saint-maximin-la-sainte-baume-16-aout-1699/ https://www.geneprovence.com/linsolation-fatale-saint-maximin-la-sainte-baume-16-aout-1699/#respond Wed, 01 Jul 2026 08:03:22 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28663 Le décès de Catherine Capelle en août 1699 met en évidence la sévérité des accidents thermiques lors des travaux agricoles estivaux en Provence sous Louis XIV. L’expression « grande surprise de…

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Le décès de Catherine Capelle en août 1699 met en évidence la sévérité des accidents thermiques lors des travaux agricoles estivaux en Provence sous Louis XIV. L’expression « grande surprise de soleil » désigne une insolation majeure ou un coup de chaleur de forme maligne, entraînant un œdème cérébral et un coma profond qui « interdit tous ses sens ». Cet état neurologique aigu empêche toute déglutition, obligeant le sous-curé à renoncer au saint Viatique. À quarante ans, cette veuve succombe aux réalités climatiques d’un terroir marqué par de fortes vagues de chaleur, où l’urgence pastorale s’adapte aux limites physiques de l’agonisante.

« Ledit jour [16 août 1699] est décédée dans la communion de l’Église, munie des sacrements de pénitence et de l’extrême-onction, n’ayant pu recevoir le viatique à cause d’une grande surprise de soleil qui lui avait interdit tous ses sens, Catherine Capelle, femme de feu Raymond Barcilon, âgée de quarante ans, et a été ensevelie.
Présents MM. Jean Baptiste Concordan et François Baudisson. »
[J. B. Concordan, f. J. Revest, soubcuré, F. Baudisson]
  • Source : Registre paroissial de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, Archives départementales du Var, 2 MI EC2810R1.

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Le coup de sang de l’aubergiste (Avignon, 22 avril 1813) https://www.geneprovence.com/le-coup-de-sang-de-laubergiste-avignon-22-avril-1813/ https://www.geneprovence.com/le-coup-de-sang-de-laubergiste-avignon-22-avril-1813/#respond Mon, 29 Jun 2026 15:06:18 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28643 Cette altercation sur la route d’Avignon en avril 1813 illustre la transition délicate du droit routier sous le Premier Empire, marqué par la codification récente du Code de la route…

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Cette altercation sur la route d’Avignon en avril 1813 illustre la transition délicate du droit routier sous le Premier Empire, marqué par la codification récente du Code de la route impérial. Le transport de la garance, plante tinctoriale majeure de l’économie vauclusienne, confère au charretier une place centrale dans l’activité industrielle locale. L’accès prioritaire sur les axes de communication génère de vives tensions d’honneur entre rouliers professionnels et notables pressés. La réaction impulsive de l’aubergiste Molin, homme de « très grosse corpulence », traduit cliniquement un accès de fureur hypertensive, typique des crises de pléthore sanguine documentées par la médecine du XIXe siècle.

