GénéProvence http://www.geneprovence.com/ 500 ans de faits divers en Provence Sun, 11 Oct 2026 15:59:48 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1.3 https://www.geneprovence.com/wp-content/uploads/2024/04/cropped-434541497_912630390609581_141579584347965292_n-32x32.png GénéProvence http://www.geneprovence.com/ 32 32 Le destin brisé d’un jeune pâtre (Duranus, 25 mai 1895) https://www.geneprovence.com/le-destin-brise-dun-jeune-patre-duranus-25-mai-1895/ https://www.geneprovence.com/le-destin-brise-dun-jeune-patre-duranus-25-mai-1895/#respond Sun, 11 Oct 2026 15:54:38 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=29290 Le 25 mai 1895, vers 10 heures du matin, un terrible accident endeuilla la commune de Duranus (Alpes-Maritimes) et frappa de stupeur ses habitants. Jean-Baptiste Ciais, un jeune berger de…

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Le 25 mai 1895, vers 10 heures du matin, un terrible accident endeuilla la commune de Duranus (Alpes-Maritimes) et frappa de stupeur ses habitants. Jean-Baptiste Ciais, un jeune berger de seulement quatorze ans, gardait son troupeau dans la montagne comme il en avait l’habitude. Ce jour-là, la fatalité l’attendait au détour d’un sentier escarpé.
À la suite des pluies récentes qui avaient probablement fragilisé les parois rocheuses, un énorme bloc de pierre se détacha soudainement de la montagne. Le malheureux enfant fut écrasé par la masse minérale dans sa chute. La mort fut instantanée, ne laissant aucune chance au jeune garçon.
Jean-Baptiste Ciais était né au village et y demeurait auprès des siens. Il était le fils de Victor Ciais et de feue Lucie Ucello. Ce drame arracha prématurément à la vie un fils de la terre dont le seul crime fut d’exercer son dur métier de pâtre sous les sommets menaçants.
  • Source : La République du Var, 30 mai 1895, p. 4.

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Marc-Antoine d’Escalis (vers 1555-1621) : un premier président enseveli à Ansouis https://www.geneprovence.com/marc-antoine-descalis-vers-1555-1621-un-premier-president-enseveli-a-ansouis/ https://www.geneprovence.com/marc-antoine-descalis-vers-1555-1621-un-premier-president-enseveli-a-ansouis/#respond Sat, 10 Oct 2026 13:54:52 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=29275 Marc-Antoine d’Escalis, baron de Bras et seigneur d’Estoublon, est premier président du Parlement de Provence de 1616 à sa mort. Magistrat aixois à la carrière longue et discrète, il est…

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Marc-Antoine d’Escalis, baron de Bras et seigneur d’Estoublon, est premier président du Parlement de Provence de 1616 à sa mort. Magistrat aixois à la carrière longue et discrète, il est mal connu, et la date de sa mort fait problème : les sources imprimées le font mourir en octobre 1620, alors qu’un acte des registres paroissiaux d’Ansouis, où il repose, donne l’année 1621.

Une famille de la robe provençale

Marc-Antoine d’Escalis est le fils aîné d’Artus d’Escalis et de Madeleine Doria, mariés le 21 juin 1552. Son père, seigneur de Bras-d’Asse, de Saint-Julien-d’Asse, d’Estoublon et de Bellegarde, est conseiller du roi et maître à la Chambre des comptes de Provence. Sa mère est la fille de Biaggio Doria, premier consul de Marseille. Sa date de naissance n’est pas documentée : on la place vers 1555.

Une carrière au Parlement d’Aix

En 1582, Marc-Antoine d’Escalis est pourvu d’une charge de conseiller au Parlement d’Aix, celle d’André d’Ardillon, assassiné peu avant le 13 février 1582. Il est reçu le 31 janvier 1584.
En octobre 1593, peu après la mort de François d’Estienne (2 octobre 1593), il est pourvu de sa charge de président à mortier. Mais cette charge, supprimée par l’ordonnance de Blois, n’est rétablie que par l’édit de septembre 1595 : il doit solliciter de nouvelles lettres le 16 décembre 1598. Il est reçu en février 1599 : le 25 février selon Clapiers-Collongue, le 27 selon Fleury Vindry, qui s’appuie sur les registres du Parlement.
Le 14 octobre 1616, il est reçu premier président, au départ de Guillaume du Vair, nommé garde des sceaux de France en mai de la même année. Jean-Louis de Monier est reçu à sa place comme président à mortier, et son successeur à la première présidence, Vincent-Anne de Forbin-Maynier, est reçu le 30 mars 1621. Un portrait gravé de lui, par Jacques Cundier (1724), figure dans le recueil des portraits des premiers présidents du Parlement de Provence.

Vie privée

Marc-Antoine d’Escalis épouse Hortense de Bourdon, dame de Saint-Pons, fille de Melchion, seigneur de Saint-Pons, et d’Anne de Gaye ; les généalogies placent le mariage en 1587. Elle meurt à Aix et est inhumée dans l’église des Cordeliers.

Ansouis

C’est à Ansouis que meurt et est enseveli Marc-Antoine d’Escalis. Les Escalis y sont installés depuis peu. La baronnie d’Ansouis, longtemps aux Sabran, passe en 1614, à la mort de Gaspard de Sabran, à son cousin Sextius d’Escalis, baron de Bras, qui ajoute à son titre celui de baron d’Ansouis. Le grand corps de logis sud du château est précisément construit à partir de 1614.
Quel lien unit Marc-Antoine à ce Sextius ? Les sources consultées ne le disent pas. Les généalogies font de Sextius (1604-1650) son fils, ce qui expliquerait que le premier président termine sa vie au château d’Ansouis. Cette filiation reste à confirmer par des actes.

Sa mort : deux dates en présence

La Chronologie de Clapiers-Collongue le dit « enseveli à Ansouis, le 14 octobre 1620 », et Fleury Vindry, puis les notices qui s’en inspirent, font mourir Marc-Antoine d’Escalis à Ansouis à cette date. Le registre paroissial d’Ansouis dit autre chose. L’acte, inscrit à la date du décès entre deux actes d’octobre 1621, porte :
« Le quatorsiesme jour du mois d’octobre mil six cents vint un, Monsieur Marc Antoine Descalis, premier president au parlement de Provence, est decedé et a esté ensepvely dans l’eglise parrochialle de ce lieu d’Ansois le vintquatre du moys de mars mil six cents vint deux. »
Selon cet acte, Marc-Antoine d’Escalis serait mort le 14 octobre 1621 et inhumé plus de cinq mois plus tard, le 24 mars 1622, dans l’église paroissiale. L’acte ne dit ni où il est mort, ni pourquoi l’inhumation a tardé. Clapiers, qui donne le 14 octobre comme date de la sépulture, ne distingue pas le décès de l’inhumation, ce qui suggère qu’il a eu sous les yeux le même acte, lu autrement. Mais un fait paraît jouer en sens inverse : Vincent-Anne de Forbin-Maynier est reçu premier président le 30 mars 1621, ce qui s’accorderait mieux avec une mort en octobre 1620. L’acte d’Ansouis, dont la lecture est assurée, donne pourtant 1621 : Escalis aurait donc quitté la première présidence avant sa mort. Les motifs de ce départ (démission, maladie, retrait à Ansouis) restent à trouver, sans doute dans les délibérations du Parlement.
L’église d’Ansouis abritait une « tombe des seigneurs d’Ansois », mentionnée dans un acte de 1645.

