GénéProvence http://www.geneprovence.com/ 500 ans de faits divers en Provence Sat, 18 Jul 2026 20:04:54 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0.2 https://www.geneprovence.com/wp-content/uploads/2024/04/cropped-434541497_912630390609581_141579584347965292_n-32x32.png GénéProvence http://www.geneprovence.com/ 32 32 Le drame de la mine des Raynauds (Trets, 15 avril 1840) https://www.geneprovence.com/le-drame-de-la-mine-des-raynauds-trets-15-avril-1840/ https://www.geneprovence.com/le-drame-de-la-mine-des-raynauds-trets-15-avril-1840/#respond Sat, 18 Jul 2026 20:04:54 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28846 Le mercredi 15 avril 1840, vers 9 heures du matin, une catastrophe subite frappa les mineurs du puits des Raynauds, une concession minière située sur le territoire de Trets (Bouches-du-Rhône).…

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Le mercredi 15 avril 1840, vers 9 heures du matin, une catastrophe subite frappa les mineurs du puits des Raynauds, une concession minière située sur le territoire de Trets (Bouches-du-Rhône). Les ouvriers venaient à peine de commencer leur journée de labeur lorsque l’impensable se produisit au fond des galeries.

Une rupture de roche et l’invasion du gaz mortel

Alors que trois mineurs s’activaient dans une taille — une chambre souterraine d’où l’on extrayait le charbon —, la paroi rocheuse céda brusquement sous la pression invisible des eaux accumulées derrière elle. Personne ne soupçonnait la présence de cette nappe résiduelle, qui stagnait là depuis plus de trente ans, emprisonnée dans d’anciens travaux abandonnés.
L’eau libérée n’arriva pas seule. Elle contenait une quantité massive et concentrée de gaz hydrogène sulfureux. La poche de gaz toxique envahit instantanément l’atmosphère de la taille inondée. Sur les trois ouvriers surpris par l’émanation, deux furent subitement asphyxiés par la vapeur hydrogénique, tandis que le troisième trouva le courage et la force de fuir in extremis vers la surface.

L’identité des deux mineurs emportés

Avertis immédiatement de la tragédie, le maire de Trets et le juge de paix se transportèrent sans délai sur les lieux pour constater le sinistre. Au fond, les secours ne purent que ramener les corps sans vie de deux enfants du pays, dont les décès furent déclarés officiellement par l’adjoint au maire, Toussaint Bruno Bouillon.
La première victime, Jean Baptiste Frégier, était un homme d’expérience âgé de cinquante-huit ans. Originaire de la commune voisine de Fuveau, il laissait derrière lui son épouse, Marie Virginie Prevost. La seconde victime représentait la terrible réalité du travail des enfants dans les mines du XIXe siècle : Jean Baptiste François Aimé Michel, un jeune ouvrier mineur qui n’avait que quatorze ans. Il périt non loin de la maison de ses parents, Jean Baptiste François Michel et Marie Anne Savournin.
Deux autres mineurs de Trets, Jean Baptiste Mouche et Jean Baptiste Cheilan, se présentèrent l’après-midi même à la mairie pour déclarer la perte de leurs compagnons de misère, signant ainsi l’une des pages les plus sombres de l’histoire ouvrière locale.
  • Sources : Le Mémorial d’Aix, 18 avril 1840, page 3.
  • Archives départementales des Bouches-du-Rhône, état civil de Trets, décès de 1840, actes n° 33 et 34, cote 202 E 596.

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Un déluge de glace (Vinon-sur-Verdon, 27 mai 1895) https://www.geneprovence.com/un-deluge-de-glace-vinon-sur-verdon-27-mai-1895/ https://www.geneprovence.com/un-deluge-de-glace-vinon-sur-verdon-27-mai-1895/#respond Fri, 17 Jul 2026 20:49:14 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28838 Le lundi 27 mai 1895, aux environs de 2 heures de l’après-midi, le ciel de Vinon s’obscurcit soudainement pour laisser place à un orage d’une violence inouïe. Durant plus de…

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Le lundi 27 mai 1895, aux environs de 2 heures de l’après-midi, le ciel de Vinon s’obscurcit soudainement pour laisser place à un orage d’une violence inouïe. Durant plus de trente minutes, une chute de grêle ininterrompue, parfois mêlée de pluie, s’abattit sur le territoire dans un fracas de tonnerre incessant.
Le spectacle que découvrirent les habitants après la tempête fut véritablement désolant, et celui de la rive droite du Verdon fut d’ailleurs le plus sinistre. Un manteau de glace, épais de dix à vingt centimètres, recouvrait le sol tel un linceul funèbre s’étendant sur plusieurs kilomètres de large.
Les dégâts agricoles furent considérables et plongèrent les cultivateurs dans la détresse. Les vignes furent hachées menu, tandis que les fruits de toutes sortes jonchaient le sol, ensevelis sous les feuilles arrachées aux arbres. Les blés et les céréales furent lourdement touchés, et les récoltes de haricots, de plantes légumineuses purement et simplement anéanties.
Les dégâts matériels furent donc lourds, mais on ne déplora heureusement aucune victime. La frayeur fut néanmoins immense. Des bûcherons surpris en forêt crurent leur dernière heure arrivée. Les grêlons frappaient avec une telle force qu’ils criblèrent les tentes qui leur servaient d’abri. D’autres personnes, qui regagnaient le village en hâte, arrivèrent avec le visage et la tête marqués par de nombreuses bosses. De mémoire d’homme, jamais Vinon n’avait connu un tel déluge.
  • Source : La République du Var, 30 mai 1895, p. 3.

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Requiem pour un voyageur (Malemort-du-Comtat, 15 avril 1654) https://www.geneprovence.com/requiem-pour-un-voyageur-malemort-du-comtat-15-avril-1654/ https://www.geneprovence.com/requiem-pour-un-voyageur-malemort-du-comtat-15-avril-1654/#respond Tue, 14 Jul 2026 13:37:49 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28798 La mort de ce mendiant roux à l’hôpital de Malemort-du-Comtat en avril 1654 illustre la précarité des populations errantes et l’importance des structures charitables sous l’Ancien Régime. Le qualificatif physique…

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La mort de ce mendiant roux à l’hôpital de Malemort-du-Comtat en avril 1654 illustre la précarité des populations errantes et l’importance des structures charitables sous l’Ancien Régime. Le qualificatif physique de « couleur rousse » et l’origine géographique supposée — la Lorraine, alors ravagée par les retombées de la guerre de Trente Ans — soulignent l’altérité de ce migrant démuni, identifié par ses seuls traits apparents à défaut de nom. Sur le plan médical, son décès à l’hôpital, institution alors davantage vouée à l’accueil des pauvres et des mourants qu’aux soins curatifs, témoigne d’un épuisement physique extrême ou d’une pathologie infectieuse liée à l’errance. L’acte rédigé en latin par le curé garantit son intégration spirituelle ultime au sein de la communauté des fidèles par son inhumation dans le cimetière paroissial Sainte-Anne.

« Anno dnj 1654. et die 15. mensis Aprilis Mendius quidam russei coloris annorum 40. aut circiter, Provinciae Lhorrain, ut ajunt, animam deo reddidit in Communione sanctae matris Ecclesiae in hospitali loci Malemort dioecesis Carpen. cujus corpus sepultum est in cemeterio D. Annae ejusdem loci; unde ego nunc probatus v[enerabilis] parochus subscripsi. »
[Douhet, parochus]

Traduction

« L’an du Seigneur 1654 et le 15 du mois d’avril, un certain mendiant, de couleur rousse, âgé de 40 ans ou environ, de la province de Lorraine (selon ce que l’on dit), a rendu son âme à Dieu en communion avec la sainte mère Église, à l’hôpital du lieu de Malemort, diocèse de Carpentras. Son corps a été enseveli dans le cimetière Sainte-Anne du même lieu ; ce pourquoi moi, maintenant approuvé, V. Curé, ai soussigné. »
[Douhet, prêtre]
  • Sources : Archives départementales de Vaucluse (AD84), registres paroissiaux de Malemort-du-Comtat, cote 1 MI 84/0137, folio 34.