« Aujourd’hui vingt-deux avril mil huit cent treize, entre une et deux heures après-midi, devant nous, commissaire de police du premier arrondissement de cette ville d’Avignon,
S’est présenté le sieur Dominique Rey, cultivateur domicilié à L’Isle1, département de Vaucluse, lequel nous a dit et exposé que depuis environ deux mois il s’était occupé avec sa charrette à transporter des garances2 en cette ville, pour Monsieur Boyer, négociant ;
Qu’aujourd’hui, sur environ dix heures du matin, se trouvant avec sa dite charrette chargée de garances, sur la route du pont de la Durance à Avignon, à une distance d’environ trois quarts de lieue ancienne3 de cette ville, il a vu venir à lui une petite voiture découverte, conduite par un homme de très grosse corpulence, à lui inconnu, qui, étant parvenu à quelques pas du déclarant, lui a dit d’un ton haut et menaçant de se détourner pour le laisser passer avec sa voiture ;
Le déclarant a de suite obéi, en lui observant cependant que, suivant l’usage4, cela ne se pratiquait pas ainsi. L’inconnu, en passant à côté du déclarant, lui a dit qu’il était un polisson, et a continué de clabauder5 en tournant la tête du côté du déclarant et continuant de lui dire qu’il était un polisson, et que rien ne le retenait de descendre de sa voiture et de lui casser son fouet sur la figure.
Le déclarant lui a observé qu’il avait tort de le menacer et a ajouté : « Je vous ai cédé le chemin qui ne vous était pas dû, que voulez-vous de plus ? »
L’inconnu alors est descendu de sa voiture, s’est porté sur le déclarant, et l’ayant frappé fortement avec les poings à l’estomac, celui-ci est tombé par terre sur un tas de gravier, où il s’est blessé au coude du bras droit, et au genou du même côté. L’inconnu s’est saisi de deux poignées de gravier, ce que voyant le déclarant s’est aussi armé de deux cailloux, mais ledit inconnu, ayant laissé tomber par terre le gravier qu’il tenait dans les mains, le déclarant en a fait de même.
Cependant ledit déclarant s’étant relevé, a prié le sieur Joseph Ricard, cultivateur de la commune de Saint-Andiol, qui se trouvait présent, de se souvenir et de vouloir bien rendre témoignage devant qui de droit de ce qu’il venait de voir, et en même temps, il a dit à l’inconnu : « Monsieur, à présent que vous m’avez frappé, dites-moi, je vous prie, votre nom », l’inconnu lui a répondu : « Je te le dirai demain de mes nouvelles, j’ai la loi dans ma poche6 et je t’apprendrai à t’y conformer ».
L’inconnu a soutenu à demander le nom du déclarant ; celui-ci lui a répondu qu’il se nommait Dominique Rey, de L’Isle, et a continué son chemin, enfin à peu de distance de là.
Le déclarant, apercevant sur les bords du chemin des cultivateurs qui étaient assis et prenaient leur repas, il leur a demandé le nom du monsieur qui conduisait la voiture qui venait de passer, on lui a répondu que c’était Monsieur Molin, aubergiste au Palais-Royal7.
Le déclarant observe qu’avant de parvenir aux cultivateurs mentionnés ci-dessus, il avait aperçu dans un pré deux hommes qui coupaient des amarines8, auxquels il avait demandé s’ils connaissaient le monsieur qui conduisait la susdite voiture. L’un lui a répondu qu’il ne le connaissait pas, mais que l’autre, qui était vannier, le connaissait pour être Monsieur Molin du Palais-Royal ; ce que celui-ci a confirmé au déclarant.
À Avignon, les an et jour susdits, signé Dominique Rey, Rouge fils, conforme à l’original. »

Notes

1. L’Isle : il s’agit de la commune de L’Isle-sur-la-Sorgue, située dans le Vaucluse.
2. Garances : la garance des teinturiers (rubia tinctorum) est une plante largement cultivée dans le Vaucluse au XIXe siècle. Ses racines, une fois séchées et broyées, fournissaient une teinture rouge très demandée par l’industrie textile, notamment pour les uniformes militaires.
3. Trois quarts de lieue ancienne : la lieue ancienne valait un peu moins de 4 kilomètres. Trois quarts de lieue représentent donc environ 3 kilomètres, situant l’altercation dans la campagne ou la zone maraîchère à l’approche d’Avignon.
4. Suivant l’usage : fait référence aux règles de courtoisie et de priorité de l’époque sur les chemins. Les voitures légères et rapides devaient généralement faciliter le passage des lourdes charrettes de marchandises chargées (comme celle de garance), plus difficiles à manœuvrer.
5. Clabauder : signifie ici crier, pester, faire du tapage et proférer des injures à tort et à travers pendant la dispute.
6. « J’ai la loi dans ma poche » : formule provocatrice de l’agresseur pour signifier qu’il s’estime intouchable, qu’il prétend avoir le droit pour lui ou qu’il dispose de protections suffisantes pour ne pas craindre la justice.
7. Palais-Royal : il s’agit du nom de l’enseigne de l’auberge ou de l’hôtel tenu par Monsieur Molin à Avignon. À cette époque, de nombreux établissements de province adoptaient des noms de lieux parisiens célèbres.
8. Amarines : terme d’origine provençale (amarinier) désignant l’osier ou le saule qui pousse au bord de l’eau, notamment près de la Durance. Ses rameaux souples sont récoltés par les vanniers pour tresser des paniers et des cages à légumes.
  • Registre de police d’Avignon, Archives municipales d’Avignon, 1J129, p. 6, 7.

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Quand la justice fait partie de la bande (La Brillanne, 12 août 1708) https://www.geneprovence.com/quand-la-justice-fait-partie-de-la-bande-la-brillanne-12-aout-1705/ https://www.geneprovence.com/quand-la-justice-fait-partie-de-la-bande-la-brillanne-12-aout-1705/#respond Fri, 26 Jun 2026 17:42:06 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28608 Le dossier est conservé aux Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence sous la cote B 2453. Il s’ouvre sur une requête adressée au lieutenant général criminel de Forcalquier, rédigée par un certain…

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Le dossier est conservé aux Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence sous la cote B 2453. Il s’ouvre sur une requête adressée au lieutenant général criminel de Forcalquier, rédigée par un certain Honoré Breugne, sieur de cette ville1. Les faits se sont produits le dimanche 12 août 1708, à La Brillanne, sur la place publique, sous les mûriers, devant la maison seigneuriale. Ce qui commence comme une altercation verbale tourne à l’émeute. Le dossier s’arrête avant le jugement — mais ce qu’il contient suffit à reconstituer une affaire d’une violence rare, impliquant les officiers de justice du lieu eux-mêmes.