Postérité

D’après les généalogies, son fils Sextius (1604-1650), baron de Bras et d’Ansouis, épouse en 1626 Marguerite de Brancas, puis en 1629 Marguerite de Jarente. Henri d’Escalis de Sabran, né à Ansouis le 12 février 1630, fils de Sextius et de Madeleine de Jarente selon Clapiers, est reçu président à mortier au Parlement d’Aix le 28 novembre 1655 et meurt à Aix le 14 mai 1701 ; il serait le petit-fils de Marc-Antoine si Sextius est bien son fils. À la fin du XVIIe siècle, la baronnie d’Ansouis passe aux Villeneuve, par le mariage de Marie-Thérèse d’Escalis avec Jean-Hyacinthe de Villeneuve.

Sources et bibliographie pour approfondir

  • Registres paroissiaux d’Ansouis, acte de décès et de sépulture de Marc-Antoine d’Escalis (cote 1 E 2/3, page 2).
  • Fleury Vindry, Les parlementaires français au XVIe siècle, tome I, 2e fascicule (Parlement d’Aix), Paris, Honoré Champion, 1910.
  • Balthasar de Clapiers-Collongues, Chronologie des officiers des Cours souveraines de Provence, publiée, annotée et augmentée par le marquis de Boisgelin, Aix-en-Provence, Société d’Études Provençales.
  • Inventaire des archives de la commune d’Ansouis (FranceArchives), notice sur la seigneurie.
  • Marc-Antoine d’Escalis, Wikipédia ; généalogie sur Geneastar.
  • La Chenaye-Desbois et Badier, Dictionnaire de la noblesse, tome 7, article « Escalis ».
Vue artistique représentant Marc-Antoine d’Escalis.

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L’embuscade fatale de la rue de la Poudrerie (Saint-Chamas, 30 mars 1909) https://www.geneprovence.com/lembuscade-fatale-de-la-rue-de-la-poudrerie-saint-chamas-30-mars-1909/ https://www.geneprovence.com/lembuscade-fatale-de-la-rue-de-la-poudrerie-saint-chamas-30-mars-1909/#respond Thu, 08 Oct 2026 11:47:05 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=29250 Le 30 mars 1909, un drame secoua la tranquillité habituelle de la commune de Saint-Chamas. Aux alentours de 8 heures du matin, un assassinat suivi d’un suicide mit la population…

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Le 30 mars 1909, un drame secoua la tranquillité habituelle de la commune de Saint-Chamas. Aux alentours de 8 heures du matin, un assassinat suivi d’un suicide mit la population en émoi.
L’auteur des faits était Lucien Lazare Michel, un homme de 67 ans né à Grans et résidant rue des Prêcheurs. Veuf depuis près d’une décennie, cet individu sans emploi vivait d’expédients et accumulait les dettes auprès de plusieurs personnes. Parmi ses créanciers figurait Jean Étienne Marius Lardeyrol, un entrepreneur de travaux publics de 69 ans. Né à Saint-Chamas, ce dernier était marié à Rosine Marie Roustan et fils des feus Henri Jean Lardeyrol et Magdeleine Désirée Silvestre. Domicilié place du Port, il jouissait d’une excellente réputation locale pour sa générosité et la douceur de son caractère.
Afin de résorber ses difficultés financières, Michel chercha à contraindre M. Lardeyrol à lui acheter son logement. Il en exigeait toutefois une somme bien supérieure à la valeur réelle du bien. M. Lardeyrol, qui possédait déjà un patrimoine immobilier conséquent, déclina la proposition. Face à ce refus, Michel lui signifia un an plus tôt que cette décision lui coûterait la vie. Ne prenant pas la menace au sérieux, l’entrepreneur ne déposa pas plainte, laissant sans le savoir mûrir le projet criminel de son débiteur.
Le matin du drame, Michel mit son plan à exécution. Habitué à fréquenter l’atelier de son voisin tonnelier, M. Estienne (âgé de 47 ans), il s’y rendit armé d’un fusil. Pour justifier sa présence et ne pas éveiller les soupçons, il prétexta vouloir chasser la foulque sur les rives de l’étang. Connaissant ses activités de braconnage, le tonnelier ne s’inquiéta pas.
En réalité, le meurtrier s’installa en embuscade. Il savait que M. Lardeyrol se trouvait dans son jardin et qu’il emprunterait la rue de la Poudrerie pour repasser devant l’atelier. La victime apparut vers 8 heures, tenant précisément à la main une foulque ramassée au bord de l’eau. Dès que l’entrepreneur passa à sa hauteur, Michel surgit et le poursuivit avant de tirer à bout portant. Atteint d’une décharge sous l’omoplate gauche, M. Lardeyrol s’effondra, tué sur le coup à 8 h 15, au coin de la rue Mirabeau et de la rue de la Poudrerie.
Faisant preuve d’un froid cynisme, le tueur longea le corps de sa victime sans s’arrêter et regagna son propre domicile, situé dans la même rue des Prêcheurs. Bien décidé à mettre fin à ses jours, il prit le temps de dénuder sa poitrine avant de se tirer une balle en plein cœur, ce qui le tua sur-le-champ.
Avisés du meurtre, le brigadier Guillaume Lafont et le gendarme Alfred Martin se rendirent sur place pour dresser les constatations légales et informer le parquet d’Aix par dépêche, avant de déclarer officiellement le décès à dix heures du matin en mairie devant l’adjoint Marius Roux. La mort brutale de M. Lardeyrol suscita une vive émotion et une réprobation unanime parmi les habitants du village.
Reconstitution du visage de Lardeyrol, d’après la gravure publiée en 1909.
  • Source : Le Petit Marseillais, 31 mars 1909, p. 3.
  • Registre d’état civil des décès de Saint-Chamas, année 1909, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, acte no 15, 202 E 1356.