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Cinq gros tonnerres (Allons, 13 décembre 1783) https://www.geneprovence.com/cinq-gros-tonnerres-allons-13-decembre-1783/ https://www.geneprovence.com/cinq-gros-tonnerres-allons-13-decembre-1783/#respond Sat, 04 Jul 2026 14:54:54 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28770 L’enregistrement de ces « cinq gros tonnerres » en décembre 1783 par le curé d’Allons témoigne de l’intérêt des clercs pour l’observation des phénomènes météorologiques exceptionnels à la fin de l’Ancien Régime.…

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L’enregistrement de ces « cinq gros tonnerres » en décembre 1783 par le curé d’Allons témoigne de l’intérêt des clercs pour l’observation des phénomènes météorologiques exceptionnels à la fin de l’Ancien Régime. Un tel épisode orageux en plein cœur de l’hiver alpin constitue une anomalie climatique frappante pour les contemporains. Sur le plan historique, cet événement s’inscrira dans le contexte global de l’année 1783, marquée par des perturbations atmosphériques majeures en Europe à la suite de l’éruption du volcan islandais Laki. En précisant que la foudre a éclaté du côté de Vauclause, un quartier montagneux situé au nord du village, le curé documente avec précision la topographie et la trajectoire de cette manifestation céleste redoutée par les habitants.

« Cette année 1783 et le 13 du mois de Xbre, à quatre heures du soir, il a fait cinq gros tonnerres du côté de Vauclause. »
  • Source : Registre paroissial de La Mure-Argens, Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, 1MI5/0308.

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Un terrible incendie au village (La Chapelle-en-Valgaudémar, 26 janvier 1866) https://www.geneprovence.com/un-terrible-incendie-au-village-la-chapelle-en-valgaudemar-26-janvier-1866/ https://www.geneprovence.com/un-terrible-incendie-au-village-la-chapelle-en-valgaudemar-26-janvier-1866/#respond Sat, 04 Jul 2026 12:28:26 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28751 Un violent incendie détruisit la majeure partie du village de La Chapelle-en-Valgaudémar dans la journée du 26 janvier 1866. La raison ? Trois jeunes enfants avaient allumé le feu avec…

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Un violent incendie détruisit la majeure partie du village de La Chapelle-en-Valgaudémar dans la journée du 26 janvier 1866. La raison ? Trois jeunes enfants avaient allumé le feu avec des allumettes chimiques. Ils se trouvaient alors dans un hangar couvert en chaume. Or, ce bâtiment était entièrement garni de chènevottes1. C’était d’ailleurs le cas de toutes les habitations de la localité. Par conséquent, le feu se propagea à une vitesse fulgurante. Les habitants eurent alors à peine le temps de sauver les bestiaux. Malheureusement, trente-sept maisons et leurs approvisionnements de toute sorte devinrent la proie des flammes.

La mobilisation rapide des secours

À la nouvelle du sinistre, les autorités réagirent immédiatement. Le préfet délégua un conseiller de préfecture sur les lieux du drame. L’inspecteur des établissements de bienfaisance l’accompagnait dans ce déplacement. Ils voulaient organiser les premiers secours avec les élus locaux. Ensemble, ils cherchèrent tout de suite des solutions pour loger et nourrir les sinistrés.
Un contrôleur des impôts partit aussi sur-le-champ. Sa mission consistait à évaluer précisément les pertes matérielles. En parallèle, la préfecture demanda l’aide urgente du gouvernement pour soutenir les victimes. Le ministre de l’Intérieur accorda promptement une première aide financière. La solidarité s’organisa déjà dans les montagnes pour soulager les familles.
  • Source : L’Annonciateur, 3 février 1866, p. 1.

Note
1. Partie centrale et ligneuse de la tige de chanvre, obtenue après l’extraction des fibres. Ce matériau très inflammable servait autrefois de litière ou d’isolant thermique.

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L’insolation fatale (Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, 16 août 1699) https://www.geneprovence.com/linsolation-fatale-saint-maximin-la-sainte-baume-16-aout-1699/ https://www.geneprovence.com/linsolation-fatale-saint-maximin-la-sainte-baume-16-aout-1699/#respond Wed, 01 Jul 2026 08:03:22 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28663 Le décès de Catherine Capelle en août 1699 met en évidence la sévérité des accidents thermiques lors des travaux agricoles estivaux en Provence sous Louis XIV. L’expression « grande surprise de…

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Le décès de Catherine Capelle en août 1699 met en évidence la sévérité des accidents thermiques lors des travaux agricoles estivaux en Provence sous Louis XIV. L’expression « grande surprise de soleil » désigne une insolation majeure ou un coup de chaleur de forme maligne, entraînant un œdème cérébral et un coma profond qui « interdit tous ses sens ». Cet état neurologique aigu empêche toute déglutition, obligeant le sous-curé à renoncer au saint Viatique. À quarante ans, cette veuve succombe aux réalités climatiques d’un terroir marqué par de fortes vagues de chaleur, où l’urgence pastorale s’adapte aux limites physiques de l’agonisante.

« Ledit jour [16 août 1699] est décédée dans la communion de l’Église, munie des sacrements de pénitence et de l’extrême-onction, n’ayant pu recevoir le viatique à cause d’une grande surprise de soleil qui lui avait interdit tous ses sens, Catherine Capelle, femme de feu Raymond Barcilon, âgée de quarante ans, et a été ensevelie.
Présents MM. Jean Baptiste Concordan et François Baudisson. »
[J. B. Concordan, f. J. Revest, soubcuré, F. Baudisson]
  • Source : Registre paroissial de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, Archives départementales du Var, 2 MI EC2810R1.

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Ce que gagnait le chirurgien de village en Provence https://www.geneprovence.com/ce-que-gagnait-le-chirurgien-de-village-en-provence/ https://www.geneprovence.com/ce-que-gagnait-le-chirurgien-de-village-en-provence/#respond Mon, 29 Jun 2026 21:10:13 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28654 Lorsque vos ancêtres provençaux se blessaient, tombaient malades ou mouraient de façon suspecte, c’est lui qu’on appelait. Lui, le maître chirurgien, dont la boutique jouxtait souvent la place du village,…

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Lorsque vos ancêtres provençaux se blessaient, tombaient malades ou mouraient de façon suspecte, c’est lui qu’on appelait. Lui, le maître chirurgien, dont la boutique jouxtait souvent la place du village, entre l’auberge et l’étude du notaire. Avant que la médecine moderne ne trace des frontières nettes entre les professions de santé, le chirurgien occupait en Provence une place singulière : ni tout à fait le médecin savant, formé à la faculté de Montpellier et qui soignait par les humeurs et les remèdes, ni le simple rebouteux empirique qui remettait les os en place à la force du poignet. Il était l’homme de l’art manuel, celui qui incisait, pansait, saignait, extrayait, et parfois rasait la barbe.
La Provence était, à cet égard, mieux lotie que bien d’autres régions françaises. À la fin de l’Ancien Régime, les départements provençaux figuraient parmi les mieux pourvus du royaume en personnel médical : à Marseille, on comptait 63 chirurgiens pour 34 médecins ; à Castellane, 6 chirurgiens pour 3 médecins seulement. Jusque dans les bourgs les plus reculés — Trigance dans les gorges du Verdon, La Cadière dans le Var, Gréoux en Haute-Provence — on trouvait un praticien installé, souvent père d’une lignée de chirurgiens.
Mais de quoi vivait concrètement cet homme indispensable ? Que lui versait-on pour panser une blessure d’épée, soigner une longue maladie, ou simplement raser la barbe chaque semaine ? Les archives provençales — délibérations de communautés, registres judiciaires, testaments — conservent des traces précises et souvent surprenantes de cette économie de la santé rurale.