Un dimanche d’août sur la place publique

Honoré Breugne est un homme de Forcalquier. Il est également taillable2 de la communauté de La Brillanne — c’est-à-dire qu’il y possède des biens et y est soumis à l’impôt. Ce dimanche 12 août 1708, il s’y est rendu pour surveiller sa récolte. Vers cinq heures du soir, il se trouve sur la place publique du village, sous les mûriers, devant la maison seigneuriale, à se promener avec quelques personnes.
Guillaume Depieds, neveu du consul3 de La Brillanne, l’avait convoqué la veille — ainsi que d’autres taillables forains4 — pour assister à un conseil de communauté5 qu’il devait tenir ce même jour. Ce conseil n’a pas eu lieu. Breugne, qui a attendu longtemps, fait remarquer publiquement à Depieds le tort qu’il leur a causé en les faisant venir pour rien.
Ce reproche, formulé en public, devant les habitants du village, est une humiliation que Depieds ne peut pas laisser passer. Il est neveu du consul, homme d’autorité locale. Se faire faire la leçon par un étranger — un taillable forain de Forcalquier — devant tout le monde, c’est une atteinte à son prestige.
Sa réponse est immédiate et violente. Il charge Breugne « d’injures très atroces et diffamatoires, le traitant de coquin, de malheureux, de voleur », et le menace de le faire assommer, « qu’il ne tenait de vie qu’il ne le fît dès le moment ». Puis, se prévalant de sa fonction — consul ou proche du consul — il cabalise6 sur-le-champ plusieurs habitants du village.

La troupe

En quelques minutes, un groupe se forme. Breugne, dans sa requête, en donne la composition précise : Antoine Basset, lieutenant de juge7 ; Antoine André, vautier seigneurial8 ; Dominique Bouyer ; Louis Brémond ; Joseph Duplan fils ; Germiny ; Joseph André ; Louis Basset« et autres, en beaucoup de fâcheux et filles ».
La liste est accablante. Sur les huit hommes identifiés, deux au moins sont des officiers de justice : le lieutenant de juge et le vautier seigneurial. Ce sont précisément les hommes qui auraient dû protéger Breugne — ou à tout le moins rester neutres. Leur présence parmi les agresseurs transforme une rixe de village en quelque chose de beaucoup plus grave : une violence institutionnelle, organisée par ceux-là mêmes qui incarnent l’ordre public local.
La requête insiste sur ce point : « furent tous attroupés de dessein prémédité ». Ce n’est pas une foule qui s’emballe spontanément. C’est un groupe constitué, avec une intention.

L’agression

Ils se jettent sur Breugne. La scène est décrite avec précision dans la requête :
« Les uns le prirent par la perruque, les autres par la cravate, d’autres par la chemise et par son justaucorps, l’immobilisant d’une manière qui lui fut impossible de pouvoir se libérer de leurs mains. Et le chargèrent de tant de coups violents et d’injures si atroces qu’ils le jetèrent par terre, où il reçut des coups de pieds, des coups de poings et des coups de pierres. »
Des témoins, indignés par la brutalité de la scène, interviennent. Sans eux, écrit Breugne, il n’en serait pas réchappé. C’est avec beaucoup de peine qu’on parvient à le dégager et à le ramener jusqu’à la maison du sieur de Corne, où réside son beau-frère Antoine de Gassaud. Sa femme, enceinte, est obligée de sortir de son appartement pour lui ouvrir la porte — pendant que les agresseurs lui ont déjà arraché sa cravate, son justaucorps, sa chemise, et mis sa perruque en pièces.