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Un terrible éboulement au canal (Gap, 2 février 1866) https://www.geneprovence.com/un-terrible-eboulement-au-canal-gap-2-fevrier-1866/ https://www.geneprovence.com/un-terrible-eboulement-au-canal-gap-2-fevrier-1866/#respond Wed, 07 Oct 2026 21:16:31 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=29242 Dans la nuit du 2 au 3 février 1866, un grave accident se produisit à la galerie du puits numéro 4. Ce chantier s’inscrivait dans les travaux de construction du…

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Dans la nuit du 2 au 3 février 1866, un grave accident se produisit à la galerie du puits numéro 4. Ce chantier s’inscrivait dans les travaux de construction du canal de Gap.
Peu avant le drame, des mineurs venaient de prolonger la galerie de trois mètres. Ils cédèrent ensuite leur place à deux ouvriers maçons d’origine italienne. Ces derniers devaient revêtir la voûte en maçonnerie. Pendant leur travail, un bloc de rocher d’un mètre cube environ se détacha soudainement du plafond. La masse s’effondra et écrasa l’un des maçons. Le malheureux mourut sur le coup sans dire un mot.

La mobilisation des secours et l’enquête

Le second ouvrier survécut à l’éboulement. Il s’en tira avec une blessure au visage et un mal de reins, provoqué par les efforts nécessaires pour se dégager. Les secours entendirent ses cris et accoururent sur-le-champ. Ils descendirent une benne dans le puits afin de remonter le blessé ainsi que le corps de son infortuné compagnon.
La nouvelle du sinistre alerta immédiatement les autorités. Le procureur impérial, l’ingénieur en chef et le commissaire de police de la ville se rendirent sur les lieux. Ils ouvrirent une enquête pour déterminer les causes de la tragédie. Selon les premières informations, les entrepreneurs du canal et leurs sous-traitants n’avaient commis aucune imprévoyance.
Nous soupçonnons que l’accident n’a pas eu lieu sur la commune de Gap précisément, mais sur une commune voisine, car le registres d’état civil de Gap ne rapporte aucune mort d’ouvrier à cette date.
  • Source : L’Annonciateur, 10 février 1866, p. 1.

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La fièvre maligne du frère Bonadona (Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, 8 septembre 1699) https://www.geneprovence.com/la-fievre-maligne-du-frere-bonadona-saint-maximin-la-sainte-baume-8-septembre-1699/ https://www.geneprovence.com/la-fievre-maligne-du-frere-bonadona-saint-maximin-la-sainte-baume-8-septembre-1699/#respond Mon, 05 Oct 2026 12:55:20 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=29221 Ce décès survenu au couvent des Dominicans de Saint-Maximin en septembre 1699 illustre la fulgurance des pathologies infectieuses sous le règne de Louis XIV. L’expression « fièvre maligne » désignait alors une…

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Ce décès survenu au couvent des Dominicans de Saint-Maximin en septembre 1699 illustre la fulgurance des pathologies infectieuses sous le règne de Louis XIV. L’expression « fièvre maligne » désignait alors une atteinte infectieuse aiguë à symptomatologie sévère (telle qu’une forme grave de typhoïde, une méningite ou un état septicémique) entraînant un effondrement hémodynamique rapide. La mort du frère François Bonadona en seulement quatre jours, malgré plus d’un demi-siècle de vie religieuse, met en relief la vulnérabilité des communautés monastiques face aux épisodes épidémiques ou infectieux, où la promiscuité favorisait la contagion. La mention de la délivrance de l’ensemble des sacrements souligne l’accomplissement rigoureux du rituel catholique de la bonne mort (bona mors), garantissant au religieux une fin édifiante consignée par le sous-curé Revest.

« L’an que dessus et le huitième septembre est décédé, muni de tous les sacrements de l’Église, le révérend père François Bonadona, religieux de l’ordre des frères prêcheurs, profès de ce couvent depuis cinquante-cinq ans, âgé de soixante-douze années, étant atteint d’une fièvre maligne qui l’a enlevé de ce monde dans quatre jours, et a été enseveli le neuf.
Présents MM. Jean Baptiste Concordan et Louis Deaux. »
[J. B. Concordan, f. J. Revest, soubcuré, Louis Deaux]
  • Source : Registre paroissial de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, Archives départementales du Var, 2 MI EC2810R1.

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L’odieux matricide à la bêche (Manosque, 21 juillet 1841) https://www.geneprovence.com/lodieux-matricide-a-la-beche-manosque-21-juillet-1841/ https://www.geneprovence.com/lodieux-matricide-a-la-beche-manosque-21-juillet-1841/#respond Sun, 04 Oct 2026 22:07:00 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=29212 L’affaire s’était déroulée dans la campagne de Manosque, au quartier du moulin-Neuf, sous la chaleur lourde de ce mois de juillet 1841. Dans les champs de la commune, une femme,…

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L’affaire s’était déroulée dans la campagne de Manosque, au quartier du moulin-Neuf, sous la chaleur lourde de ce mois de juillet 1841.
Dans les champs de la commune, une femme, qui, selon nos recherches se nommait Anne Giraudon, 47 ans, travaillait la terre aux côtés de son fils, François Louis Sauvet, 26 ans. Ce dernier, qui exerçait la profession de cultivateur, souffrait depuis quelque temps d’un mal invisible et terrible ; son entourage avait en effet remarqué, à plusieurs reprises, qu’il traversait de violents accès de folie.
Ce jour-là, le mercredi 21 juillet, vers 18 heures, la démence s’empara cruellement du jeune homme. Armé d’une bêche, l’instrument même de leur labeur quotidien, il frappa mortellement sa mère au milieu du champ où elle se trouvait avec lui.
La fureur du matricide ne s’arrêta pas là. Animé par la même rage destructrice, le meurtrier voulut également attenter à la vie de sa propre sœur. Par chance, la brigade de gendarmerie survint à temps. Les militaires s’emparèrent fort heureusement de ce furieux avant qu’il ne pût commettre un second crime, et ils le conduisirent aussitôt en prison.
Anne Giraudon était née à Manosque en 1794 et avait épousé Antoine Sauvat, 49 ans au moment des faits, le 10 février 1812 à Manosque.
  • Sources : Le Mercure aptésien, 1er août 1841, p. 3.
  • État civil de la commune de Manosque, Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, année 1841, no 102.