Qui était le chirurgien de village ? Statuts et formations

Derrière le titre générique de « chirurgien » se cachait en réalité une hiérarchie complexe, que vos ancêtres distinguaient fort bien. Au bas de l’échelle, l’apprenti débutait sa formation auprès d’un maître établi, apprenant les gestes de base en échange d’un contrat passé devant notaire. À Cavaillon en 1718, le chirurgien Louis Labrousse dut ainsi poursuivre en justice le notaire François-Joseph Manuel de Robion pour récupérer les 10 écus et une charge de blé qui lui restaient dus pour l’apprentissage de son fils Henri-François dans l’art de la chirurgie. L’apprenti devenait ensuite garçon chirurgien, employé salarié d’un maître, avant d’accéder — après examens — à la maîtrise. Au sommet se trouvait le chirurgien-juré, reconnu officiellement par une communauté de chirurgiens.
Pour accéder à la maîtrise, trois voies coexistaient en Provence. Dans certaines villes comme Hyères, Lorgues, La Ciotat ou Digne, on se formait « sur le tas » auprès d’un praticien diplômé. Ailleurs, on passait quatre examens oraux — ostéologie, anatomie, luxations, saignées, plaies, ulcères, médicaments — devant l’une des communautés de chirurgiens d’Aix, Marseille, Arles, Tarascon, Draguignan, Fréjus, Toulon ou Brignoles. À partir de 1767 à Aix, puis 1775 à Marseille, des collèges de chirurgie dispensèrent enfin un enseignement structuré en anatomie, physiologie, pathologie et obstétrique.

Les revenus communaux : quand le village paie son chirurgien

La question du chirurgien était, au XVIIIe siècle, une affaire d’État local. Les conseils de communauté provençaux en délibéraient, le Parlement d’Aix en homologuait les décisions, et les habitants en payaient parfois directement la note. Car attirer un praticien dans un village reculé n’allait pas de soi, et le maintenir encore moins.
Le mécanisme le plus courant était le versement de gages annuels, financés par la communauté elle-même. En 1763, la communauté de Gréoux, en Haute-Provence, obtint du Parlement de Provence l’homologation d’un « capage » — un impôt levé sur chaque habitant du lieu — spécifiquement destiné à subvenir au paiement des gages de son chirurgien, à l’entretien d’une fontaine et à d’autres charges de pareille nature. Le rapprochement est révélateur : aux yeux des consuls, la présence d’un chirurgien relevait de la même nécessité publique que celle d’une fontaine. C’était un service dû à la communauté, que chaque feu devait contribuer à financer.
Mais que se passait-il lorsque la communauté ne parvenait pas à attirer ou à retenir un praticien ? Le document de Venelles, en 1769, répond à cette question avec une brutalité saisissante. La délibération de cette communauté, homologuée par le Parlement de Provence, commence par ce constat accablant : la plupart des habitants du lieu mouraient sans le secours d’un chirurgien. Pour y remédier, il fut décidé d’allouer une rente de 120 livres par an au sieur Boudisson, médecin, à condition qu’il vienne établir sa résidence à Venelles. Ce chiffre de 120 livres annuelles constitue l’une des rares données chiffrées conservées sur les gages d’un praticien de village en Provence au XVIIIe siècle. À titre de comparaison, un employé municipal à Auriol touchait des appointements d’un ordre comparable à la même époque — ce que nous avons pu établir dans un précédent article.
Ces deux documents illustrent une réalité que les généalogistes connaissent bien : la santé de vos ancêtres dépendait souvent moins de leur propre résistance que de la capacité de leur communauté à s’offrir un homme de l’art. Entre Gréoux qui taxait ses habitants pour payer son chirurgien et Venelles dont les habitants mouraient faute d’en avoir un, toute la fragilité du système de santé rural provençal se résume en quelques lignes d’archives.

Les honoraires à l’acte : une économie de l’incertitude

En dehors des gages communaux, la grande majorité des chirurgiens de village vivait de ce qu’on leur payait acte par acte — et les archives judiciaires, précisément parce qu’elles conservent les litiges, nous livrent une série de tarifs d’une précision rare.
La visite ordinaire à domicile se négociait autour de 2 livres. À Avignon en 1723, le chirurgien Brunel dut poursuivre en justice les héritiers d’une certaine Pompone pour récupérer 4 livres 4 sous correspondant à deux visites qu’il lui avait faites — soit 2 livres 2 sous par visite. Un tarif modeste, mais que beaucoup de patients ou leurs familles rechignaient à honorer. Pour un pansement de blessure, le prix montait. En 1750-1751, toujours à Avignon, le garçon du chirurgien Manne reçut 3 livres pour avoir pansé un sculpteur nommé Adam d’un coup d’épée — et c’est le créancier d’Adam qui avança la somme, intégrée dans une dette plus large. Le chirurgien intervenait ainsi au cœur des réseaux de crédit et d’entraide qui structuraient la vie villageoise.
Lorsque les soins s’étiraient sur plusieurs semaines, la note devenait plus substantielle. À Aix-en-Provence en 1691, la ville versa 20 livres au sieur Nicolay, maître chirurgien, pour avoir soigné pendant un mois une jeune fille qui avait reçu quatre blessures d’un dragon du régiment de Rannes. Soit environ 5 livres par semaine de soins intensifs pour une victime de violence militaire. Mais c’est le cas de Jean Oltonne, chirurgien aixois, qui illustre le mieux les extrêmes que pouvait atteindre la rémunération : en 1708, la somme due par Jean-Louis Clémens, huissier à la Cour des Comptes, fut fixée à 60 livres pour un mois de traitement d’une maladie vénérienne. Un tarif élevé, révélateur à la fois de la difficulté du traitement et du rang du patient.
Encore fallait-il être payé. Les archives regorgent de praticiens contraints de porter leurs créances devant les tribunaux. Le chirurgien avignonnais Louis Labaume en fit l’amère expérience en 1711 : il dut poursuivre les héritiers de Charles Bouflard, peintre, pour récupérer 10 livres correspondant aux soins et à la nourriture qu’il avait fournis au défunt lors de sa dernière maladie. Car le chirurgien ne soignait pas seulement — il nourrissait parfois le malade, veillait à son confort, assumait un rôle qui débordait largement le geste médical. Et les héritiers, une fois l’enterrement fait, n’étaient pas toujours pressés de régler ces dettes-là.
Le paiement en nature était une autre réalité quotidienne. À Cavaillon en 1718, c’est une charge de blé — en sus de 10 écus en argent — qui entrait dans le règlement des frais d’apprentissage d’un jeune chirurgien. Le médecin de Saint-Rémy Denis Pélissier, dont les papiers ont été conservés, se faisait parfois régler ses visites par une dinde ou par le ferrage de son cheval. Comme le notait un historien ayant étudié ses comptes, il paraît impossible de déterminer un tarif moyen tant les modalités de paiement variaient d’un patient à l’autre. C’était, au fond, moins un marché régulé qu’une économie de la confiance et de la négociation perpétuelle.