Devant la maison

Mais la troupe ne désarme pas. Elle s’attroupe devant la maison du sieur de Corne, blasphémant le saint nom de Dieu, criant qu’il faut achever Breugne — « à le tuer » — ou, s’il s’y trouve enfermé, lui livrer de forts coups. Les voix s’élèvent :
« Coquin, malheureux, voleur, méchant homme, tu n’en échapperas pas, car nous sommes ici à t’attendre à pied ferme — mais tu n’oseras. »
Breugne reste terré. Lorsqu’il juge que l’émotion populaire9 s’est calmée et tente enfin de rentrer chez lui, il est accueilli par une grêle de pierres dont il n’échappe que par miracle. Les agresseurs le poursuivent jusques dans la maison. Ils menacent d’y mettre le feu. Ils lui signifient qu’ils veulent l’obliger à quitter La Brillanne définitivement — lui et les siens :
« Qu’il pouvait rendre grâces au seigneur de ce qu’il avait échappé à cette occasion, mais qu’ils ne manqueraient pas d’autres pour le lui interdire pour toujours. »

Le recours à la justice royale

Le lendemain, Breugne porte sa plainte non pas devant la justice locale — ce serait vain, puisque le lieutenant de juge lui-même figure parmi ses agresseurs — mais devant le lieutenant général criminel de Forcalquier, magistrat royal supérieur à toute juridiction seigneuriale.
Dans sa requête, il qualifie les faits de « véritable sédition, émue par un lieutenant de juge et un vautier seigneurial » et réclame plusieurs choses : l’ouverture d’une information judiciaire, l’audition de témoins, la commission d’un chirurgien pour constater ses blessures, et le dépôt au greffe de ses vêtements déchirés comme pièces à conviction. Il demande enfin que lui et sa famille soient « mis sous la protection du Roi et de la Justice » — formule grave, qui signifie qu’il craint pour sa vie.
Le lieutenant général criminel reçoit la requête et la qualifie de cas royal10 — ce qui signifie que l’affaire échappe entièrement à la juridiction seigneuriale locale et relève directement de la justice du roi. Un chirurgien, maître Jean André, est commis pour examiner les blessures. L’huissier Mary Maurel est chargé des assignations.

Les témoins convoqués

En trois jours, trois témoins sont assignés à comparaître devant le lieutenant criminel dans l’auditoire royal de Forcalquier :
Le 18 août, sieur Louis Grégoire Dudieud et sieur Antoine de Gassaud — le beau-frère de Breugne, qui l’a recueilli le soir de l’agression — sont convoqués pour neuf heures du matin.
Le 19 août, noble Henry de Gornet, trouvé sur la place de Forcalquier, reçoit à son tour son assignation : il devra comparaître le lendemain à deux heures de l’après-midi.
Chacun reçoit copie de l’exploit des mains de l’huissier Maurel. Le coût de chaque signification : dix-huit sols.

Ce que le dossier ne dit pas

Le dossier B 2453 s’arrête là. Les dépositions des témoins, le rapport du chirurgien sur les blessures, le jugement — rien de tout cela n’a été conservé, ou n’a pas encore été retrouvé. On ne sait pas ce qu’il advint de Guillaume Depieds et de ses complices, ni si Honoré Breugne obtint la réparation qu’il réclamait.
Ce qui reste, c’est la requête elle-même — rédigée dans la langue précise et passionnée du droit d’Ancien Régime, avec ses formules consacrées et ses éclats de violence brute. Et la liste des vêtements déchirés, déposés au greffe comme preuves : une cravate, un justaucorps, une chemise, une perruque en pièces.

Qu’est-il advenu ?

Le dossier s’arrêtant là, nous ne saurons jamais ce qu’il est advenu de l’affaire. Pourtant, on peut imaginer ce qui s’est passé. Les lignes qui suivent sont de la fiction, mais elles évoquent des événements qui sont très possibles et même probables :

Pour les agresseurs (Guillaume Depieds et ses complices)

Leur situation est extrêmement grave. En s’en prenant à Honoré Breugne, ils n’ont pas seulement commis une agression physique, ils ont commis un crime politique et institutionnel.
La perte du parapluie local : En qualifiant l’affaire de « cas royal », le lieutenant général criminel de Forcalquier s’empare du dossier. Cela signifie que la justice seigneuriale de La Brillanne est totalement dessaisie. Les agresseurs ne peuvent plus compter sur la protection du seigneur local ou sur leurs propres réseaux municipaux pour étouffer l’affaire.
Le sort du lieutenant de juge (Antoine Basset) et du vautier (Antoine André) : Pour ces deux officiers de justice, la sentence a dû être lourde. La justice royale ne tolère pas que ses propres agents (même subalternes ou seigneuriaux) mènent une sédition. Ils ont très probablement été destitués de leurs charges immédiatement, frappés d’une amende honorable (demander pardon publiquement à genoux), et condamnés à de lourdes peines financières, voire au bannissement du ressort du siège de Forcalquier pour quelques années.
Pour Guillaume Depieds et les exécutants : Le pouvoir royal redoute par-dessus tout « l’émotion populaire » (l’émeute). Depieds, identifié comme le moteur de la sédition, a risqué gros. Si Breugne a survécu (ce que l’absence d’enquête pour homicide laisse penser), Depieds a probablement été condamné aux galères à temps (pour quelques années) ou au bannissement définitif de la province, assorti de la confiscation de ses biens pour payer les réparations. Les complices de seconde zone (Bouyer, Brémond, etc.) ont dû écoper d’amendes sévères et de peines de prison courtes pour l’exemple.