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Des billets dans une armoire : la reconstitution des registres paroissiaux de Ménerbes en 1705 https://www.geneprovence.com/des-billets-dans-une-armoire-la-reconstitution-des-registres-paroissiaux-de-menerbes-en-1705/ https://www.geneprovence.com/des-billets-dans-une-armoire-la-reconstitution-des-registres-paroissiaux-de-menerbes-en-1705/#respond Fri, 02 Oct 2026 10:17:34 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=29185 On ouvre le registre des mortuaires de Ménerbes à l’année 1700. Pas de défunt. Cinq pages d’écriture serrée, du latin, une dizaine de signatures : un procès-verbal de 1705, dressé…

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On ouvre le registre des mortuaires de Ménerbes à l’année 1700. Pas de défunt. Cinq pages d’écriture serrée, du latin, une dizaine de signatures : un procès-verbal de 1705, dressé chez un prêtre commissaire, le notaire du lieu tenant la plume.
Il commence ainsi :
« L’an mille sept cent cinq et le dix de may sur le midy, dans le lieu de Menerbe et dans la maison de moy Luc Roque, prêtre dud[it] lieu… »
Ces pages disent d’où sortent les actes qui suivent. De la fin de 1700 au début de 1705, le curé n’a rien porté dans les registres. À sa mort on a ouvert une armoire. Dedans, des « petits billets et autres papiers volans ». Pour en tirer des actes valables il a fallu les chanoines d’un chapitre d’Avignon, l’évêque de Cavaillon, un commissaire et le notaire, puis deux hommes qui jurèrent reconnaître les écritures.
Les citations gardent l’orthographe du manuscrit. Les abréviations sont développées entre crochets.

I. Le cadre : une paroisse du Comtat au début du XVIIIe siècle

Une terre du pape
En 1705, Ménerbes est terre pontificale. Ce village du Luberon appartient au Comtat Venaissin, aux papes depuis le XIIIe siècle, administré depuis Avignon. Pour le spirituel il relève du diocèse de Cavaillon.
Les ordonnances royales sur les registres, Villers-Cotterêts en 1539, Blois en 1579, le Code Louis de 1667, s’arrêtent à la limite du Comtat. Ici on suit le droit de l’Église romaine.

L’obligation de tenir des registres
Le concile de Trente, en 1563, oblige les curés à inscrire les baptêmes avec le nom des parrains, les mariages avec celui des témoins. Le Rituel romain de Paul V ajoute les sépultures en 1614. Les évêques recopient ces règles dans leurs ordonnances.
La requête de 1705 s’y réfère : il faut enregistrer « conformement aux ordonances de Vostre Grandeur ». Elle nomme aussi « les livres que les curés sont obligés d’avoir pour les batesmes, mariages et mortuaires ». Un livre par sorte d’acte. On les retrouvera vides.

Qui commande à Ménerbes ?
La paroisse dépend du prieuré Saint-Étienne de Ménerbes. Ce prieuré est « uni » au Chapitre de l’« insigne Eglise collegiale de St Agricol » d’Avignon, qui en tient le titre et les revenus. Le doyen et les chanoines de Saint-Agricol sont donc prieurs de Ménerbes. C’est en cette qualité qu’ils agissent d’un bout à l’autre du dossier.
Le partage des rôles se lit dans les actes. Le Chapitre nomme le curé : Falot était « curé nommé par les supplians ». Son successeur sera « presenté et approuvé par Vostre Grandeur », puis « mis en possession de lad[ite] cure par les deputtés dud[it] Chapitre ». Les registres eux-mêmes sortent des mains des chanoines, « baillés a ces fins » au curé.

L’évêque de Cavaillon
La requête est adressée « A Monseigneur Monseig[neu]r l’Ill[ustrissi]me et R[évérendissi]me Evesque et Conseig[neu]r de Cavaillon ». Évêque du diocèse, coseigneur temporel de sa ville.
En 1705 c’est Jean-Baptiste de Sade de Mazan. Il a pris en 1665 le siège de son oncle Richard et y mourra le 19 décembre 1707. Quarante ans d’épiscopat. Au bas de l’appointement, sa signature latine : J. Baptista, Episcopus Cavallicensis.

II. Le curé Falot et ses billets volants

Un Avignonnais envoyé par le Chapitre
Le 10 mai 1705, Messire Jean-Joseph Falot est mort depuis février. De sa main il reste une ligne latine, en tête du registre des baptêmes :

« per me Joannem Josephum Falot avenionensem, missum a Venerabili Capitulo avenionensi priore dicti loci »
« Par moi, Jean-Joseph Falot, Avignonnais, envoyé par le vénérable Chapitre. »

Le procès-verbal lui compte « les neufs dernieres années » de desserte, jusqu’à sa mort. En remontant : arrivé vers 1696.

Le 6 mars 1701
Ce jour-là Falot ouvre le registre des baptêmes fourni par le Chapitre. Il laisse le premier feuillet blanc. Sur le second, un titre :
« Descriptio baptisatorum ecclesiae parochialis Minerbiensis facta ab anno Domini millesimo septingentesimo primo et die sexta mensis Martii »
« Registre des baptisés de l’église paroissiale de Ménerbes, commencé l’an du Seigneur 1701, le sixième jour de mars. »

Dessous, deux versets :
« Marci XVI. Qui crediderit et baptizatus fuerit salvus erit, qui vero non crediderit condemnabitur. Joan. 3° Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sancto non potest introire in regnum Dei. »
Marc, chapitre 16 : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. » Jean, chapitre 3 : « Nul, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit Saint, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. »

Trois feuillets
Quatre ans plus tard, le commissaire ne trouvera d’écrits que « les trois feuillets suivans ». Premier baptême inscrit : une Anne Ravoire. Dernier : une Marguerite Sautelle. Les deux noms se lisent mal. Ensuite tout est « en blanc et sans ecriture ».
Le livre des mariages et celui des sépultures, Falot ne les a jamais ouverts.

Les billets
Les actes, il les notait pourtant. Sur des « petits billés et autres papiers volans » qui ne passèrent jamais au registre. Deux écritures s’y mêlent : « la plus grande partie sont ecris de la propre main dud[it] S[ieu]r Falot et quelques uns de la main de M[essi]re Gaspard Niel prêtre son secondaire ». Niel est le vicaire.
Pourquoi rien ne fut recopié pendant quatre ans, le dossier ne le dit pas.

L’armoire fermée à clef
Falot meurt en février 1705. Les billets sont « dans un armoire fermé a clef de la maison claustrale dud[it] Menerbe », la maison du prieuré où logeait le curé.
Le procès-verbal écrit qu’il « a negligé et obmis » d’enregistrer. L’armoire, elle, était fermée à clef.

III. La découverte (printemps 1705)

Un nouveau curé
Le Chapitre nomme Messire Jean-Baptiste Guilheimin, prêtre. Présentation à l’évêque. Approbation. Les députés du Chapitre le mettent en possession de la cure. En mai, le procès-verbal le nomme déjà « prêtre et curé dud[it] Menerbe ».