Les revenus annexes : barbe, apprentis et location du privilège

Pour arrondir des revenus médicaux irréguliers et souvent difficiles à recouvrer, le chirurgien de village disposait de plusieurs sources de revenus complémentaires, que les archives nous révèlent avec une précision parfois savoureuse.
La plus banale était la barbe. Malgré les édits royaux qui avaient officiellement séparé la chirurgie de la barberie, nombreux étaient les praticiens qui continuaient à tenir leur clientèle d’abonnés au rasoir. À Avignon en 1744-1745, le chirurgien-juré François Cambaud dut ainsi traîner en justice les mariés Masson pour 19 mois d’abonnement impayé à la barbe, à raison de 6 livres par an. Une somme modeste — moins d’un sou par jour — mais qui, multipliée par une clientèle régulière, constituait un revenu prévisible dans un métier qui en manquait cruellement. La boutique du chirurgien, ouverte sur la rue, était aussi un lieu de sociabilité masculine où l’on venait se faire raser chaque semaine, échanger les nouvelles, et parfois se faire tirer une dent.
La formation d’apprentis représentait une autre source de revenus non négligeable. Prendre un jeune homme sous sa coupe pour lui enseigner l’art chirurgical se monnayait : à Cavaillon en 1718, Louis Labrousse réclamait 10 écus et une charge de blé pour l’apprentissage du fils d’un notaire. Outre la rétribution financière, l’apprenti fournissait une main-d’œuvre gratuite — c’est le garçon de Manne qui pansait les blessés à Avignon, libérant le maître pour d’autres tâches. L’équipement de l’apprenti représentait lui-même un coût non négligeable : à Aix à la fin du XVIe siècle, un compte tutélaire mentionne le paiement de 20 sous pour une trousse garnie d’instruments, plus deux lancettes espagnoles non comprises dans ce prix.
Enfin, le droit d’exercer lui-même pouvait se louer, pratique moins connue mais bien attestée en Provence. À Aix en 1692, le maître chirurgien Antoine Lieutaud loua son « poinçon » — son privilège d’exercer — à un confrère nommé François Bonnet pour deux années et quinze jours, la contrepartie étant estimée en nature. À Avignon en 1714, Louis-François Manne réclamait en justice 7 écus et demi pour six mois de location de son privilège à un certain Datrie, également chirurgien. Soit l’équivalent de 15 écus par an — environ 45 livres — pour le seul droit de pratiquer sous couvert d’une patente établie. Une façon pour le maître de monétiser sa position, et pour le locataire de s’installer sans avoir encore obtenu sa propre maîtrise.

Les revenus exceptionnels : expertises judiciaires et chirurgiens de peste

À côté des honoraires ordinaires et des revenus annexes, certaines circonstances offraient au chirurgien des rémunérations d’une tout autre nature — parfois considérables, parfois payées au prix de la vie.
La première de ces sources exceptionnelles était l’expertise judiciaire. Dès qu’une mort suspecte, une blessure grave ou un décès soudain survenait, la justice seigneuriale ou royale requérait un chirurgien pour examiner le corps et rédiger son rapport. Ces prestations étaient payées par la ville ou la juridiction compétente, indépendamment des parties. À Aix-en-Provence en 1675, la ville versa 50 livres aux médecins Bouchard, Lauthier et Rive, ainsi qu’au chirurgien Nicolay, pour avoir pratiqué l’autopsie du conseiller Puech, décédé subitement — les frais de l’opération ayant été mis à la charge de la ville par décision du Parlement. Sur geneprovence.com, plusieurs articles illustrent concrètement ce rôle : à Simiane-la-Rotonde en 1745, un chirurgien local fut ainsi requis après la découverte nocturne du corps d’Henri Blanc, travailleur assassiné, le vicaire ne pouvant procéder à l’inhumation qu’après la levée de corps et le rapport médical. À Cabannes en 1758, c’est la mort par chute du sergent ordinaire Joseph Jobert qui nécessita l’intervention d’un maître chirurgien, à la réquisition du procureur et du greffier de la juridiction. Ces expertises, répétées tout au long d’une carrière, constituaient un complément de revenus régulier et officiel.
Mais c’est en temps d’épidémie que les rémunérations atteignaient des sommets vertigineux — au prix d’un risque tout aussi vertigineux. En août 1629, la ville d’Aix passa un traité avec Jean Rougier, chirurgien des Martigues, qui s’engagea à venir traiter les pestiférés moyennant 750 livres par mois, plus le vivre, le chauffage, le couchage et un valet pour le temps qu’il serait en quarantaine. Une somme prodigieuse — l’équivalent de plus de six années de gages d’un praticien communal ordinaire — qui dit tout du désespoir des autorités face à la contagion et de la conscience qu’avaient les chirurgiens du risque mortel qu’ils encouraient. Des municipalités pouvaient ainsi se mettre en quasi-faillite pour trouver des volontaires.
Car le risque était réel et fatal. À Graveson, au pied de la Montagnette, la peste de 1721 emporta Paul François Bertrand, maître chirurgien du village, mort en septembre de cette année à l’infirmerie de campagne de Cadillan après avoir combattu le mal au chevet des pestiférés. Avec lui disparut le jeune apothicaire Honoré Amiel, vingt-quatre ans. Leur sacrifice laissa le village dans un dénuement médical total, désorganisant pour longtemps les réseaux de soins habituels. Pour ces chirurgiens-là, le prix payé n’était pas en livres.

Le chirurgien, un notable provincial : patrimoine et statut social

Au-delà des honoraires et des gages, la question de ce que gagnait le chirurgien de village ne se réduit pas à une somme en livres. Elle se lit aussi dans ce qu’il laissait derrière lui — et les testaments conservés dans les archives provençales sont, à cet égard, d’une éloquence remarquable.
À Lorgues en 1655, Jean Chaix, chirurgien de la ville, exprimait dans ses dernières volontés une ambition sociale sans équivoque : il voulait être enseveli dans la grande église, accompagné par messieurs du chapitre et par tous les autres ordres religieux de la ville. Cette sépulture au cœur de l’église, entourée du clergé réuni, n’était pas donnée à tout le monde. Elle signalait un homme parvenu au sommet de la notabilité locale, dont la mémoire méritait d’être honorée avec le même apparat que celle des marchands prospères ou des officiers de justice. Un siècle plus tard, à La Cadière dans le Var, Antoine Gardon, chirurgien du village, léguait 30 livres en 1773 à la confrérie de la Charité établie dans la paroisse voisine de Bandols, laissant à son épouse Anne Riboulet la jouissance de tous ses biens meubles et immeubles, et instituant ses quatre fils héritiers par portions égales. Quatre fils, des biens meubles et immeubles, un legs pieux à une confrérie hors de sa propre paroisse : le portrait d’un homme solidement ancré dans les réseaux de bienfaisance et de sociabilité de sa région.
Plus éloquent encore est le testament de Pierre Rouvier, maître en chirurgie de Trigance, rédigé en 1785 dans ce village perché des gorges du Verdon — l’un des endroits les plus reculés de toute la Provence. Il y léguait à son fils François, lui aussi maître en chirurgie, un jardin arrosable situé au-dessus du moulin à farine, et à ses petits-fils un autre jardin au quartier du Gros-Buis. Terres, jardins, transmission de la profession de père en fils : le chirurgien de village le plus isolé pouvait constituer, au fil d’une carrière, un patrimoine foncier réel et le transmettre à une véritable dynastie familiale.
À Avignon, Louis Labaume incarnait une autre facette de cette intégration sociale : en 1724, les Pénitents de la Miséricorde durent poursuivre ses héritiers pour récupérer 5 écus qu’il leur avait légués pour la nourriture des prisonniers. Un chirurgien qui faisait des dons aux détenus, qui soignait sans distinction juifs et chrétiens, nobles et artisans, était bien davantage qu’un prestataire de soins : il était une figure morale de sa communauté.