Pour la victime (Honoré Breugne)

Une victoire judiciaire mais un exil forcé : Breugne a de fortes chances d’avoir obtenu gain de cause. Le greffe a conservé ses vêtements déchirés, les témoignages de notables (le beau-frère de Gassaud, noble Henry de Gornet) et le rapport du chirurgien Jean André allaient tous dans son sens. Il a sans doute reçu une « réparation convenable » sous forme de dommages et intérêts importants versés par les agresseurs.
Le retour impossible à La Brillanne : Malgré la « protection du Roi » demandée, la haine locale à son encontre était trop forte (« qu’il n’y passât plus le pied, ni aucun des siens »). En tant que « taillable forain » (bourgeois de Forcalquier possédant des terres à La Brillanne), il est fort probable qu’il ait vendu ses récoltes et ses terres à La Brillanne pour se replier définitivement sur Forcalquier, où il était en sécurité.

Pour les témoins (Dudieud, de Gassaud, de Gornet)

Aucun risque majeur : Ils ont déposé devant le lieutenant criminel à Forcalquier, une ville fortifiée et sûre, loin de la fureur des villageois de La Brillanne. Leurs dépositions ont scellé le sort des agresseurs. Le beau-frère, Antoine de Gassaud, et sa femme enceinte ont dû être soulagés de voir la justice royale prendre le relais pour calmer le village.
En résumé, la justice royale de Forcalquier a très probablement frappé fort pour faire un exemple : destitution des officiers locaux, lourdes amendes et bannissements pour les meneurs, afin de réaffirmer l’autorité du Roi face à une rébellion villageoise.

Notes

1. Breugne : le prénom est abrégé dans le manuscrit sous une forme illisible avec certitude — vraisemblablement Honoré, prénom très répandu en Provence au XVIIIe siècle.
2. Taillable : personne soumise à la taille, impôt direct levé par la communauté sur ses membres ou sur ceux qui y possèdent des biens. Un taillable forain est un contribuable extérieur à la communauté mais imposable sur les biens qu’il y détient.
3. Consul : dans les communautés provençales d’Ancien Régime, le consul est le principal magistrat municipal, élu par les habitants. Il préside le conseil de communauté et représente la communauté dans ses rapports avec les autorités supérieures.
4. Taillables forains : contribuables résidant hors de la communauté mais y possédant des biens imposables, et donc convocables aux assemblées concernant la répartition des charges fiscales.
5. Conseil de communauté : assemblée des principaux habitants et contribuables d’une communauté, convoquée pour délibérer sur les affaires communes — notamment la répartition de la taille et des charges fiscales.
6. Cabaler : manœuvrer, intriguer, retourner des personnes contre quelqu’un par des moyens détournés. Le terme cabale désigne au XVIIIe siècle une coalition secrète formée dans un but hostile.
7. Lieutenant de juge : officier de justice qui supplée le juge en son absence et instruit les affaires en son nom. Dans une juridiction seigneuriale, c’est l’un des personnages les plus puissants de la communauté.
8. Vautier seigneurial : forme ancienne de viguier, officier chargé de l’exécution des sentences de la justice seigneuriale. Il est l’équivalent local d’un huissier d’exécution, investi d’une autorité publique au nom du seigneur.
9. Émotion populaire : terme juridique et politique de l’Ancien Régime désignant un attroupement séditieux, une agitation collective pouvant dégénérer en émeute. L’expression ne désigne pas une simple agitation mais un trouble de l’ordre public caractérisé.
10. Cas royal : catégorie juridique de l’Ancien Régime désignant les affaires dont la gravité — atteinte à l’ordre public, sédition, crimes commis par des officiers de justice — échappe aux juridictions ordinaires ou seigneuriales pour relever directement des tribunaux royaux. La qualification de cas royal est ici particulièrement significative : elle prive les agresseurs, qui sont eux-mêmes des officiers de justice locale, de toute capacité à influencer la procédure.

  • Source : Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, B 2453.