L’inspection des députés
L’installation faite, les députés restent. Ils veulent, dit la requête, « s’informer de l’estat ou se trouvoit leur Eglise et visiter les livres que les curés sont obligés d’avoir ». Ils ouvrent les livres :
« ils se seroint apperceus que depuis la fin de l’année mille sept cent un led[it] feu S[ieu]r Fallot avoit obmis d’enregistrer dans lesd[its] livres les batêmes, mariages et mortueres »
Ils cherchent plus loin, trouvent les billets. Les chanoines les prennent et les mettent « touts ensemble dans le dessein de les faire enregistrer en bonne et deüe forme ».

Le notaire
La liasse passe chez Maître Joseph Michaelis, notaire à Ménerbes, qui la reçoit « pour la part desd[its] S[ieu]rs dud[it] Chapitre ». Il trie : les billets sont « bien rangés suivant leurs dattes par led[it] S[ieu]r Michaelis ». Sur l’ordre des chanoines il les remet ensuite au nouveau curé.
On le retrouve à chaque séance. Les actes sont dressés « ecrivant led[it] S[ieu]r Michaelis » : il tient la plume.

1700 ou 1701
Deux dates pour le même abandon. La requête du Chapitre : « la fin de l’année mille sept cent un ». Le procès-verbal du commissaire : « depuis la fin de l’année mille sept cent ».
Les pièces décrites en mai ne départagent qu’à moitié. Le livre des baptêmes est tenu à partir du 6 mars 1701 sur trois feuillets, et des billets de baptêmes de 1701 existent quand même. Les billets de sépultures commencent à « la fin de decembre » 1700, face à un livre resté vierge. Ceux des mariages seulement au début de 1702.
Le dossier ne dit pas sur quelle pièce chacun a pris sa date.

IV. La requête et l’ordonnance épiscopale (avril 1705)

Recopier ne suffit pas
Les billets sont là, classés. Les chanoines refusent pourtant de les faire simplement recopier par le nouveau curé.
En 1705 le registre est la seule pièce écrite qui prouve qu’un enfant est né de tel mariage, qu’un homme est mort tel jour. Les partages de succession s’appuient dessus. Un acte transcrit après coup, par un autre que l’officiant, peut être attaqué.
La requête pose donc deux conditions avant toute écriture :
  • 1. « proceder a la recognoissance et averation de l’escriture tant dud[it] S[ieu]r Falot que de ses secondaires » : établir que les billets sont bien de leur main ;
  • 2. « verifier si on n’a obmis aucun mariages, baptisteres et mortuaires depuis le tems que led[it] S[ieu]r Falot avoit cessé d’en faire l’enregistrement requis ».
Le but est écrit en toutes lettres : que l’enregistrement « puisse estre fait dans toutes les formes canoniques et sans pouvoir estre debatu a l’advenir d’aucune nullitté ».

La requête au prélat
Le doyen et les chanoines de Saint-Agricol écrivent à l’évêque. « Supplient humblem[en]t », en ouverture. En clôture la formule d’usage : ils « prieront Dieu pour la prosperité et elevation de Vostre Grandeur ». Au milieu, une demande : « deputer sur les lieux un commissaire » avec « tout le pouvoir sur ce requis et necessaire ».
Le texte entier est recopié dans le registre.

L’appointement du 22 avril 1705
L’évêque répond au pied de la requête, en latin. Deux mots d’abord : « Attentis narratis », « vu ce qui est exposé ». Puis le nom :
« deputamus in commissarium V[enerabilem] Dominum Roque p[resbyt]erum, ad hoc ut, servatis servandis, procedat ad verificationem et recognitionem scripturarum tam D[omini] D[omi]ni Fallot, quondam parochi ecclesiae Minerbiarum, quam eius secondariorum »
« Nous députons comme commissaire le vénérable sieur Roque, prêtre, afin qu’en observant ce qui doit l’être, il procède à la vérification et à la reconnaissance des écritures tant de feu sieur Fallot, naguère curé de l’église de Ménerbes, que de ses vicaires. »

Roque doit reconnaître les écritures de Falot et des vicaires. Il doit faire enregistrer « fidèlement et soigneusement » tous les mariages et, un par un, les noms des baptisés et des défunts. Et chercher les mariages, baptêmes et décès oubliés depuis que Falot a cessé, « si quae sint » : « s’il y en a ».
Au bas : « Aven[ione], hac die vigesima secunda mensis aprilis, anno millesimo septingentesimo quinto ». « Avignon, 22 avril 1705. » La requête sera enregistrée « penes acta Curiae nostrae Episcopalis », « aux actes de notre cour épiscopale ».

Une copie certifiée
Après la signature de l’évêque, deux mots : « Sic in originali ». Puis la signature de Roque. Ce qu’on lit dans le registre est une copie, certifiée par le commissaire.

V. Le 10 mai 1705 : l’enquête chez Luc Roque

La scène
Dix mai 1705, « sur le midy ». La maison de Luc Roque, « prêtre dud[it] lieu et recteur de la chappellanie de Notre Dame de S[ain]t Sauveur » : un prêtre de Ménerbes, titulaire d’une fondation de messes qui lui rapporte un revenu.
Guilheimin « a comparu et s’est presenté », « pour et au nom des mess[ieu]rs du Chapitre S[ain]t Agricol d’Avignon ». Le notaire Michaelis est là. Les « temoins bas nommés » aussi.
Roque lit d’abord ses pouvoirs. Il a « veu et leu lad[ite] requeste et apointem[en]t d’icelle », reçu la commission « avec deubs honneurs et reverence », et se dit « prêt de proceder ». Le curé lui remet trois registres et la liasse.

L’examen des trois livres
Roque les décrit l’un après l’autre.
Baptêmes d’abord : « un livre tout neuf couvert d’une peau de parchemin blanc avec quatre ataches de peau verdâtre ». « Un doit et demy d’épaisseur, un pan et quart de longueur et un pan [de] largeur. » Le pan provençal fait 25 centimètres environ : 31 sur 25, à peu près, pour 3 centimètres d’épaisseur. En titre, Liber baptisatorum ecclesiae Minerbiae.
Mariages : « aussy tout neuf de la même epaisseur, longueur et largeur que le precedent », même reliure, même attaches. Liber matrimoniorum ecclesiae parochialis loci Minerbiae. Pas une ligne.
Sépultures : « tout neuf, couvert et attaché comme les deux precedens », de mesures « presque » égales. Roque l’ouvre et le visite « d’un bout a autre ». Tout est blanc. En titre, Liber mortuorum parochiae loci Minerbiae.
L’acte est passé devant « mess[ieu]rs Charles François Michaelis et M[aît]re Joseph Roque dud[it] lieu, temoins requis ». L’un porte le nom du notaire, l’autre celui du commissaire. Le texte ne dit rien d’une parenté. Signatures du curé, du commissaire, des témoins, du notaire. Près de celle de Roque, une mention qui semble approuver une rature.