Ni riche ni miséreux : une condition honorable et précaire

De 2 livres la visite ordinaire à 750 livres par mois pour affronter la peste, la fourchette des revenus du chirurgien provençal était vertigineuse — et elle dit à elle seule l’extrême diversité des situations que recouvrait ce métier. Entre le garçon chirurgien qui se battait en justice pour récupérer 16 livres de salaire impayé et le maître établi qui léguait jardins et maisons à ses fils, entre Venelles dont les habitants mouraient faute d’avoir un chirurgien et Jean Chaix de Lorgues enterré en grande pompe dans l’église collégiale, il n’y avait pas un chirurgien provençal mais des dizaines de conditions différentes.
Ce que les archives nous disent avec constance, c’est qu’un maître chirurgien installé, habile et patient, pouvait mener une vie honorable : constituer un patrimoine foncier, élever plusieurs enfants, transmettre sa profession et son statut, faire des legs pieux. Mais cette honorabilité reposait sur des fondements fragiles — des honoraires difficiles à recouvrer, des patients insolvables ou récalcitrants, une concurrence entre praticiens qui poussait certains à louer leur propre privilège d’exercer. Et au bout du chemin, pour les plus malchanceux ou les plus courageux, la mort au chevet des pestiférés, comme Paul François Bertrand à Graveson en 1721.
Si vous trouvez dans vos recherches généalogiques un ancêtre qualifié de « maître chirurgien », sachez qu’il occupait dans son village une place enviée — celle d’un homme indispensable, respecté, et suffisamment instruit pour tenir sa propre comptabilité et plaider ses créances devant les tribunaux. Un notable de proximité, ancré dans la terre et dans les corps de sa communauté.

Sources

Archives municipales d’Aix-en-Provence :
  • CC 531 (1591-1613) — Note de 4 écus du maître chirurgien Jean Prouhet pour soins donnés au trompette de la Ville (1611)
  • CC 650 (1675-1676) — Paiement de 50 livres aux médecins et au chirurgien Nicolay pour l’autopsie du conseiller Puech (1675)
  • CC 682 (1691-1692) — Paiement de 20 livres au sieur Nicolay, maître chirurgien, pour un mois de soins à une jeune fille blessée par un dragon (1691)
  • CC 1155 (1586-1602) — Comptes tutélaires : paiement de 20 sous pour une trousse d’instruments pour un apprenti chirurgien
  • BB 140 — Traité avec Jean Rougier, chirurgien des Martigues, pour soigner les pestiférés : 750 livres par mois plus le vivre, le chauffage, le couchage et un valet (1629)
  • BB 182, f° 365 — Estimation d’un trelis vitré remis par Antoine Lieutaud, maître chirurgien, à François Bonnet, chirurgien, pour la location de son poinçon pendant 2 ans et 15 jours (1692)
  • BB 198, f° 303 — Fixation à 60 livres de la somme due par Jean-Louis Clémens au chirurgien Jean Oltonne pour un mois de traitement (1708)
Archives départementales des Bouches-du-Rhône :
  • B 2927 (1763) — Arrêt homologuant l’imposition d’un capage sur les habitants de Gréoux pour subvenir au paiement des gages du chirurgien
  • B 2933 (1769) — Arrêt homologuant la délibération de la communauté de Venelles allouant une rente de 120 livres par an au sieur Boudisson pour établir sa résidence dans le village
Archives départementales du Vaucluse :
  • B 788 (1718) — Poursuites de Louis Labrousse, chirurgien de Cavaillon, contre le notaire Manuel de Robion, pour 10 écus et une charge de blé dus pour l’apprentissage de son fils en chirurgie
  • B 975 (1711) — Poursuites de Louis Labaume, chirurgien, contre les hoirs de Charles Bouflard, peintre, pour 10 livres de soins et nourriture lors de sa dernière maladie
  • B 981 (1714) — Poursuites de Louis-François Manne, maître chirurgien, contre Datrie, chirurgien, pour 7 écus et demi pour la location de son privilège pendant 6 mois
  • B 994 (1723) — Poursuites du chirurgien Brunel contre les hoirs de Pompone pour 4 livres 4 sous correspondant à deux visites
  • B 1014 (1735) — Instance de Pierre Ollivier, garçon chirurgien, contre Mouret, chirurgien, pour un salaire de 16 livres
  • B 1031 (1744-1745) — Poursuites de François Cambaud, chirurgien-juré, contre les mariés Masson pour 19 mois d’abonnement à la barbe à 6 livres par an
  • B 1042 (1750-1751) — Paiement de 3 livres au garçon du chirurgien Manne pour avoir pansé un sculpteur d’un coup d’épée
  • B 813 (1724) — Poursuites des Pénitents de la Miséricorde d’Avignon contre les hoirs de Louis Labaume, chirurgien, pour 5 écus légués pour la nourriture des prisonniers
Archives départementales du Var :
  • E 133 (1655) — Testament de Jean Chaix, chirurgien de Lorgues, léguant une pension viagère de 60 livres à son épouse
  • E 231 (1773) — Testament d’Antoine Gardon, chirurgien de La Cadière, léguant 30 livres à la confrérie de la Charité de Bandols
  • E 299 (1785) — Testament de Pierre Rouvier, maître en chirurgie de Trigance, léguant jardins et biens à ses fils, dont l’un également maître chirurgien
Sur GénéProvence :
  • Graveson (1720-1721) : une communauté provençale face au fléau — mort du maître chirurgien Paul François Bertrand pendant la peste
  • Henri Blanc assassiné la nuit (Simiane-la-Rotonde, 27 mars 1745) — intervention du chirurgien dans une procédure judiciaire
  • La mort du sergent ordinaire (Cabannes, 1er juillet 1758) — visite du maître chirurgien requis par la juridiction
  • Combien gagnait un employé municipal à Auriol en 1745 ? — pour la comparaison des salaires
Bibliographie :
  • François-Xavier Emmanuelli, « Le monde médical provençal à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle », Études Héraultaises, 1984
  • François-Xavier Emmanuelli, « Introduction à l’histoire du XVIIIe siècle communal en Provence », Annales du Midi, tome 87, n° 122, 1975
  • Toby Gelfand, « Deux cultures, une profession : les chirurgiens français au XVIIIe siècle », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. 27, n° 3, 1980
  • Jamel El Hadj, « La réorganisation d’un groupe professionnel. Les chirurgiens de peste à Marseille aux XVIIeXVIIIe siècles », Rives méditerranéennes, 2017

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Le coup de sang de l’aubergiste (Avignon, 22 avril 1813) https://www.geneprovence.com/le-coup-de-sang-de-laubergiste-avignon-22-avril-1813/ https://www.geneprovence.com/le-coup-de-sang-de-laubergiste-avignon-22-avril-1813/#respond Mon, 29 Jun 2026 15:06:18 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28643 Cette altercation sur la route d’Avignon en avril 1813 illustre la transition délicate du droit routier sous le Premier Empire, marqué par la codification récente du Code de la route…

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Cette altercation sur la route d’Avignon en avril 1813 illustre la transition délicate du droit routier sous le Premier Empire, marqué par la codification récente du Code de la route impérial. Le transport de la garance, plante tinctoriale majeure de l’économie vauclusienne, confère au charretier une place centrale dans l’activité industrielle locale. L’accès prioritaire sur les axes de communication génère de vives tensions d’honneur entre rouliers professionnels et notables pressés. La réaction impulsive de l’aubergiste Molin, homme de « très grosse corpulence », traduit cliniquement un accès de fureur hypertensive, typique des crises de pléthore sanguine documentées par la médecine du XIXe siècle.