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Le crime de Gordes (Gordes, 12 juillet 1841) https://www.geneprovence.com/le-crime-de-gordes-gordes-12-juillet-1841/ https://www.geneprovence.com/le-crime-de-gordes-gordes-12-juillet-1841/#respond Fri, 26 Jun 2026 09:10:10 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28595 Le 12 juillet 1841, vers 7 heures du matin, Sylvestre Grégoire était occupé à faucher son pré au quartier du Touron, contigu au champ de son frère Firmin avec lequel…

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Le 12 juillet 1841, vers 7 heures du matin, Sylvestre Grégoire était occupé à faucher son pré au quartier du Touron, contigu au champ de son frère Firmin avec lequel il était en mésintelligence depuis le partage des biens que le père leur avait laissés en mourant, trois ans plus tôt. Sylvestre se trouvait avec sa femme Marguerite et l’un de ses jeunes enfants. Il chargeait des gerbes pour les porter à l’aire.
Tout à coup il fut accosté par Sylvestre qui avait quitté son travail et portait sa faux à la main.
« Auras-tu bientôt fini ? dit-il à son frère Firmin.
— Nous aurons terminé quand il n’y en aura plus, lui répond celui-ci, visiblement de mauvaise humeur.
— Eh ! bien, répliqua l’autre, si tu enlèves les gerbes qui sont là, tu payeras les deux mille francs qui seront échus demain, ou si non…
— C’est ce que nous verrons, repartit Firmin, mais se reprenant bientôt, parce qu’il connaissait la violence du caractère de son frère, il ajouta : oui, puisque tu l’exiges, je laisserai les gerbes, et la justice en décidera plus tard. »
La femme prit alors la parole et lui dit avec modération :
« Pourtant ces gerbes sont bien à nous ! »
Elle achevait à peine ces mots, qu’un coup de faux porté à la tête l’étendit raide morte.
L’assassin voulut fuir, mais il fut arrêté par son malheureux frère et bientôt aidé par des voisins accourus à ses cris de désespoir, il l’attacha fortement contre un arbre, où le juge de paix le fit prendre par ses gardes.
Cependant, après avoir accompli cette terrible tâche, le mari éploré vint tomber sans connaissance devant le corps inanimé de sa femme dont la tête ne tenait plus au tronc que par quelques lambeaux de chair… La justice, accompagnée de la gendarmerie et du docteur Musso, se transporta sur les lieux pour informer. Le prévenu avoua froidement son crime en disant que cela devait arriver. Il fut mis en état d’arrestation et écroué dans les prisons d’Apt.
Marguerite Grégoire, âgée de 34 ans, était originaire de Roussillon (Vaucluse) et était mère de trois jeunes enfants ; son caractère était doux et paisible et le jour de sa mort fut un jour de deuil et de désolation pour la commune de Gordes.
Le misérable qui l’avait ravie à l’affection de son mari et de ses enfants, était au contraire connu par son emportement, et il avait déjà subi une condamnation pour coups et blessures. Il était âgé de 45 ans.

Acte de décès de Marguerite Grégoire

« L’an mil huit cent quarante un, et le douze du mois de juillet à sept heures du soir, par devant nous Joseph Étienne Moulin, maire officier de l’état civil de la commune de Gordes, chef-lieu de canton, arrondissement d’Apt, département de Vaucluse,
Sont comparus Joseph Cabrier, âgé de soixante-six ans, et Mathieu Aguiton, âgé de quarante-neuf ans, tous les deux cultivateurs domiciliés en cette commune, voisins de la défunte,
Lesquels ont déclaré que Marguerite Grégoire, sans profession, née à Roussillon (Vaucluse) le seize janvier mil huit cent sept, âgée de trente-quatre ans révolus, fille de feu Jean-Joseph Grégoire et de feue Marie-Rose Guende, épouse de Jean-Silvestre Grégoire, agriculteur, est décédée ce jourd’hui à sept heures du matin, quartier du Touron,
Du décès de laquelle nous étant assuré, avons ordonné son inhumation et dressé le présent acte que nous avons signé, mais non les témoins qui ont déclaré ne savoir écrire ni signer, après lecture faite du présent acte de décès. »
[Moulin, maire]
  • Sources : Le Mercure aptésien, 18 juillet 1841, p. 2, 3.
  • État civil de la commune de Gordes, Archives départementales de Vaucluse, année 1841, no 45.