Le décompte des billets
Aussitôt, « au même lieu », le curé met la liasse entre les mains du commissaire. Le procès-verbal compte :
  • Baptêmes : 176 billets, de 1701 à mars 1705.
  • Mariages : nombre non indiqué, du début de 1702 au début de 1705.
  • Sépultures : 130 billets, de la fin décembre 1700 au début de mars 1705.
Pour les mariages le scribe écrit « consistent a », laisse un blanc, continue. Le chiffre ne fut jamais porté.
Cent trente sépultures en un peu plus de quatre ans : une trentaine par an.

Les témoins de l’écriture
Le curé demande que les billets soient « recogneus par deux temoins d’avoir été ecris pour la plus grande partie de la propre main dud[it] S[ieu]r Falot curé et l’autre partie de la main dud[it] S[ieu]r Niel son secondaire ».
Deux hommes sont dans la pièce. Gaspard Niel, l’ancien vicaire, qui « connoit non seulem[en]t son ecriture, mais aussy celle de feu M[essi]re Falot ». Et Maître Benoît La Crolle, « ecclesiastique dud[it] lieu », qui connaît « tant l’ecriture dud[it] S[ieu]r Falot que celle dud[it] S[ieu]r Niel ».

Le serment
Roque leur fait « commandement en face » de dire la vérité sous serment, « avec deüe comination » : la menace des peines du faux serment.
Niel jure ad pectus, la main sur la poitrine, comme jurent les prêtres. La Crolle « sur les S[ain]ts Ecris ».
Roque leur met les billets en main. Ils les ont « veus et leus l’un apres l’autre », devant le commissaire et le notaire. Puis :
« que lesd[its] billés ont été ecris la plus grande partie de la main dud[it] S[ieu]r Falot, pour connoitre bien et deüement l’ecriture d’icelluy, et une petite partie de la main dud[it] S[ieu]r Niel, pour connoitre led[it] S[ieu]r Niel sa propre ecriture »
La Crolle reconnaît de même. Au bas : « Niel prestre », « Lacrolle ecclesiastique », Roque, Michaelis.

VI. Le 15 mai 1705 : donner force de loi au passé

La transcription ordonnée
« L’an susd[it] et le quinze may. » Guilheimin revient chez le commissaire avec la déclaration des deux témoins. Il demande qu’on passe à l’écriture : « enregistrer et escrire lesd[its] billés ».
Chaque billet dans son livre, « chascun suivant sa datte ». Et sous chaque acte recopié, la signature de Roque : il doit « les signer au bas de chascun comme commissaire susd[it] ».
Roque accepte. « A quoy je me suis offert de proceder comme se verra dans chaque livres. » La suite est dans les pages du registre, après le préambule.
Les actes de 1700 à 1705 qu’on y lit n’ont donc pas été écrits par le prêtre qui a baptisé, marié ou enterré. Ils ont été recopiés à partir de 1705, sous l’autorité de Luc Roque. C’est son nom qu’ils portent au bas.

L’ordonnance du commissaire
Puis Roque ordonne, en vertu des pouvoirs reçus de l’évêque :
« ay ordoné et ordonne qu’a l’advenir sera adjousté foy auxd[its] registres tout comme s’ils avoient été escris dans leur tems et signés par led[it] S[ieu]r Falot et led[it] S[ieu]r Niel »
En droit, les copies de 1705 valent des actes faits le jour même.
Des actes ainsi enregistrés « l’on pourra faire a l’advenir des extraits et les signer pour servir et faire foy en jugement et dehors ». Un extrait de baptême tiré de ces pages pourra être produit devant un juge.

Pour l’avenir
Dernier article : « led[it] S[ieu]r Guilheimin, ses secondaires et succeseurs continueront de mettre successivement et a l’advenir dans lesd[its] livres respectivement les baptistaires, mariages et mortuaires de lad[ite] parroisse ».
Les trois livres en parchemin blanc restent en service. Après les copies doivent venir les actes du nouveau curé.

VII. Le 10 octobre 1705 : la porte laissée ouverte

Une mission en suspens
L’évêque demandait aussi de rechercher les actes omis. Les procès-verbaux de mai n’en disent pas un mot.
Pour un baptême que personne n’a noté, il n’y a pas de billet à reconnaître.

En marge
Dix octobre 1705. Cinq mois ont passé. Guilheimin comparaît une dernière fois devant le commissaire, « au même lieu que dessus », toujours au nom du Chapitre. Il demande :
« que si a l’advenir on s’apercevoit qu’il manquat quelque baptistaire, mariage ou mortuaire qui fussent été obmis par led[it] S[ieu]r Falot ou ses secondaires, aud[it] cas, que lesd[its] baptistaires, mariages et mortuaires manquans et deffaillans fussent en leur rang ecris et enregistrés respectivem[en]t a la marge desd[its] trois livres »
Un acte oublié qui reparaît ira donc dans la marge, à sa date, « en leur rang ». Le commissaire le signera « de même que les autres billés », pour qu’il fasse « entiere foy en jugement et dehors ». Roque accorde.
Ce qui a provoqué la demande entre mai et octobre, le dossier ne le dit pas.

VIII. Lire le registre après 1705

Les mots du dossier
Dans ces cinq pages, personne ne s’inquiète des sacrements. Les mots qui reviennent sont des mots de procédure : « nullitté », « formes canoniques », « faire foy en jugement et dehors », « temoins requis », « acte concedé ».
Chaque étape passe par les mêmes gestes. Comparution du curé. Réquisition. Acte accordé par le commissaire. Signatures au bas, et le notaire qui écrit.

Pour qui consulte aujourd’hui le registre des mortuaires
De fin décembre 1700 au début de mars 1705, ce sont des copies. Transcrites en 1705 ou après, à partir d’environ 130 billets, et non rédigées au jour de l’inhumation.
La signature est celle de Roque. Falot et Niel, qui ont enterré, ne signent pas.
Le contenu peut être maigre. Ce que portait chaque billet, le dossier ne le décrit pas : âge, filiation, témoins peuvent manquer.
Regarder les marges. Un acte inscrit en marge pour ces années a été ajouté après le 10 octobre 1705, sur déclaration, parfois longtemps après le décès.
Une absence ne prouve rien. Un décès que Falot n’a pas noté, et que personne n’a signalé ensuite, n’a laissé aucune ligne.
Autres pièces à croiser : les minutes du notaire Joseph Michaelis, à rechercher dans les fonds notariaux des Archives départementales de Vaucluse, pour les testaments, contrats de mariage, inventaires après décès. Et les registres des paroisses voisines, pour une inhumation faite hors de Ménerbes.