« Aujourd’hui vingt-deux avril mil huit cent treize, entre une et deux heures après-midi, devant nous, commissaire de police du premier arrondissement de cette ville d’Avignon,
S’est présenté le sieur Dominique Rey, cultivateur domicilié à L’Isle1, département de Vaucluse, lequel nous a dit et exposé que depuis environ deux mois il s’était occupé avec sa charrette à transporter des garances2 en cette ville, pour Monsieur Boyer, négociant ;
Qu’aujourd’hui, sur environ dix heures du matin, se trouvant avec sa dite charrette chargée de garances, sur la route du pont de la Durance à Avignon, à une distance d’environ trois quarts de lieue ancienne3 de cette ville, il a vu venir à lui une petite voiture découverte, conduite par un homme de très grosse corpulence, à lui inconnu, qui, étant parvenu à quelques pas du déclarant, lui a dit d’un ton haut et menaçant de se détourner pour le laisser passer avec sa voiture ;
Le déclarant a de suite obéi, en lui observant cependant que, suivant l’usage4, cela ne se pratiquait pas ainsi. L’inconnu, en passant à côté du déclarant, lui a dit qu’il était un polisson, et a continué de clabauder5 en tournant la tête du côté du déclarant et continuant de lui dire qu’il était un polisson, et que rien ne le retenait de descendre de sa voiture et de lui casser son fouet sur la figure.
Le déclarant lui a observé qu’il avait tort de le menacer et a ajouté : « Je vous ai cédé le chemin qui ne vous était pas dû, que voulez-vous de plus ? »
L’inconnu alors est descendu de sa voiture, s’est porté sur le déclarant, et l’ayant frappé fortement avec les poings à l’estomac, celui-ci est tombé par terre sur un tas de gravier, où il s’est blessé au coude du bras droit, et au genou du même côté. L’inconnu s’est saisi de deux poignées de gravier, ce que voyant le déclarant s’est aussi armé de deux cailloux, mais ledit inconnu, ayant laissé tomber par terre le gravier qu’il tenait dans les mains, le déclarant en a fait de même.
Cependant ledit déclarant s’étant relevé, a prié le sieur Joseph Ricard, cultivateur de la commune de Saint-Andiol, qui se trouvait présent, de se souvenir et de vouloir bien rendre témoignage devant qui de droit de ce qu’il venait de voir, et en même temps, il a dit à l’inconnu : « Monsieur, à présent que vous m’avez frappé, dites-moi, je vous prie, votre nom », l’inconnu lui a répondu : « Je te le dirai demain de mes nouvelles, j’ai la loi dans ma poche6 et je t’apprendrai à t’y conformer ».
L’inconnu a soutenu à demander le nom du déclarant ; celui-ci lui a répondu qu’il se nommait Dominique Rey, de L’Isle, et a continué son chemin, enfin à peu de distance de là.
Le déclarant, apercevant sur les bords du chemin des cultivateurs qui étaient assis et prenaient leur repas, il leur a demandé le nom du monsieur qui conduisait la voiture qui venait de passer, on lui a répondu que c’était Monsieur Molin, aubergiste au Palais-Royal7.
Le déclarant observe qu’avant de parvenir aux cultivateurs mentionnés ci-dessus, il avait aperçu dans un pré deux hommes qui coupaient des amarines8, auxquels il avait demandé s’ils connaissaient le monsieur qui conduisait la susdite voiture. L’un lui a répondu qu’il ne le connaissait pas, mais que l’autre, qui était vannier, le connaissait pour être Monsieur Molin du Palais-Royal ; ce que celui-ci a confirmé au déclarant.
À Avignon, les an et jour susdits, signé Dominique Rey, Rouge fils, conforme à l’original. »

Notes

1. L’Isle : il s’agit de la commune de L’Isle-sur-la-Sorgue, située dans le Vaucluse.
2. Garances : la garance des teinturiers (rubia tinctorum) est une plante largement cultivée dans le Vaucluse au XIXe siècle. Ses racines, une fois séchées et broyées, fournissaient une teinture rouge très demandée par l’industrie textile, notamment pour les uniformes militaires.
3. Trois quarts de lieue ancienne : la lieue ancienne valait un peu moins de 4 kilomètres. Trois quarts de lieue représentent donc environ 3 kilomètres, situant l’altercation dans la campagne ou la zone maraîchère à l’approche d’Avignon.
4. Suivant l’usage : fait référence aux règles de courtoisie et de priorité de l’époque sur les chemins. Les voitures légères et rapides devaient généralement faciliter le passage des lourdes charrettes de marchandises chargées (comme celle de garance), plus difficiles à manœuvrer.
5. Clabauder : signifie ici crier, pester, faire du tapage et proférer des injures à tort et à travers pendant la dispute.
6. « J’ai la loi dans ma poche » : formule provocatrice de l’agresseur pour signifier qu’il s’estime intouchable, qu’il prétend avoir le droit pour lui ou qu’il dispose de protections suffisantes pour ne pas craindre la justice.
7. Palais-Royal : il s’agit du nom de l’enseigne de l’auberge ou de l’hôtel tenu par Monsieur Molin à Avignon. À cette époque, de nombreux établissements de province adoptaient des noms de lieux parisiens célèbres.
8. Amarines : terme d’origine provençale (amarinier) désignant l’osier ou le saule qui pousse au bord de l’eau, notamment près de la Durance. Ses rameaux souples sont récoltés par les vanniers pour tresser des paniers et des cages à légumes.
  • Registre de police d’Avignon, Archives municipales d’Avignon, 1J129, p. 6, 7.

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Quand la justice fait partie de la bande (La Brillanne, 12 août 1708) https://www.geneprovence.com/quand-la-justice-fait-partie-de-la-bande-la-brillanne-12-aout-1705/ https://www.geneprovence.com/quand-la-justice-fait-partie-de-la-bande-la-brillanne-12-aout-1705/#respond Fri, 26 Jun 2026 17:42:06 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=28608 Le dossier est conservé aux Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence sous la cote B 2453. Il s’ouvre sur une requête adressée au lieutenant général criminel de Forcalquier, rédigée par un certain…

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Le dossier est conservé aux Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence sous la cote B 2453. Il s’ouvre sur une requête adressée au lieutenant général criminel de Forcalquier, rédigée par un certain Honoré Breugne, sieur de cette ville1. Les faits se sont produits le dimanche 12 août 1708, à La Brillanne, sur la place publique, sous les mûriers, devant la maison seigneuriale. Ce qui commence comme une altercation verbale tourne à l’émeute. Le dossier s’arrête avant le jugement — mais ce qu’il contient suffit à reconstituer une affaire d’une violence rare, impliquant les officiers de justice du lieu eux-mêmes.

Un dimanche d’août sur la place publique

Honoré Breugne est un homme de Forcalquier. Il est également taillable2 de la communauté de La Brillanne — c’est-à-dire qu’il y possède des biens et y est soumis à l’impôt. Ce dimanche 12 août 1708, il s’y est rendu pour surveiller sa récolte. Vers cinq heures du soir, il se trouve sur la place publique du village, sous les mûriers, devant la maison seigneuriale, à se promener avec quelques personnes.
Guillaume Depieds, neveu du consul3 de La Brillanne, l’avait convoqué la veille — ainsi que d’autres taillables forains4 — pour assister à un conseil de communauté5 qu’il devait tenir ce même jour. Ce conseil n’a pas eu lieu. Breugne, qui a attendu longtemps, fait remarquer publiquement à Depieds le tort qu’il leur a causé en les faisant venir pour rien.
Ce reproche, formulé en public, devant les habitants du village, est une humiliation que Depieds ne peut pas laisser passer. Il est neveu du consul, homme d’autorité locale. Se faire faire la leçon par un étranger — un taillable forain de Forcalquier — devant tout le monde, c’est une atteinte à son prestige.
Sa réponse est immédiate et violente. Il charge Breugne « d’injures très atroces et diffamatoires, le traitant de coquin, de malheureux, de voleur », et le menace de le faire assommer, « qu’il ne tenait de vie qu’il ne le fît dès le moment ». Puis, se prévalant de sa fonction — consul ou proche du consul — il cabalise6 sur-le-champ plusieurs habitants du village.