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Un enterrement à crédit (Les Saintes-Maries-de-la-Mer, 10 août 1654) https://www.geneprovence.com/un-enterrement-a-credit-les-saintes-maries-de-la-mer-10-aout-1654/ https://www.geneprovence.com/un-enterrement-a-credit-les-saintes-maries-de-la-mer-10-aout-1654/#respond Sun, 21 Jun 2026 19:47:59 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28564 La mort n’attend pas que l’on soit solvable. C’est ce que nous rappelle un acte de sépulture du 10 août 1654, tiré du registre paroissial des Saintes-Maries-de-la-Mer. Catherine Mistral s’éteint…

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La mort n’attend pas que l’on soit solvable. C’est ce que nous rappelle un acte de sépulture du 10 août 1654, tiré du registre paroissial des Saintes-Maries-de-la-Mer. Catherine Mistral s’éteint au cœur de l’été, une période où la chaleur en Camargue rend les inhumations urgentes. Pourtant, au moment de mettre la défunte en terre, sa famille n’a pas de quoi régler la cérémonie. Le curé, qu’il s’agisse d’Arnoux ou de l’un de ses vicaires, consigne l’acte mais ne peut s’empêcher de noter sa frustration comptable. Il inscrit noir sur blanc qu’il n’a « pas receu » les trois livres, le quartier de grain et la pignière de blé qui lui sont dus.

La solidarité ou la dette réglée

L’affaire ne s’arrête pas là. Le registre devient un carnet de comptes où la vie sociale transparaît sous la liturgie. Neuf jours plus tard, le 19 août, une certaine Marguerite — peut-être une parente, une voisine ou une patronne — se présente à la cure. Elle solde la dette de la défunte pour un montant de 4 livres et 10 sols, permettant au prêtre de raturer sa mention de non-paiement en marge. Cette anecdote montre la réalité matérielle de l’Église au XVIIe siècle : le salut de l’âme a un prix, et le curé, bien qu’homme de Dieu, doit aussi assurer sa subsistance par la perception de ces redevances en nature et en numéraire.

« Le 10 aoust dudict est morte catherine maistralle et on a payé pour le funerailles et funerailles trois livres ung cartroy et un pignie je nay pas receu. »

[Mention marginale :] « + payé le 19 aout par la marguerite 4# 10s pour linter… »

  • Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Registre paroissial des Saintes-Maries-de-la-Mer, année 1654, acte de sépulture de Catherine Maistral, cote 203 E 277 bis.
Transcription en français moderne :

« Le 10 août dudit an [1654] est morte Catherine Mistral. Le prix fixé pour ses funérailles s’élève à trois livres, un quartier [de grain] et une pignière [de grain]. Je n’ai pas reçu le paiement. »

Cette traduction lève l’ambiguïté sur la mention comptable : la « Marguerite » n’a pas seulement payé un reliquat, elle a converti la part en nature (le grain) et la part en numéraire pour solder l’intégralité de la dette de la défunte. C’est un témoignage direct de la gestion de la pauvreté dans la paroisse.
L’orthographe « maistralle » avec deux « l » et le redoublement du mot « funerailles » sont caractéristiques des hésitations de plume que l’on retrouve souvent chez le prêtre Arnoux ou ses confrères de l’époque. La mention marginale vient corriger l’aveu d’impayé initial, transformant cet acte de décès en une véritable pièce comptable.

Une hécatombe estivale sous le soleil de Camargue

Ce mois d’août 1654 semble particulièrement meurtrier pour la communauté. En l’espace de quelques jours, le prêtre enregistre les décès de Catherine Maistral, d’Anthoine Robat, de Françoise Mollins et d’un anonyme « enfant de Cabane ». Cette concentration de morts en pleine canicule évoque les fièvres palustres ou les maladies intestinales qui frappaient régulièrement les populations des marais. La vie y était fragile, et la fin de l’année ne sera guère plus clémente, comme en témoigne la perte tragique des deux enfants de la famille Riquiquante à seulement vingt-quatre heures d’intervalle à la fin du mois de novembre.
  • Source : registre paroissial des Saintes-Maries-de-la-Mer, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, cote 203 E 277 bis.

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Le fatal accident de Casimir Payan (Arles, 4 septembre 1881) https://www.geneprovence.com/le-fatal-accident-de-casimir-payan-arles-4-septembre-1881/ https://www.geneprovence.com/le-fatal-accident-de-casimir-payan-arles-4-septembre-1881/#respond Sun, 21 Jun 2026 15:29:14 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28549 Le dimanche 4 septembre 1881, à l’heure où l’aube pointait à peine sur les arènes d’Arles, le drame s’invita parmi les taureaux. On enfermait alors les bêtes de la manade…