Conclusion

Le 10 mai 1705, chez Luc Roque, il y avait trois livres neufs en parchemin blanc, fermés par des attaches de peau verdâtre. Et une liasse classée par date par le notaire : cent septante-six billets de baptêmes, cent trente de sépultures. Pour les mariages, un blanc.

Annexes

A. Chronologie
  • Vers 1696 : Jean-Joseph Falot, Avignonnais, devient curé de Ménerbes, nommé par le Chapitre de Saint-Agricol.
  • Fin décembre 1700 : début des billets de sépultures ; le registre des mortuaires ne sera jamais tenu.
  • 6 mars 1701 : Falot ouvre le registre des baptêmes, qu’il abandonne après trois feuillets.
  • Début 1702 : début des billets de mariages.
  • Février 1705 : mort de Falot ; billets retrouvés dans une armoire de la maison claustrale.
  • Printemps 1705 : nomination et installation de Jean-Baptiste Guilheimin ; les députés du Chapitre découvrent les registres vides ; billets confiés au notaire Michaelis, qui les classe.
  • 22 avril 1705 : à Avignon, l’évêque de Cavaillon nomme Luc Roque commissaire.
  • 10 mai 1705, à midi : chez Roque, constat des trois registres, décompte des billets, serment de Niel et La Crolle sur les écritures.
  • 15 mai 1705 : ordre de transcription ; ordonnance donnant pleine valeur aux actes recopiés.
  • 10 octobre 1705 : décision d’inscrire en marge les actes omis découverts plus tard.
  • 19 décembre 1707 : mort de l’évêque Jean-Baptiste de Sade.

B. Les personnages
  • Jean-Joseph Falot : prêtre avignonnais, curé de Ménerbes (vers 1696-1705). Néglige les registres, laisse les billets.
  • Gaspard Niel : prêtre, « secondaire » (vicaire) de Falot. Auteur d’une partie des billets ; témoin sous serment.
  • Jean-Baptiste Guilheimin : prêtre, nouveau curé de Ménerbes. Agit au nom du Chapitre, requiert chaque acte.
  • Luc Roque : prêtre de Ménerbes, recteur de la chapellenie Notre-Dame de Saint-Sauveur. Commissaire épiscopal.
  • Joseph Michaelis : notaire de Ménerbes. Conserve et classe les billets ; greffier de la procédure.
  • Benoît La Crolle : ecclésiastique de Ménerbes. Témoin sous serment sur les écritures.
  • Charles-François Michaelis : habitant de Ménerbes. Témoin du 10 mai.
  • Joseph Roque : maître, habitant de Ménerbes. Témoin du 10 mai.
  • Le doyen et les chanoines de Saint-Agricol : Chapitre de la collégiale d’Avignon, prieurs de Ménerbes. Requérants.
  • Jean-Baptiste de Sade de Mazan : évêque et coseigneur de Cavaillon (1665-1707). Signe l’appointement du 22 avril 1705.

C. Glossaire
  • Appointement : décision d’une autorité, écrite au bas d’une requête.
  • Avération : action de vérifier, d’établir l’authenticité d’une écriture.
  • Baptistaire : acte de baptême.
  • Billet : petite feuille volante, ici note prise par le curé.
  • Chapellenie : fondation pieuse dotée de revenus, à charge de messes ; son titulaire en est le recteur.
  • Chapitre : collège de chanoines attaché à une église cathédrale ou collégiale.
  • Commination : menace des peines encourues, notamment en cas de faux serment.
  • Doigt : mesure de longueur, environ 2 cm.
  • Maison claustrale : maison attachée au prieuré, servant ici de presbytère.
  • Mortuaire : acte de sépulture.
  • Pan : mesure provençale de longueur, environ 25 cm.
  • Prieuré uni : prieuré dont le titre et les revenus sont rattachés à une autre institution, ici le Chapitre de Saint-Agricol.
  • Secondaire : vicaire, prêtre qui seconde le curé.
  • Ad pectus : « sur la poitrine », forme du serment des ecclésiastiques.

D. Lectures incertaines
Le manuscrit présente quelques passages de lecture difficile, en raison de taches d’humidité ou d’une écriture rapide.
  • Guilheimin : la forme Guilhermin n’est pas exclue.
  • La Crolle : lu d’après la signature « Lacrolle ecclesiastique » ; une autre lecture reste possible.
  • Anne Ravoire et Marguerite Sautelle : noms de la première et de la dernière baptisées inscrites par Falot, de lecture incertaine.
  • La fin de la page où sont décrits les trois feuillets de baptêmes est abîmée.
  • La mention près de la signature du commissaire, le 10 mai, est probablement une approbation de rature.
  • « Contre tout témoin » (10 mai) et « sans double inspection » (15 mai) sont des lectures probables, non certaines.

Sources

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L’énigme d’Alleins : quand la prononciation du nom du village défie l’écrit https://www.geneprovence.com/lenigme-dalleins-quand-la-prononciation-du-village-defie-lecrit/ https://www.geneprovence.com/lenigme-dalleins-quand-la-prononciation-du-village-defie-lecrit/#respond Wed, 23 Sep 2026 19:52:12 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=29169 Qui s’est déjà aventuré au cœur du massif des Costes, entre la Durance et la chaîne des Alpilles, s’est un jour heurté à une curiosité locale qui déroute l’observateur extérieur.…

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Qui s’est déjà aventuré au cœur du massif des Costes, entre la Durance et la chaîne des Alpilles, s’est un jour heurté à une curiosité locale qui déroute l’observateur extérieur. Le village d’Alleins, élégante commune des Bouches-du-Rhône, s’entend bien différemment qu’il ne se lit. Là où les règles usuelles du français moderne nous inciteraient à rendre muet le -s suffixe, le nom s’affirme haut et fort dans la bouche des anciens comme des habitants actuels, en faisant claquer la sifflante finale à la manière d’un « Alince » bien marqué.