La troupe

En quelques minutes, un groupe se forme. Breugne, dans sa requête, en donne la composition précise : Antoine Basset, lieutenant de juge7 ; Antoine André, vautier seigneurial8 ; Dominique Bouyer ; Louis Brémond ; Joseph Duplan fils ; Germiny ; Joseph André ; Louis Basset« et autres, en beaucoup de fâcheux et filles ».
La liste est accablante. Sur les huit hommes identifiés, deux au moins sont des officiers de justice : le lieutenant de juge et le vautier seigneurial. Ce sont précisément les hommes qui auraient dû protéger Breugne — ou à tout le moins rester neutres. Leur présence parmi les agresseurs transforme une rixe de village en quelque chose de beaucoup plus grave : une violence institutionnelle, organisée par ceux-là mêmes qui incarnent l’ordre public local.
La requête insiste sur ce point : « furent tous attroupés de dessein prémédité ». Ce n’est pas une foule qui s’emballe spontanément. C’est un groupe constitué, avec une intention.

L’agression

Ils se jettent sur Breugne. La scène est décrite avec précision dans la requête :
« Les uns le prirent par la perruque, les autres par la cravate, d’autres par la chemise et par son justaucorps, l’immobilisant d’une manière qui lui fut impossible de pouvoir se libérer de leurs mains. Et le chargèrent de tant de coups violents et d’injures si atroces qu’ils le jetèrent par terre, où il reçut des coups de pieds, des coups de poings et des coups de pierres. »
Des témoins, indignés par la brutalité de la scène, interviennent. Sans eux, écrit Breugne, il n’en serait pas réchappé. C’est avec beaucoup de peine qu’on parvient à le dégager et à le ramener jusqu’à la maison du sieur de Corne, où réside son beau-frère Antoine de Gassaud. Sa femme, enceinte, est obligée de sortir de son appartement pour lui ouvrir la porte — pendant que les agresseurs lui ont déjà arraché sa cravate, son justaucorps, sa chemise, et mis sa perruque en pièces.

Devant la maison

Mais la troupe ne désarme pas. Elle s’attroupe devant la maison du sieur de Corne, blasphémant le saint nom de Dieu, criant qu’il faut achever Breugne — « à le tuer » — ou, s’il s’y trouve enfermé, lui livrer de forts coups. Les voix s’élèvent :
« Coquin, malheureux, voleur, méchant homme, tu n’en échapperas pas, car nous sommes ici à t’attendre à pied ferme — mais tu n’oseras. »
Breugne reste terré. Lorsqu’il juge que l’émotion populaire9 s’est calmée et tente enfin de rentrer chez lui, il est accueilli par une grêle de pierres dont il n’échappe que par miracle. Les agresseurs le poursuivent jusques dans la maison. Ils menacent d’y mettre le feu. Ils lui signifient qu’ils veulent l’obliger à quitter La Brillanne définitivement — lui et les siens :
« Qu’il pouvait rendre grâces au seigneur de ce qu’il avait échappé à cette occasion, mais qu’ils ne manqueraient pas d’autres pour le lui interdire pour toujours. »

Le recours à la justice royale

Le lendemain, Breugne porte sa plainte non pas devant la justice locale — ce serait vain, puisque le lieutenant de juge lui-même figure parmi ses agresseurs — mais devant le lieutenant général criminel de Forcalquier, magistrat royal supérieur à toute juridiction seigneuriale.
Dans sa requête, il qualifie les faits de « véritable sédition, émue par un lieutenant de juge et un vautier seigneurial » et réclame plusieurs choses : l’ouverture d’une information judiciaire, l’audition de témoins, la commission d’un chirurgien pour constater ses blessures, et le dépôt au greffe de ses vêtements déchirés comme pièces à conviction. Il demande enfin que lui et sa famille soient « mis sous la protection du Roi et de la Justice » — formule grave, qui signifie qu’il craint pour sa vie.
Le lieutenant général criminel reçoit la requête et la qualifie de cas royal10 — ce qui signifie que l’affaire échappe entièrement à la juridiction seigneuriale locale et relève directement de la justice du roi. Un chirurgien, maître Jean André, est commis pour examiner les blessures. L’huissier Mary Maurel est chargé des assignations.

Les témoins convoqués

En trois jours, trois témoins sont assignés à comparaître devant le lieutenant criminel dans l’auditoire royal de Forcalquier :
Le 18 août, sieur Louis Grégoire Dudieud et sieur Antoine de Gassaud — le beau-frère de Breugne, qui l’a recueilli le soir de l’agression — sont convoqués pour neuf heures du matin.
Le 19 août, noble Henry de Gornet, trouvé sur la place de Forcalquier, reçoit à son tour son assignation : il devra comparaître le lendemain à deux heures de l’après-midi.
Chacun reçoit copie de l’exploit des mains de l’huissier Maurel. Le coût de chaque signification : dix-huit sols.

Ce que le dossier ne dit pas

Le dossier B 2453 s’arrête là. Les dépositions des témoins, le rapport du chirurgien sur les blessures, le jugement — rien de tout cela n’a été conservé, ou n’a pas encore été retrouvé. On ne sait pas ce qu’il advint de Guillaume Depieds et de ses complices, ni si Honoré Breugne obtint la réparation qu’il réclamait.
Ce qui reste, c’est la requête elle-même — rédigée dans la langue précise et passionnée du droit d’Ancien Régime, avec ses formules consacrées et ses éclats de violence brute. Et la liste des vêtements déchirés, déposés au greffe comme preuves : une cravate, un justaucorps, une chemise, une perruque en pièces.

Qu’est-il advenu ?

Le dossier s’arrêtant là, nous ne saurons jamais ce qu’il est advenu de l’affaire. Pourtant, on peut imaginer ce qui s’est passé. Les lignes qui suivent sont de la fiction, mais elles évoquent des événements qui sont très possibles et même probables :

Pour les agresseurs (Guillaume Depieds et ses complices)

Leur situation est extrêmement grave. En s’en prenant à Honoré Breugne, ils n’ont pas seulement commis une agression physique, ils ont commis un crime politique et institutionnel.
La perte du parapluie local : En qualifiant l’affaire de « cas royal », le lieutenant général criminel de Forcalquier s’empare du dossier. Cela signifie que la justice seigneuriale de La Brillanne est totalement dessaisie. Les agresseurs ne peuvent plus compter sur la protection du seigneur local ou sur leurs propres réseaux municipaux pour étouffer l’affaire.
Le sort du lieutenant de juge (Antoine Basset) et du vautier (Antoine André) : Pour ces deux officiers de justice, la sentence a dû être lourde. La justice royale ne tolère pas que ses propres agents (même subalternes ou seigneuriaux) mènent une sédition. Ils ont très probablement été destitués de leurs charges immédiatement, frappés d’une amende honorable (demander pardon publiquement à genoux), et condamnés à de lourdes peines financières, voire au bannissement du ressort du siège de Forcalquier pour quelques années.
Pour Guillaume Depieds et les exécutants : Le pouvoir royal redoute par-dessus tout « l’émotion populaire » (l’émeute). Depieds, identifié comme le moteur de la sédition, a risqué gros. Si Breugne a survécu (ce que l’absence d’enquête pour homicide laisse penser), Depieds a probablement été condamné aux galères à temps (pour quelques années) ou au bannissement définitif de la province, assorti de la confiscation de ses biens pour payer les réparations. Les complices de seconde zone (Bouyer, Brémond, etc.) ont dû écoper d’amendes sévères et de peines de prison courtes pour l’exemple.