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Le dimanche 4 septembre 1881, à l’heure où l’aube pointait à peine sur les arènes d’Arles, le drame s’invita parmi les taureaux. On enfermait alors les bêtes de la manade du They de Roustan, appartenant à M. Sabatier. Parmi les hommes présents se trouvait Casimir Payan, un journalier de 35 ans employé au domaine du Grand-Badon, en Camargue.
Originaire de Saint-Ambroix dans le Gard, l’homme était bien connu du milieu taurin local. On le surnommait « Renfort », car il prêtait souvent main-forte aux gardians pour conduire et parquer le bétail. Mais ce matin-là, la routine des corrales bascula.
L’un des taureaux refusait obstinément de regagner le fond de l’étable. Emporté par l’impatience, Payan commit une imprudence irréparable. Il arracha un trident des mains d’un gardian, descendit dans l’étable et piqua la bête pour la contraindre. La réaction du taureau fut foudroyante. D’un violent coup de tête, l’animal projeta le journalier au sol, le touchant durement à l’estomac.
Le malheureux tenta immédiatement de se relever. Ce fut sa perte. Le taureau chargea de nouveau et lui infligea un coup de corne d’une sauvagerie inouïe, lui arrachant la narine et lui sortant l’œil gauche de son orbite.
La police fit transporter Payan en urgence à l’Hôtel-Dieu Saint-Esprit. Il y lutta contre la mort durant toute la journée du lundi, sans jamais reprendre connaissance, et rendit son dernier soupir le soir même, à 8 heures, succombant à d’horribles blessures à la tête.
Le lendemain, 6 septembre, Jacques Tardieu, adjoint au maire d’Arles, rédigeait son acte de décès. On y apprenait que Payan était le fils de feu son homonyme, Casimir Payan, et de défunte Marguerite Trèze. Célibataire, il laissait derrière lui le souvenir d’un homme courageux mais sans doute trop hardi.
Pour expliquer un tel manque de discernement chez un homme habitué aux bêtes, les témoins avancèrent une triste explication. On raconta que « Renfort », amateur d’absinthe, avait passé la nuit à attendre l’arrivée des taureaux. Au moment de l’accident, il était, semble-t-il, encore sous l’emprise de la boisson. Une nuit d’ivresse qui s’acheva dans le sang et la poussière des arènes.
  • Sources : L’Homme de bronze, 11 septembre 1881, p. 3.
  • Registre d’état civil de la commune d’Arles, no 478, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 203 E 1411.

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Drame à la tannerie Jullien (Marseille, 27 juin 1868) https://www.geneprovence.com/drame-a-la-tannerie-jullien-marseille-27-juin-1868/ https://www.geneprovence.com/drame-a-la-tannerie-jullien-marseille-27-juin-1868/#respond Fri, 19 Jun 2026 17:59:18 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28496 C’était un samedi soir ordinaire, vers 18 heures, dans le quartier du Bas-Canet. L’ombre commençait sans doute à s’étirer sur les cuves et les peaux de la tannerie Jullien, alors…

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C’était un samedi soir ordinaire, vers 18 heures, dans le quartier du Bas-Canet. L’ombre commençait sans doute à s’étirer sur les cuves et les peaux de la tannerie Jullien, alors que les ouvriers s’apprêtaient à clore leur rude journée de labeur. Soudain, un événement effroyable vint briser la routine de l’atelier, plongeant l’assistance dans une stupeur indicible.
Un ouvrier, que la chronique de l’époque ne nommait que sous l’initiale mystérieuse de sieur N., tentait une manœuvre délicate mais courante dans ces usines mécanisées du siècle passé. Il voulut passer une courroie par-dessus une roue d’engrenage, un geste mille fois répété qui, ce soir-là, tourna au drame. En un instant, la roue saisit sa main et le malheureux fut entraîné, sans aucune échappatoire possible, par le mouvement de rotation inexorable de la machine.
La violence du mécanisme ne laissa aucune chance à la victime. Lorsqu’on parvint enfin à arrêter l’engin et à extraire l’homme de ses rouages de fer, le spectacle était proprement insoutenable. Tous ses membres étaient littéralement broyés par la puissance des engrenages. Son corps n’offrait plus aux regards horrifiés de ses camarades qu’un immense amas de chairs et d’ossements, déchirés et brisés par la force centrifuge et la compression du métal.
Alertés en toute hâte, les médecins et les représentants de la justice accoururent sur les lieux, mais leur présence ne fut que de pure forme pour la survie de l’homme. Ils ne purent que constater le décès immédiat de celui que le journal qualifiait alors d’imprudent ouvrier. Ce récit, bien que rapporté avec une certaine réserve par la presse de l’époque, témoigne de la dureté des conditions de vie et de la dangerosité du travail industriel en Provence.
  • Source : Le Petit Marseillais, 30 juin 1868, p. 2.

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