Un grand écart entre la mémoire des actes et l’usage du terroir

L’étude des archives médiévales et modernes réserve pourtant une surprise au chercheur. Dans nombre d’actes notariés, de registres paroissiaux ou de cartes anciennes, la commune apparaît fréquemment sous la forme « Alein », totalement dénuée de sa consonne finale. Cette apparente contradiction entre un écrit mutilé et un oral bien ancré soulève une question fondamentale pour l’histoire locale : comment les habitants de cette terre, dont le provençal était la langue véhiculaire et quotidienne, prononçaient-ils réellement le nom de leur terroir ?
Carte de Cassini © BnF / IGN.
Pour comprendre ce phénomène, il convient d’observer les mécanismes de la langue d’oc et la manière dont les scribes en transcrivaient les sonorités. La forme « Alein » dérive d’un suffixe gallo-romain très répandu dans le Midi, souvent lié à un domaine antique. En provençal, le groupe vocalique combinant le son nasal et le -s final répond à des règles phonétiques d’une stricte régularité. Si le français du Nord a progressivement mué ses consonnes finales pour ne conserver que la voyelle nasale, le provençal maritime et rhodanien a toujours maintenu une articulation vigoureuse du -s après une nasale.

La résistance de la phonétique provençale face au papier

Ainsi, l’absence de la lettre -s dans certains documents anciens relève le plus souvent d’un artifice d’écriture ou d’une francisation maladroite par des rédacteurs formés hors de la communauté du village. Sur le terrain, l’habitant de la région n’a jamais cessé de faire entendre la sifflante. La rencontre entre le son nasal et le -s produit naturellement une transition consonantique très nette pour une oreille francophone, transformant la terminaison orale en ce fameux « -ince » caractéristique.
Le passage officiel de la graphie vers « Alleins » dans l’état civil moderne et les cartes administratives n’a donc rien d’une invention ou d’une altération contemporaine. Au contraire, le rétablissement du -s graphique est venu corriger une erreur de transcription pour réaligner enfin l’écrit sur la parole. La prononciation que l’on entend aujourd’hui au détour d’une ruelle ou sur la place du village est la mémoire vivante de la phonétique provençale, transmise intacte à travers les siècles.
© Jean Marie Desbois, 2026.

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Mort d’une centenaire (Valensole, 8 avril 1633) https://www.geneprovence.com/mort-dune-centenaire-valensole-8-avril-1633/ https://www.geneprovence.com/mort-dune-centenaire-valensole-8-avril-1633/#respond Wed, 23 Sep 2026 12:34:53 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=29158 Ce cas de longévité exceptionnelle consigné à Valensole en avril 1633 témoigne de la rareté des centenaires sous le règne de Louis XIII et de la fascination qu’ils suscitaient déjà.…

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Ce cas de longévité exceptionnelle consigné à Valensole en avril 1633 témoigne de la rareté des centenaires sous le règne de Louis XIII et de la fascination qu’ils suscitaient déjà. L’estimation de l’âge (« environ cent ans »), bien que souvent sujette à une approximation due à l’absence de registres paroissiaux systématiques à la fin du XVIe siècle, souligne le statut singulier de la défunte au sein de la communauté. L’inhumation de Digne Espérite de Tornatory dans la chapelle du Saint-Sacrement constitue une marque d’honneur considérable, réservée aux familles de la noblesse ou de la haute bourgeoisie locale. Ce lieu de sépulture privilégié reflète tant le rang social de la famille Tornatory que le respect accordé à une existence d’une longueur si inhabituelle pour l’époque.

« Le 8 avril, à la chapelle du Saint-Sacrement, fut ensevelie Digne Espérite de Tornatory, âgée d’environ cent ans. L’office fut fait par moi. »
[p. Alvery, vicaire]
  • Source : Registre paroissial de Valensole, Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence, 1MI5/0130.

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L’audace malheureuse d’un teinturier (Raphèle [Arles], 4 septembre 1881) https://www.geneprovence.com/laudace-malheureuse-dun-teinturier-raphele-arles-4-septembre-1881/ https://www.geneprovence.com/laudace-malheureuse-dun-teinturier-raphele-arles-4-septembre-1881/#respond Sun, 30 Aug 2026 15:39:25 +0000 https://www.geneprovence.com/?p=29099 La nuit du dimanche 4 au lundi 5 septembre 1881 fut agitée aux abords du hameau de Raphèle, appartenant à la commune d’Arles (Bouches-du-Rhône). Vers 2 heures et demie du…

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La nuit du dimanche 4 au lundi 5 septembre 1881 fut agitée aux abords du hameau de Raphèle, appartenant à la commune d’Arles (Bouches-du-Rhône). Vers 2 heures et demie du matin, Monsieur Bourges, garde-champêtre, présentait au bureau de police un individu nommé Agricol Hilarion Audibert, surpris en flagrant délit de cambriolage. L’homme, un teinturier de 27 ans né à Avignon (Vaucluse) et établi à Arles, s’était attaqué à la demeure de Monsieur Félicien Lambert, maçon de son état.
L’aventure du jeune Audibert avait pourtant débuté sous des hospices plus tranquilles. Après avoir passé son dimanche après-midi à Raphèle, il s’était mis en route vers 10 heures du soir pour rejoindre Moulès. C’est en passant devant le mas Lambert, situé près du sentier de Moulès, que l’idée du crime germa dans son esprit. Il affirma plus tard avoir d’abord frappé à la porte pour demander son chemin. Le silence des occupants lui inspira soudain le dessein de s’introduire dans les lieux.
L’effraction fut laborieuse et bruyante. Armé d’un vieux couteau rouillé trouvé sur place, le malfaiteur tenta vainement de forcer l’espagnolette d’une fenêtre. N’y parvenant pas, il s’empara d’un marteau de maçon de quatre à cinq kilos qui gisait près d’un mur en construction. À coups redoublés, il entreprit alors d’arracher les gonds de la fenêtre.
Le fracas finit par attirer l’attention de deux jeunes gens qui se rendaient à Moulès. Si Audibert parvint une première fois à se dissimuler derrière un rideau pour les laisser passer, il eut l’imprudence de reprendre sa besogne trop tôt. Le bruit du marteau rappela ses témoins qui, cette fois, se lancèrent à sa poursuite et s’emparèrent de lui.
Le mobile de ce méfait semblait d’une banale nécessité. Issu d’une honnête famille de Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), le teinturier avoua qu’il lui manquait quarante francs pour régler un billet. Il ignorait sans doute que sa victime, Monsieur Lambert, portait sur lui une somme bien plus importante. Le matin même, à Arles, le maçon avait échangé publiquement dans un café trois à quatre cents francs contre des billets, une fortune qu’il avait gardée sur lui en rentrant à son mas.
Quelques jours plus tard, le juge décida de libérer Audibert, innocenté de l’accusation de tentative d’effraction.
  • Sources : L’Homme de bronze, 11 septembre 1881, p. 4 ; ibid., 18 septembre 1881, p. 4.

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