Pour la victime (Honoré Breugne)

Une victoire judiciaire mais un exil forcé : Breugne a de fortes chances d’avoir obtenu gain de cause. Le greffe a conservé ses vêtements déchirés, les témoignages de notables (le beau-frère de Gassaud, noble Henry de Gornet) et le rapport du chirurgien Jean André allaient tous dans son sens. Il a sans doute reçu une « réparation convenable » sous forme de dommages et intérêts importants versés par les agresseurs.
Le retour impossible à La Brillanne : Malgré la « protection du Roi » demandée, la haine locale à son encontre était trop forte (« qu’il n’y passât plus le pied, ni aucun des siens »). En tant que « taillable forain » (bourgeois de Forcalquier possédant des terres à La Brillanne), il est fort probable qu’il ait vendu ses récoltes et ses terres à La Brillanne pour se replier définitivement sur Forcalquier, où il était en sécurité.

Pour les témoins (Dudieud, de Gassaud, de Gornet)

Aucun risque majeur : Ils ont déposé devant le lieutenant criminel à Forcalquier, une ville fortifiée et sûre, loin de la fureur des villageois de La Brillanne. Leurs dépositions ont scellé le sort des agresseurs. Le beau-frère, Antoine de Gassaud, et sa femme enceinte ont dû être soulagés de voir la justice royale prendre le relais pour calmer le village.
En résumé, la justice royale de Forcalquier a très probablement frappé fort pour faire un exemple : destitution des officiers locaux, lourdes amendes et bannissements pour les meneurs, afin de réaffirmer l’autorité du Roi face à une rébellion villageoise.

Notes

1. Breugne : le prénom est abrégé dans le manuscrit sous une forme illisible avec certitude — vraisemblablement Honoré, prénom très répandu en Provence au XVIIIe siècle.
2. Taillable : personne soumise à la taille, impôt direct levé par la communauté sur ses membres ou sur ceux qui y possèdent des biens. Un taillable forain est un contribuable extérieur à la communauté mais imposable sur les biens qu’il y détient.
3. Consul : dans les communautés provençales d’Ancien Régime, le consul est le principal magistrat municipal, élu par les habitants. Il préside le conseil de communauté et représente la communauté dans ses rapports avec les autorités supérieures.
4. Taillables forains : contribuables résidant hors de la communauté mais y possédant des biens imposables, et donc convocables aux assemblées concernant la répartition des charges fiscales.
5. Conseil de communauté : assemblée des principaux habitants et contribuables d’une communauté, convoquée pour délibérer sur les affaires communes — notamment la répartition de la taille et des charges fiscales.
6. Cabaler : manœuvrer, intriguer, retourner des personnes contre quelqu’un par des moyens détournés. Le terme cabale désigne au XVIIIe siècle une coalition secrète formée dans un but hostile.
7. Lieutenant de juge : officier de justice qui supplée le juge en son absence et instruit les affaires en son nom. Dans une juridiction seigneuriale, c’est l’un des personnages les plus puissants de la communauté.
8. Vautier seigneurial : forme ancienne de viguier, officier chargé de l’exécution des sentences de la justice seigneuriale. Il est l’équivalent local d’un huissier d’exécution, investi d’une autorité publique au nom du seigneur.
9. Émotion populaire : terme juridique et politique de l’Ancien Régime désignant un attroupement séditieux, une agitation collective pouvant dégénérer en émeute. L’expression ne désigne pas une simple agitation mais un trouble de l’ordre public caractérisé.
10. Cas royal : catégorie juridique de l’Ancien Régime désignant les affaires dont la gravité — atteinte à l’ordre public, sédition, crimes commis par des officiers de justice — échappe aux juridictions ordinaires ou seigneuriales pour relever directement des tribunaux royaux. La qualification de cas royal est ici particulièrement significative : elle prive les agresseurs, qui sont eux-mêmes des officiers de justice locale, de toute capacité à influencer la procédure.

  • Source : Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, B 2453.

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Le 12 juillet 1841, vers 7 heures du matin, Sylvestre Grégoire était occupé à faucher son pré au quartier du Touron, contigu au champ de son frère Firmin avec lequel il était en mésintelligence depuis le partage des biens que le père leur avait laissés en mourant, trois ans plus tôt. Sylvestre se trouvait avec sa femme Marguerite et l’un de ses jeunes enfants. Il chargeait des gerbes pour les porter à l’aire.
Tout à coup il fut accosté par Sylvestre qui avait quitté son travail et portait sa faux à la main.
« Auras-tu bientôt fini ? dit-il à son frère Firmin.
— Nous aurons terminé quand il n’y en aura plus, lui répond celui-ci, visiblement de mauvaise humeur.
— Eh ! bien, répliqua l’autre, si tu enlèves les gerbes qui sont là, tu payeras les deux mille francs qui seront échus demain, ou si non…
— C’est ce que nous verrons, repartit Firmin, mais se reprenant bientôt, parce qu’il connaissait la violence du caractère de son frère, il ajouta : oui, puisque tu l’exiges, je laisserai les gerbes, et la justice en décidera plus tard. »
La femme prit alors la parole et lui dit avec modération :
« Pourtant ces gerbes sont bien à nous ! »
Elle achevait à peine ces mots, qu’un coup de faux porté à la tête l’étendit raide morte.
L’assassin voulut fuir, mais il fut arrêté par son malheureux frère et bientôt aidé par des voisins accourus à ses cris de désespoir, il l’attacha fortement contre un arbre, où le juge de paix le fit prendre par ses gardes.
Cependant, après avoir accompli cette terrible tâche, le mari éploré vint tomber sans connaissance devant le corps inanimé de sa femme dont la tête ne tenait plus au tronc que par quelques lambeaux de chair… La justice, accompagnée de la gendarmerie et du docteur Musso, se transporta sur les lieux pour informer. Le prévenu avoua froidement son crime en disant que cela devait arriver. Il fut mis en état d’arrestation et écroué dans les prisons d’Apt.
Marguerite Grégoire, âgée de 34 ans, était originaire de Roussillon (Vaucluse) et était mère de trois jeunes enfants ; son caractère était doux et paisible et le jour de sa mort fut un jour de deuil et de désolation pour la commune de Gordes.
Le misérable qui l’avait ravie à l’affection de son mari et de ses enfants, était au contraire connu par son emportement, et il avait déjà subi une condamnation pour coups et blessures. Il était âgé de 45 ans.

Acte de décès de Marguerite Grégoire

« L’an mil huit cent quarante un, et le douze du mois de juillet à sept heures du soir, par devant nous Joseph Étienne Moulin, maire officier de l’état civil de la commune de Gordes, chef-lieu de canton, arrondissement d’Apt, département de Vaucluse,
Sont comparus Joseph Cabrier, âgé de soixante-six ans, et Mathieu Aguiton, âgé de quarante-neuf ans, tous les deux cultivateurs domiciliés en cette commune, voisins de la défunte,
Lesquels ont déclaré que Marguerite Grégoire, sans profession, née à Roussillon (Vaucluse) le seize janvier mil huit cent sept, âgée de trente-quatre ans révolus, fille de feu Jean-Joseph Grégoire et de feue Marie-Rose Guende, épouse de Jean-Silvestre Grégoire, agriculteur, est décédée ce jourd’hui à sept heures du matin, quartier du Touron,
Du décès de laquelle nous étant assuré, avons ordonné son inhumation et dressé le présent acte que nous avons signé, mais non les témoins qui ont déclaré ne savoir écrire ni signer, après lecture faite du présent acte de décès. »
[Moulin, maire]
  • Sources : Le Mercure aptésien, 18 juillet 1841, p. 2, 3.
  • État civil de la commune de Gordes, Archives départementales de Vaucluse, année 1841, no 45.

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